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Lettre d'actualité, avec un apport de symbolisme, et de spiritualité, accés le plus souvent sur un axe Moyen- Orient, Europe, et Amérique du Nord.

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Israel n’a pas mené une guerre aussi juste depuis quarante ans."

Israel n’a pas mené une guerre aussi juste  depuis quarante ans."




Transmis de moise_rahmani


Lu dans Le Soir (merci a R.S.)

Le Soir du 24 Juillet 2006


A bout portant


" Notre sentiment ? Israël n'a pas mené une guerre aussi juste depuis 40 ans"


Denis Charbit


Politologue à l’Université ouverte d’Israël
Propos recueillis par DOMINIQUE BERNS

La riposte militaire d’Israël à l’enlèvement de deux soldats à la frontière
libanaise le 12 juillet et aux tirs de missiles par le Hezbollah libanais
est généralement jugée «disproportionnée » par l’opinion publique belge.
Vous êtes un Israélien de gauche, proche du mouvement «La paix maintenant »
Quelle est votre position ?

La position des Israéliens en général, et la mienne également, c’est
qu’Israël n’a pas mené une guerre aussi juste depuis quarante ans. Israël
n’occupe plus le Sud-Liban depuis 2000. Or, des soldats israéliens ont été
enlevés en territoire israélien ; une pluie de roquettes, comme on n’en
avait plus connu depuis plus de 20 ans, s’est abattue sur le nord d’Israël,
menaçant quotidiennement la vie de plus de 500.000 personnes. Israël était
en droit de réagir, avec la force qui convient dans ce type de situation de
guerre, au titre de la légitime défense. Une fois admis ce droit, une fois
identifiés l’agressé et l’agresseur – le Hezbollah, qui fait partie de la
coalition gouvernementale libanaise, on peut s’interroger sur la conduite
de la guerre elle-même et le caractère disproportionné de la riposte
israélienne. Pour ma part, je n’entends pas juger maintenant en fonction de
ce qu’Israël a subi, mais en fonction du résultat obtenu si le Hezbollah
est mis hors-jeu, c’est que vraisemblablement il n’y avait pas d’autre
moyen. Si en revanche, l’issue est nulle ou même aggravée, toute
l’opération aura été une erreur ; je demanderai compte au gouvernement
israélien de cet inutile gâchis. La fin (juste) ne justifie les moyens que
si les moyens (fussent-ils injustes) réalisent la fin.

Parmi les victimes civiles, on dénombre peu de membres du Hezbollah qui,
selon Israël, sont les vraies cibles…

Les combattants du Hezbollah ne se trouvent pas dans une zone de combat
clairement séparée de la population civile. L’objectif de l’armée
israélienne n’est pas – et ne peut être – de tuer des civils. Non seulement
pour des raisons éthiques, mais également parce que c’est contraire aux
intérêts d’Israël : nous n’avons rien à gagner d’une unité libanaise
reconstituée autour du Hezbollah. Le nombre important de victimes civiles
tient aussi à l’emploi de frappes aériennes. Mais le précédent de la guerre
du Liban en1982 interdit moralement et politiquement le recours à une
opération terrestre de grande envergure. En outre, un grand nombre de
soldats israéliens seraient tués, ce qu’Israël veut éviter.[

Pourquoi détruire les infrastructures civiles libanaises, c’est-à-dire
frapper la population et l’État libanais, si l’objectif officiel est de
désarmer le Hezbollah ?

Détruire des infrastructures civiles, qui relèvent du pouvoir d’État, c’est
faire pression sur le gouvernement libanais afin de l’inciter à prendre les
mesures nécessaires pour désarmer le Hezbollah et déployer l’armée
libanaise sur la frontière avec Israël en lieu et place des milices de
Nasrallah, conformément à la résolution 1559 du Conseil de sécurité de l’ONU.

Par la force ?!

Les relations internationales, surtout en temps de guerre, ressemblent à
une partie d’échecs. Sans pression directe de la part d’Israël, le
gouvernement libanais ne prendra jamais l’initiative d’une mise au pas du
Hezbollah.

Ce serait prendre le risque de déclencher une guerre civile…

Je suis convaincu de la bonne foi du Premier ministre libanais quand il dit
souhaiter déployer l’armée libanaise. Mais depuis six ans, depuis le
retrait israélien, le gouvernement libanais n’a pas bougé : il craint en
effet une guerre civile déclenchée par le Hezbollah. C’est la raison pour
laquelle il a fermé les yeux sur l’arsenal de missiles de moyenne et longue
portée, fourni par l’Iran, accumulé au Sud-Liban et grâce auquel Tibériade,
Haïfa, Safed ont pu être bombardés. Et nous devrions y consentir. Au nom de
quoi. Face à ce dilemme, il n’est pas exclu que dans l’opinion comme au
sein du gouvernement libanais, on reconnaisse qu’Israël, en «faisant le
ménage » même impitoyablement, aide le Liban à rétablir sa souveraineté.
Le recours à la force massive est aussi un message adressé aux États arabes
(hors Egypte et Jordanie, qui ont signé un traité de paix avec Israël) et à
l’Iran, aux gouvernements forts comme aux gouvernements faibles. Un : la
faiblesse de l’autorité publique (gouvernement libanais ou président
palestinien) n’est pas une excuse quand les intérêts d’Israël sont en jeu.
Deux: quiconque agresse Israël dans son sanctuaire se verra sanctionné
durement. Si Israël n’avait pas riposté à l’attaque du Hezbollah, les États
arabes hostiles à Israël en auraient conclu que l’on peut frapper Israël
non seulement à ses frontières mais également en son cœur, dans l’impunité
la plus totale.

L’opération lancée par Israël a-t-elle une chance de réussir ?

Je ne pense pas que l’on puisse «liquider » le Hezbollah. C’est une
organisation politique et sociale fortement implantée parmi la population
chiite du Liban. Mais on peut lui porter un coup dur, avec l’aide du Liban
et de la communauté internationale. Il n’y a pas de litige entre le Liban
et Israël ; une coopération économique et touristique entre les deux pays
serait possible et bénéfique. Toutes les conditions sont remplies pour une
normalisation des relations, sauf une : c’est une perspective intolérable
pour le Hezbollah. Il mène le jeu et le but de l’opération, c’est de mettre
fin à ce monopole.

La communauté internationale ne semble pas prête à envoyer une force
d’interposition dotée d’un mandat suffisant et de la capacité de frappe
nécessaire pour désarmer le Hezbollah…

Votre doute, d’une certaine manière, tend à justifier l’opération
israélienne ! Le gouvernement libanais ne peut pas, la communauté
internationale ne veut pas, et c’est donc Israël qui prend la
responsabilité de plonger les mains dans le cambouis dans le but de créer
une situation qui oblige le gouvernement libanais, les États arabes modérés
et la communauté internationale à s’engager.
Un Liban dégagé de la pression du Hezbollah contentera tout le monde et
restituera la stabilité dans cette zone. Pour y parvenir durablement,
toutes les parties doivent prendre maintenant leurs responsabilités. Si le
modèle mis en place fonctionne au Liban, nul doute qu’on pourra faire la
même chose en Cisjordanie.

Pourquoi ?

Au Liban et en Palestine, Israël fait face à des gouvernements faibles qui
sont l’otage d’organisations politiques et militaires qui rejettent
l’existence de l’État d’Israël, même dans ses frontières de 1967, pas
seulement pour des raisons nationales et politiques, mais pour des raisons
religieuses. Que faire ? Pendant des années, l’attitude du gouvernement
israélien a été de dire : puisqu’il y a des extrémistes, on ne fait rien.
En 2000 pour le Liban et en 2005 pour la bande de Gaza, Israël a estimé que
l’occupation israélienne minant la cohésion intérieure et ne répondant plus
à sa sécurité, il était souhaitable et impératif de se retirer unilatéralement.

Le caractère unilatéral est fortement critiqué…

Ceux qui critiquent de bonne foi l’unilatéralisme israélien pensent donc
qu’un accord bilatéral pourrait être signé. Or, le problème n’est pas de
signer un accord avec le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud
Abbas, ou le Premier ministre libanais, Fouad Siniora. Le problème, c’est
de le faire respecter, c’est de garantir que la zone restituée est
définitivement démilitarisée. Les missiles Kassam qui tombent sur Sderot et
les Katyouchot qui s’abattent sur Haïfa démontrent malheureusement le
contraire. C’est l’illustration parfaite de l’incapacité réelle des
autorités libanaise et palestinienne à imposer leur loi. Débarrassez le
Liban et l’Autorité palestinienne du fanatisme islamique, et l’accord est
non seulement possible, il est surtout applicable.

Depuis l’enlèvement, le 25 juin, du soldat Shalit et la reprise des tirs de
missiles depuis Gaza, la droite, en Israël, a beau jeu de pointer l’échec
du retrait unilatéral et de tout retrait par principe…

Le retrait sur la frontière internationale nous donne la légitimité interne
et internationale pour riposter. C’est toujours bon à prendre même si
j’eusse préféré une accalmie relative, sinon définitive, que l’on était en
droit d’espérer. Elle a duré six ans au Sud-Liban, six mois à Gaza. Je suis
convaincu que Mahmoud Abbas ne souhaitait pas que des roquettes Kassam
continuent de s’abattre sur Sderot et Ashkelon après le désengagement. Si
la lutte armée palestinienne ne s’était maintenue qu’en Cisjordanie,
j’aurais trouvé cela légitime, même si c’est contre-productif dans la
mesure où l’opinion israélienne est favorable à un retrait de plus de 90%
de la Cisjordanie. Mieux vaut donc négocier pour y parvenir. Mais
poursuivre le combat à partir de la bande de Gaza est inadmissible. Une
solution au Sud-Liban pourrait avoir un effet direct sur la redéfinition
des règles du jeu dans la bande de Gaza, c’est-à-dire sur la frontière
israélo-palestinienne, et redonner actualité à l’«accord des prisonniers »,
que les extrémistes palestiniens ont voulu torpiller en enlevant le soldat
Shalit et en tirant des roquettes sur Israël. Il pourrait constituer une
base de reprise du dialogue israélo-palestinien

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