| Massoud Hanoun, fils d’un ancien officier de l’armée du Liban Sud, habite aujourd’hui à Naharia. Il presse Israël de liquider Nasrallah ; quand la mission sera achevée, les membres de sa famille resteront malgré tout en Israël. Maximum, ils iront faire une petite visite dans leur village. Cette semaine aurait dû être l’une des plus émouvantes de la vie de Massoud Hanoun. Six ans après son arrivée en Israël avec sa famille suite au retrait de Tsahal du sud Liban en 2000, Massoud recevait sa carte d’identité israélienne. « A l’âge de 20 ans, je suis, aux yeux de la loi, un citoyen israélien », explique le fils d’un des anciens officiers de l’armée du Liban Sud. Mais les combats au Liban et les roquettes qui tombent ces jours-ci sur la ville de Naharia où il habite avec ses parents et ses cinq frères et sœurs, lui ont gâché ses projets. « Presque personne ne reste en ville, tous les bureaux sont fermés. » Il ajoute : « Il me semble que presque tous les Juifs ont quitté la ville et que seuls les anciens de l’armée du Sud Liban sont restés. Mais je n’en suis pas certain. Depuis que les roquettes tombent, personne ne sort de chez soi. » La famille Hanoun n’a plus de grief contre la bureaucratie israélienne parce que cette semaine l’un de ses rêves se réalise, rêve, dont contrairement à celui de la citoyenneté israélienne, il ne pensait pas voir la réalisation. « Nous attendons cet instant depuis le retrait du Liban. Nous savions qu’il fallait punir le Hezbollah, leur apprendre la leçon, et je sais, comme Libanais, que la force des Nasrallah n’est pas si grande que cela. Chaque fois qu’il se passait quelque chose à la frontière, nous attendions que Tsahal réagisse. Cette fois nous n’y avons pas cru. Nous étions habitués à ce qu’Israël négocie avec eux. Nous avions le sentiment que Tsahal ne voulait plus se battre et prendre des risques. C’est pourquoi, cette fois-ci, nous avons été surpris. Je suis certain que Nasrallah a été lui aussi surpris. » A Naharia, vivent aujourd’hui près de 1100 anciens de l’armée du Liban Sud avec leurs familles. Selon la municipalité, la grande majorité d’entre eux travaille. Le père de Massoud, 44 ans, travaille dans une usine. Son grand frère, Pierre, 25 ans, est satisfait de son job d’installateur d’alarmes. Ses autres frères et sœurs sont à l’école à Naharia. La famille Hanoun vécut une crise lors de son arrivée en Israël. Le père eut du mal à trouver un travail, entre autres parce qu’il ne parlait pas bien hébreu. Ils n’envisagèrent pourtant pas de revenir à Dabel, le village chrétien où ils habitaient. « J’aime l’Etat d’Israël et je me sens Israélien, cependant l’égalité entre nous et les Israéliens n’est pas pleine » dit Massoud. « Il me semble que les choses avancent moins vite que je n’aurais pu le penser. » Il y a une chose que Massoud a du mal à pardonner. « Maintenant nous faisons ce que nous aurions dû faire déjà en 2000. Le retrait de l’Armée du Liban Sud et son démantèlement furent une erreur. Les Libanais sont des gens pour qui l’honneur est important et le retrait de Tsahal fut compris par eux comme une victoire du Hezbollah. La majorité des Libanais pense comme moi. Je vous promets que si Tsahal nous avait accordé un soutien militaire aérien, l’Armée du Liban Sud aurait liquidé le Hezbollah et nous aurions libéré le Liban. Cela aurait dû être le but d’Israël : briser le Hezbollah et partir seulement après que le Liban ait été libéré. Dans ce cas, nous aurions pu rester là-bas, à Dabel et vivre en paix avec Israël, mais cela n’aura plus lieu. » Jusqu’à dernièrement, Massoud travaillait à la compagnie d’électricité ; actuellement, il se concentre sur ses études de communications et de sciences politiques dans un institut d’études supérieures de Galilée. Depuis que les combats ont commencé il est surtout assis devant la télévision. « Nous écoutons les ordres des services de sécurité. Une roquette a déjà touché une maison près de la nôtre dans la rue Jabotinski. Nous arrivons à identifier le bruit. Quand nous entendons le sifflement d’une "katioucha", nous entrons dans les abris. Par chance, aucun dommage n’a été causé à notre maison. Depuis, nous demeurons avant tout dans notre maison. Il m’arrive toutefois d’aller visiter un ami qui habite tout près, ou bien de sortir pour acheter de quoi manger. » A la question s’il a peur, il répond en riant : « pas du tout ! C’est seulement à Tel Aviv qu’ils ont peur. Comme Libanais, je sais que Nasrallah est surtout fort en parole. Il sait faire peur. Les Israéliens doivent comprendre qu’ils sont victorieux. Mais les images de destruction du Liban me font souffrir. C’est ma patrie, je l’aime. Je suis en relation avec des amis et des membres de ma famille qui sont restés à Dabel. Nous correspondons, avec prudence, par internet. Ils nous disent combien la situation est difficile. Ils n’ont pas la possibilité de s’approvisionner et ils craignent que Tsahal les bombarde par erreur, bien que je ne pense pas que les gens du Hezbollah tirent depuis notre village. » « Ils nous disent combien la situation dans le village est dure. Les chrétiens libanais sont sous un plus grande pression que nous ici en Israël, bien que nous essuyions des roquettes et eux non, parce qu’ils ne savent pas ce qui se passera au Liban après la guerre. Certains disent même : « Il n’y a plus de Liban. » Les aspirations de Massoud se concentrent surtout sur Israël : l’an dernier, il a créé un équipe israélienne de basket composée uniquement de fils des anciens de l’armée du Liban Sud et qui porte le nom de « Cèdre de Naharia ». Jusqu’à ce que Massoud arrive à être un homme de communication qui fasse avancer l’égalité entre les anciens de l’Armée du Liban Sud et les Juifs, il se contente d’un rêve intermédiaire : voir la fin de Nasrallah. La haine envers lui est profonde chez les Hanoun. A Chaque fois, que son nom est prononcé, ils réagissent tous ensemble. « C’est un chien terroriste, résume Massoud, un chien qui aboie, mais qui ne mord pas. Il peut certes tirer encore des missiles que lui ont donnés la Syrie et l’Iran, mais le coup qu’il encaisse est énorme. N’ayez pas peur de lui. Son QG est détruit et c’est sûr qu’il se cache quelque part sous la terre. » Le père de Massoud, lui aussi après la défaite du Hezbollah, ne retournera pas au Liban. Il est trop tard. « Le Liban est ma patrie, mais nous nous sommes habitués à vivre ici. Nous attendons qu’Israël détruise le Hezbollah et que le Liban ait un gouvernement souverain qui fasse la paix avec Israël. Mais même s’il y avait la paix, nous resterons israéliens. Notre rêve est de rester ici et d’aller le week-end visiter notre famille à Dabel. » Haaretz, 19 juillet 06 ; traduction : Jean-Marie Allafort, un écho d’Israël. |