Journée nationale à la mémoire des victimes de crimes racistes et antisémites de l'Etat français et d'hommage aux « Justes » de France
Dimanche 16 Juillet 2006 – 11h00
Monument des Libertés, place Salvador Allende à Créteil
DISCOURS de Monsieur le Prefet du val de Marne, Monsieur Bernard TOMASINI
En ce 16 Juillet 2006, la France entière se souvient.
Plus de soixante années après les heures parmi les plus sombres de notre histoire, le souvenir de la souffrance absolue des Juifs revient nous hanter. Loin d’effacer de notre mémoire cette période noire, il s’agit aujourd’hui de se recueillir, de reconnaître les fautes du passé et de témoigner, toujours et encore, sans relâche, de l’horreur de la persécution nazie. Soixante ans après, l’émotion est toujours présente.
Elle est d’autant plus vive que l’actualité, qui a vu au début de cette année le lâche assassinat d’un de nos jeunes concitoyens, Ilan Halimi, nous rappelle trop souvent que les crimes racistes et antisémites sont loin d’avoir disparu de nos sociétés que l’on dit pourtant « développées ».
Aussi est-il de notre devoir collectif, - et de mon devoir particulier de représentant de l’Etat -, de réaffirmer régulièrement et solennellement la devise qui fonde notre République : « Liberté, Egalité, Fraternité », et qui est parfois perdue de vue, détournée ou même bafouée.
Je veux ici vous assurer de la détermination résolue du gouvernement à réprimer avec la plus grande fermeté ces actes inadmissibles.
Je veux aussi vous assurer de mon engagement plein et entier dans la mobilisation des pouvoirs publics et de leurs partenaires pour lutter, en tout point du territoire val-de-marnais, contre toute forme de dérive antisémite et raciste.
Aujourd’hui donc la France se souvient ; elle sait sa « dette imprescriptible » envers le peuple juif.
En effet, en octobre 1940, dans une France capitulante, un gouvernement, qui n’avait rien de républicain, promulgua un « statut des Juifs » ; un peu plus tard, ceux qui n’étaient pas de nationalité française furent internés dans des camps ; bientôt ils furent recensés et dépossédés de leurs biens. A la fin de l’année 1941 débutèrent les rafles tandis qu’ouvraient les camps deBeaune‑la‑Rolande, Pithiviers, Drancy et Compiègne.
En mars 1942, les premiers convois de déportés juifs partirent de France pour Auschwitz et, à partir de juin 1942, les juifs de plus de 6 ans durent porter l’Etoilejaune dans la zone occupée.
Trahissant les valeurs républicaines et la mission démocratique de la France, le gouvernement de Vichy s’est alors fait le complice, parfois zélé, de l’occupant, pour persécuter des hommes, des femmes et d’innocents enfants.
Le Val-de-Marne n’a hélas pas échappé à cette oppression : ce 16 Juillet 2006 est l’occasion d’évoquer avec douleur le destin des enfants de l’orphelinat de La Varenne. Là, dans la nuit du 21 au 22 juillet 1944, sur l'ordre du capitaine SS Aloïs Brunner, 28 orphelins juifs, âgés de 4 à 11 ans, furent arrêtés. Après un réveil brutal, ces enfants furent précipités dans des autobus avec baluchons et matelas, puis conduits à Drancy. Dans ce camp de la région parisienne, ils vécurent d'horribles journées d'angoisse avant d'être acheminés le 31 juillet 1944 vers Auschwitz, dans des wagons à bestiaux, par le convoi n°77.
Ces moments d’horreur sont bien difficiles à exprimer avec des mots justes tant ils suscitent les larmes et la honte mais il est de notre devoir de Français de les rappeler pour prendre leçon de l’histoire et veiller à ce que plus jamais une telle barbarie ne ressurgisse.
Toutefois si le mal doit être reconnu, le bien ne doit pas être méconnu et la commémoration de ce 16 Juillet est aussi celle de ces « Justes parmi les nations» qui, aux pires heures de trouble, aidèrent à sauver les trois quarts de la communauté juive résidant sur notre sol. Il convient aujourd’hui de rendre hommage à tous ces Français anonymes, ces doyens de faculté qui refusèrent de communiquer la liste de leurs étudiants juifs, ces policiers et ces gendarmes qui alertèrent les familles juives afin qu’elles puissent échapper aux rafles, ces ecclésiastiques, éducateurs, agriculteurs, instituteurs, élus, commerçants, dans le Val-de-Marne comme ailleurs, qui recueillirent et protégèrent des Juifs, parmi lesquels des milliers d’enfants.
Ces hommes et ces femmes sont l’honneur et la fierté de notre pays. Dans une période sombre, ils ont incarné le meilleur de la France, ses valeurs de fraternité, de tolérance et de justice.
On compte en France 1.913 « Justes » - 17.500 dans l’ensemble de l’Europe -. Rendons ici l’hommage sincère et appuyé qu’ils méritent aux Justes du Val-de-Marne :
François et Berthe BOUSSON,
Albert et Elia LECOQ,
Joseph-Marie MASSE,
Yvette TRACHTENBERG,
Georges et Amélie PERRET,
Albert et Fernande LOILIER,
Lucien GRANGIER,
Marie-Anne, François et Francine BURTIN,
Cécile et Thérèse LEGARS,
Joseph-Marie et Albertine CARDIN,
Jeanne ROTH.
Eux non plus ne doivent pas être oubliés.
De cette période si sombre soit-elle, capturons l’éclat d’une lueur d’espoir et de réconfort : l’existence des « Justes de France» est une ode au courage et aux valeurs françaises d’humanité et de fraternité.
Ensemble, en ce jour de souvenir et de mémoire, prenons exemple sur ces hommes et ces femmes qui, par leur bravoure et leur abnégation, ont rendu à la France sa dignité pour que demain l’histoire tragique ne se répète pas et que la France demeure une terre de pluralité et de liberté.
Allocation de Maître Benayoun,
Président de la communauté de Créteil
Soixante trois années nous séparent de l'année 1943, année où commence à poindre l'espoir d'une victoire des Alliés.
Aujourd'hui, les évènements qui se sont produits au cours de la seconde guerre mondiale apparaissent difficiles à comprendre, à imaginer pour ceux et celles qui n'ont pas vécu cette époque. On ne peut ni ne doit juger des années noires à partir de ce qu'on sait ou croit savoir aujourd'hui. Il faut se garder de porter un jugement sur ceux et celles qui furent les victimes délibérément assassinées. Ils ont été emportés dans une tragédie qui ne pouvait que les dépasser.
On peut se demander en effet :
Pourquoi la quasi-totalité des Juifs parisiens s'est rendue dans les commissariats pour se faire recenser ?
Pourquoi sont-ils allés déposer leur radio ?
Pourquoi ont-ils acceptés de coudre sur leur vêtement l'étoile jaune
Comment ils ont pu vivre sans se douter que chaque étape les conduisait vers leur mort ? Peut on dire qu'ils étaient légalistes. Peut on dire aussi qu'ils ont eu peur ?
Seuls ceux et celles qui ont vécu cette époque sont en mesure de répondre. Il faut avoir lu leurs récits ; ou entendu leurs témoignages pour essayer de redonner un peu d'épaisseur à leur vie. Tenter de faire un effort pour comprendre ce qu'elle fut.
Pendant quatre ans, les parisiens ont subi l'occupation allemande. Ils ont cherché à mener une vie normale dans des circonstances anormales. Leur sort fut difficile. Celui des Juifs français ou vivant en France fut bien pire. A la menace constante, nuit et jour, d'être reconnus, arrêtés, torturés, déportés ou fusillés, s'ajoutaient les difficultés à vivre tout simplement. Il ne faut pas oublier qu'un juif sans faux papiers et sans faux tickets d'alimentation ne pouvait pas survivre bien longtemps. Essayons alors d'imaginer son existence quand il avait femme, enfants, parents (souvent âgés).
Le 27 Septembre 1940, 105 jours après leur entrée dans PARIS, les occupants ordonnent le recensement des Juifs vivant en zone occupée.
Le 3 Octobre 1940, l'Etat Français qui n'existe que depuis 85 jours statue sur le présent et l'avenir des Juifs. Quelle hâte ! Il n'a, semble-t-il rien de plus urgent à organiser.
L'antisémitisme de l'année 1940 n'est pas une haine nouvelle. Réel, permanent, il a varié selon les époques, les lieux. Chercher ses causes, c'est le justifier. En ce début de l'occupation deux antisémitismes convergents commencent à agir.
L'un français, d'origine chrétienne a pour objectif d'écarter les Juifs de la plupart des activités d'une certaine importance supposées conférer de l'importance dans l'administration et les médias.
Les hommes de VICHY sont des antisémites à la française. Ils n'ont pas admis la réhabilitation du capitaine DREYFUS. Aussi ont-ils décidé la création le 8 Mars 1941 d'un COMMISSARIAT GENERAL AUX QUESTIONS JUIVES le Grand Rabbin de France Isaïe SCHWARTZ rencontre le 15 Mars 1941 le Maréchal PETAIN qui tente de se justifier ainsi :
Isaïe SCHWARTZ : Le mot (Commissariat aux Questions Juives) effraye. Nous sommes dont mis à part â?¦
Maréchal PETAIN : C'est le Président du Conseil, Samedi dernier qui a fait cela mais c'est une bonne chose, pour sauver â?¦ Le tort que vous avez c'est de ne pas être intégrés dans la nationalité française.
Isaïe SCHWARTZ : Comment ? Tout ce que nous avons fait dans tant de domaines, et au point de vue patriotique;
Maréchal PETAIN : Vous n'avez pas d'artisanat, de paysannat par là vous êtes écartés de la nation
Isaïe SCHWARTZ : Ce n'est pas de notre faute. Nous étions des paysans, on nous a interdit la terre
Maréchal PETAIN : Mais depuis â?¦
Isaïe SCHWARTZ : On n'est pas maître des forces économiques. Le mouvement vers la ville, la désertion des campagnes : va-t-on dire que les citadins ne font pas partie des familles françaises ?
Maréchal PETAIN : Achetez des terres et cultivez les en familles, et toute animosité disparaîtra.
Isaïe SCHWARTZ : Nous prêcherons cela, et il y a des équipes rurales â?¦
Maréchal PETAIN : En ALSACE, il y avait des paysans ?
Isaïe SCHWARTZ : oui
Maréchal PETAIN : Et vous viviez bien ensemble
Isaïe SCHWARTZ : oui
L'antisémitisme allemand est raciste. Il se fonde sur la conviction qu'il y a des races supérieures et des races inférieures. Les nazis prétendent appartenir à la race aryenne, celle ses seigneurs. Elle a par nature des droits sur les autres races, destinée à gouverner les peuples inférieurs. Elle peut les opprimer sans remords.
Conviction qui permet de massacrer des Allemands d'origine parce qu'ils sont handicapés.
Conviction qui justifiera les massacres de prisonniers soviétiques, russes et non russes, la liquidation des tziganes, la tentative de solution finale dont la mise en Suvre commence en 1942 afin de faire disparaître tous les Juifs du sol de l'Europe.
C'est à partir du 7 Juin 1942 que les Juifs deviennent visibles, les allemands ont décidé que dès l'âge de 6 ans, les Juifs, qu'ils soient français ou étrangers, doivent porter une étoile jaune avec l'inscription JUIF dans une écriture qui veut imiter l'hébreu. Accepter de la porter ce pouvait être, cela aurait dû être un geste de fierté montrant qu'on n'avait pas honte d'être Juif. Mais en même temps, c'était se signaler comme autre, différent, paria, persécuté dont la vie était limitée, menacée, s'offrir à une possible arrestation.
Le 22, le 25 et le 28 Juin 1942 trois convois partent de COMPIEGNE, de DRANCY et de BEAUNE LA ROTONDE. Ils emportent les 5149 premiers déportés JUIFS DE France. La grande rafle du 6 Juillet 1942 achève de convaincre les Juifs parisiens des menaces qui pèsent sur eux. Désormais, il y aura régulièrement des rafles. Elles ne doivent rien au hasard, elles sont programmées. On vient chercher les gens chez eux par "catégories" selon les lieux de naissance.
L'ordre bureaucratique fonctionne, les listes ont été préparées à l'aide des fichiers établis à la suite du recensement d'Octobre 1940.
Mais il est une question que se posaient toutes les victimes, comment les français réagissaient-ils aux persécutions antisémites ?
Au début, de 1940 à 1942, on peut parler de relative indifférence, les antisémites se réjouissent. Ils sont minoritaires. Nombreux sont ceux qui ne savent rien sur les Juifs et ne réagissent pas à des mesures dont ils ne voient pas l'intérêt.
En 1942, l'étoile jaune, les dénonciations, les spoliations, les renvois de l'administration font apparaître clairement les persécutions. On assiste, ici et là, à des mouvements de compassion, à des aides matérielles et morales. C'est alors que se manifestent individuellement ou collectivement ceux et celles qu'on nommera ensuite des JUSTES.
Catholiques, protestants, athées prennent des risques énormes pour eux, leurs familles, leurs villages de cacher des adultes et surtout des enfants.
C'est une source de consolation et même de fierté que de découvrir des Hommes et des Femmes qui, à l'époque de la barbarie et le veulerie ont sauvé l'honneur de la FRANCE.
Dépot de gerbe au nom du C.C.J. 94
par Maitre Benayoun et Monsieur le Rabin Alain Senior
apres avoir réciter le Psaume 10
Psaumes 10
- 10.1
- Pourquoi, ô Éternel! te tiens-tu éloigné? Pourquoi te caches-tu au temps de la détresse?
- 10.2
- Le méchant dans son orgueil poursuit les malheureux, Ils sont victimes des trames qu'il a conçues.
- 10.3
- Car le méchant se glorifie de sa convoitise, Et le ravisseur outrage, méprise l'Éternel.
- 10.4
- Le méchant dit avec arrogance: Il ne punit pas! Il n'y a point de Dieu! -Voilà toutes ses pensées.
- 10.5
- Ses voies réussissent en tout temps; Tes jugements sont trop élevés pour l'atteindre, Il souffle contre tous ses adversaires.
- 10.6
- Il dit en son coeur: Je ne chancelle pas, Je suis pour toujours à l'abri du malheur!
- 10.7
- Sa bouche est pleine de malédictions, de tromperies et de fraudes; Il y a sous sa langue de la malice et de l'iniquité.
- 10.8
- Il se tient en embuscade près des villages, Il assassine l'innocent dans des lieux écartés; Ses yeux épient le malheureux.
- 10.9
- Il est aux aguets dans sa retraite, comme le lion dans sa tanière, Il est aux aguets pour surprendre le malheureux; Il le surprend et l'attire dans son filet.
- 10.10
- Il se courbe, il se baisse, Et les misérables tombent dans ses griffes.
- 10.11
- Il dit en son coeur: Dieu oublie! Il cache sa face, il ne regarde jamais!
- 10.12
- Lève-toi, Éternel! ô Dieu, lève ta main! N'oublie pas les malheureux!
- 10.13
- Pourquoi le méchant méprise-t-il Dieu? Pourquoi dit-il en son coeur: Tu ne punis pas?
- 10.14
- Tu regardes cependant, car tu vois la peine et la souffrance, Pour prendre en main leur cause; C'est à toi que s'abandonne le malheureux, C'est toi qui viens en aide à l'orphelin.
- 10.15
- Brise le bras du méchant, Punis ses iniquités, et qu'il disparaisse à tes yeux!
- 10.16
- L'Éternel est roi à toujours et à perpétuité; Les nations sont exterminées de son pays.
- 10.17
- Tu entends les voeux de ceux qui souffrent, ô Éternel! Tu affermis leur coeur; tu prêtes l'oreille
- 10.18
- Pour rendre justice à l'orphelin et à l'opprimé, Afin que l'homme tiré de la terre cesse d'inspirer l'effroi.
Dépôt de gerbe de la Mairie de Créteil (94)
Dépôt de gerbe pour le Conseil Général du 94
Dépôt de gerbe pour la Préfecture du 94
Photos Serge Guetta ACIC
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Depuis le 16 avril 42, Pierre Laval est revenu aux affaires et détient des pouvoirs considérables sur le plan de la politique intérieure, comme sur celui de la politique étrangère. Louis Darquier de Pellepoix, professionnel de l?antisémitisme outrancier, tout dévoué à Dannecker et à ses services a remplacé Xavier Vallat. René Bousquet, un fidèle de Laval, accède aux fonctions de secrétaire général de la Police.
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