Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : La Chaine d'Union
  • : Lettre d'actualité, avec un apport de symbolisme, et de spiritualité, accés le plus souvent sur un axe Moyen- Orient, Europe, et Amérique du Nord.
  • Contact

Recherche

Archives

11 juillet 2008 5 11 /07 /juillet /2008 07:59

Les Iraniens bluffent (info # 011007/8) [Analyse]
Par Jean Tsadik © Metula News Agency


 
Il y a au moins une centaine de personnes, militaires et civiles, en Israël uniquement, qui sont capables de reconnaître le missile iranien Shihab-3 au premier coup d’œil, avec autant de facilité qu’un Français moyen peut distinguer une berline de chez Peugeot d’un Renault Espace. Nous connaissons tous les détails de cette fusée perse, intérieurs et extérieurs. C’est notre travail, nous ne savons pas faire grand-chose d’autre ; c’est à ce genre de choses que nous nous consacrons, il y va de la vie de milliers d’individus.
 
Lors, quand Ahmadinejad a lancé, hier, neuf missiles dans un grand show télévisé, et que son général en chef de l’armée de l’air des Gardes de la Révolution, Hossein Salami, a annoncé que certains des missiles ainsi testés ont la capacité d’atteindre Israël, la communauté des experts en balistique a instantanément soulevé les deux sourcils en même temps.
 
Pour l’Iran, il s’agissait d’effectuer une démonstration de force destinée aux Etats-Unis et à Israël, afin de leur prouver qu’il avait la capacité de répondre efficacement à une attaque de ses installations nucléaires. Le moins que l’on puisse en dire, au lendemain de cette démonstration, c’est que les stratèges de la République Islamique ont raté leur coup. S’ils avaient, au moins, filmé le lancement d’un peu plus loin, ils auraient pu brouiller les pistes. Mais si cela avait été le cas, personne n’aurait cru, non plus, qu’ils disposaient d’un super Shihab, également connu sous le nom de Ashura, capable de couvrir 2 000 kilomètres et d’atteindre ainsi le territoire de l’Etat hébreu.
 
Les fusées dont la télévision iranienne a montré le lancement sont de bon vieux Shihab-3, dont il existe des centaines d’exemplaires dans les entrepôts perses, mais qui n’ont qu’une portée de 1 200 kilomètres, encore pas à pleine charge utile, avec une précision d’impact pour le moins aléatoire.
 

 
De plus, la procédure du remplissage du carburant liquide est longue et délicate ; elle fait du Shihab-3 une proie facile pour une aviation aux aguets. On en a encore eu la preuve durant la guerre de l’été 2006, quand le Khel’avir (l’aviation israélienne) fut capable de neutraliser au sol tous les engins à carburant liquide que le Hezbollah se préparait à expédier sur l’Etat hébreu.
 
Les Shihab-3 sont des engins propulsés par un carburant liquide, qui assure à la fusée une vitesse élevée, mais qui limite son rayon d’action. Pour atteindre Israël ainsi que d’autres pays alliés des Occidentaux, il faudra que Téhéran maîtrise la technologie des carburant solides, moins performante en matière de vélocité – ce qui laisse plus de temps pour intercepter les missiles qu’ils propulsent -, mais plus endurante.
 
Les ingénieurs iraniens y travaillent d’arrache-pied, mais, de toute évidence, ils n’y sont pas encore. Nul doute qu’ils parviendront à fabriquer des fusées à carburant solide, mais la manifestation d’hier n’a fait qu’encourager les partisans d’une frappe militaire contre l’Iran, avant que cela ne soit le cas. C’est l’effet opposé à celui que les Gardiens de la Révolution recherchaient.
 
Uzi Rubin, qui est l’un des pères du missile anti-missiles balistiques israélien Khetz, la Flèche, a remarqué, suite au show d’hier, que "les Iraniens avaient tendance à exagérer, à un certain point, les capacités de leurs missiles".
 
Comme nous l’avons souvent remarqué dans ces colonnes, le bluff, en matière stratégique est un jeu extrêmement dangereux, auquel ne s’adonnent que les régimes immatures ou fébriles. En politique ou en diplomatie, on peut, la plupart du temps, exagérer le contenu d’un discours sans que cela ne porte à conséquence ; ce n’est pas le cas en stratégie, surtout quand vos adversaires disposent, en plus d’armées de l’air performantes, dont l’Iran est dénué, de milliers de missiles de toutes sortes, dont certains ont une précision d’impact de l’ordre de 3 mètres, et d’autres, qui sont véritablement capables de rayer un Etat de la carte de la planète.
 
Hier, les Iraniens ont également voulu montrer qu’ils étaient à même de lancer un grand nombre de fusées simultanément, ce qui compliquerait la tâche de leurs intercepteurs attitrés. Mais à quoi sert cette aptitude, si les Shihab-3 ne peuvent pas voler jusqu’à Tel-Aviv ?
 
L’aveu d’infériorité militaire incontestable découlant des manœuvres télévisées d’hier vient, au contraire, indiquer aux Israéliens qu’ils disposent encore d’un certain temps pour améliorer les nouvelles versions du Khetz. Efforts incessants, consentis afin de le rendre capable de chasser plus d’intrus à la fois, plus haut dans le ciel et plus loin du territoire qu’ils ont à défendre.
 
A la Ména israélienne, nous pensons que le régime des ayatollahs a voulu, au travers de son show de mercredi, contrebalancer l’effet médiatique de l’attaque simulée, menée, il y a quelques semaines, par une centaine d’appareils frappés de l’étoile de David bleue contre une île de la Méditerranée, située à 1 500 km de nos côtes. L’exercice impliquait, en plus des bombardiers et des chasseurs, des avions de ravitaillement, des appareils de guerre électronique et des hélicoptères de sauvetage. Nous sommes ici d’avis que Téhéran a, d’une part, sur-réagi à la démonstration de force de Tsahal en diffusant un show qui dévoile ses faiblesses, et, d’autre part, que les Israéliens sont parvenus à brouiller profondément la compréhension des stratèges perses, en ce qui concerne la nature de l’assaut qu’ils leur préparent.
 
Quant à cette seconde hypothèse, vous comprendrez aisément que nous persistons à préférer ne pas en dire plus.
 
Que peut réellement faire l’Iran en cas d’attaque israélienne ou alliée ? Pas grand-chose d’intelligent ! Si Téhéran tente de riposter en lançant des fusée dotées de moyens de destruction massive, notamment des bombes atomiques qu’il aurait achetées à d’anciens pays satellites de l’ex URSS, convoyés en direction d’Israël par des Shihab-4, non encore testés de manière opérationnelle, l’Iran risque fort, à la fois, de manquer ses cibles et son annihilation totale. Ce serait du suicide pur et simple, comme en conviennent la plupart des analystes stratégiques que je côtoie.
 
Il reste aux ayatollahs des milliers de missiles dérivés des Scud, possédant un rayon d’action de 3 à 400 kilomètres et capables d’emporter des charges de plusieurs centaines de kilos. En cas d’attaque des installations nucléaires, les Gardiens de la Révolution pourraient essayer d’arroser les forces américaines stationnées en Irak à l’aide de ces super-Scud. Mais l’efficacité destructrice de cet effort resterait limité, et, de plus, il aurait pour conséquence indubitable de déchaîner une tempête de fer et de feu contre tout ce qui touche au régime islamique en Perse, y compris ses leaders. Pour provoquer l’ire du géant américain, il faut être, quelque part, complètement dérangé.
 
En Israël, le problème des stratèges militaires réside en ce que la population s’attend à ce qu’une opération contre l’Iran ne cause aucun dégât humain dans l’Etat hébreu. S’il est possible que cela soit le cas à l’épreuve des événements, il est, en revanche, absolument impossible d’exclure des destructions lors d’une projection théorique. La difficulté réside en ce qu’il est pratiquement impossible de conditionner une société civile, vivant dans un environnement de consommation et de paix relative, à l’éventualité d’une situation de dévastation subite.
 
Le phénomène est encore plus marqué en Europe et aux Etats-Unis, comme le souligne le philosophe André Glucksmann dans ses écrits. En dépit des leçons non retenues du dalado-chamberlainisme à la veille de la dernière Guerre Mondiale, l’Ouest se complait à nouveau dans un semblant d’"apaisement", qui n’existe que parce qu’il refuse de voir ses ennemis qui s’arment pour le détruire.
 
Pourtant ces ennemis existent. Tous les hommes ne poursuivent toujours pas la paix et le bonheur, tous ne ressemblent pas aux critères de comportement qui leur sont familiers. Le courage intellectuel, de nos jours, ne consiste pas à s’agglutiner au camp du troupeau qui, à coups de dogmes depuis longtemps évidés, tente d’imposer l’idée la minimisation des foyers de dangerosités. Le courage intellectuel, aujourd’hui, c’est, au contraire, l’habilité à reconnaître la persistance d’ennemis, de les identifier, et d’envisager l’emploi des moyens nécessaires à les empêcher de nuire. A les empêcher de replonger le monde dans une nouvelle ère de ténèbres.
         
 

Partager cet article

Repost 0
Published by Pierre Bouskila - dans Metula News Agency©
commenter cet article

commentaires

Articles Récents