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Lettre d'actualité, avec un apport de symbolisme, et de spiritualité, accés le plus souvent sur un axe Moyen- Orient, Europe, et Amérique du Nord.

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L'histoire à dormir debout que nous Européens, sommes en train de nous raconter sur le dos d’Israël

L'histoire à dormir debout que nous Européens, sommes en train de nous raconter sur le dos d’Israël
Par Charles Moore The Telegraph 29 juillet 2006
 

Traduction: Objectif-Info
Si, de nos jours, l'expression n'est pas une contradiction in adjecto, Sir Peter Tapsell est un parlementaire distingué. Il a fait son entrée pour la première fois à la Chambre des Communes en 1959. Connu pour sa grande classe, c'est le parlementaire Tory qui a fait la carrière la plus longue.
 
Mardi, lors de la séance des questions de politique étrangère au Parlement, Sir Peter s'est levé. Il voulait que Margaret Beckett [1] lui dise si le premier ministre s'était entendu avec le Président Bush pour autoriser Israël "à faire une guerre illimitée" au Liban, et à attaquer les zones résidentielles civiles de Beyrouth. Ces attaques, ajouta-t-il, sont "un crime de guerre qui rappelle de façon sinistre les atrocités nazies dans le quartier juif de Varsovie".
Mme Beckett a fermement rejeté la première partie de la question sur la permission donnée par M. Bush "d'une guerre illimitée", et est passé à autre chose. Quant à moi, j'ai eu le souffle coupé par les propos de Sir Peter.
Que se passe-t-il au Liban ? Après l'enlèvement de deux de ses soldats et le tir de centaines de roquettes contre sa population à partir de la frontière libanaise, Israël tente d'écraser les combattants du Hezbollah qui en portent la responsabilité. Ce faisant, il a également tué des civils. Le résultat est qu'environ 500 personnes sont mortes au Liban.
En quoi consistaient "les atrocités nazies dans le quartier juif de Varsovie " ? Il y en a eu beaucoup, naturellement. Mais Sir Peter se référait probablement aux événements d'avril-mai 1943. Les Nazis avaient envoyé auparavant 300.000 Juifs polonais à Treblinka. Quand les Juifs de Varsovie ont eu connaissance de leur destin, ils ont décidé de se révolter contre les prochaines déportations. Pendant environ un mois, ils ont résisté. Ils ont été matés : 7.000 d'entre eux ont été tués et 56.000 envoyés dans les camps.
Sir Peter sait sûrement tout cela : il a pourtant choisi de parler comme il l'a fait. Voila un homme qui est dans la vie publique depuis plus de 50 ans (il était conseiller de Anthony Éden lors des élections générales de 1955). Il a quand même comparé les opérations d'Israël au génocide le plus célèbre du 20ème siècle. Que lui est-il arrivé ?
Je ne pose pas la question parce que je porte de l'intérêt à Sir Peter. Je ne le tiens pas pour un personnage important dans le débat en cours, bien qu'il puisse avoir un avis différent du mien sur ce point. Je la pose en fait parce que sa tirade me semble être l'expression d'une attitude foncièrement aberrante qui domine actuellement à propos du Moyen-Orient. Elle a déteint sur le récent discours aux Communes de William Hague, le ministre des affaires étrangères du cabinet fantôme [2]. Elle imprègne toutes les émissions de la BBC.
On peut critiquer la récente offensive d'Israël pour beaucoup de bonnes raisons. Certains disent qu'elle est disproportionnée et aveugle. D'autres pensent qu'elle n'a pas été correctement planifiée au plan militaire. D'autres soutiennent qu'elle va renforcer les extrémistes dans le monde arabe, et compliquer l'élaboration d'un vaste accord de paix. Ce sont des points de vue rationnels, même si ce ne sont pas nécessairement les positions correctes qu'il faut adopter. Mais le discours européen sur le sujet semble avoir été submergé par quelque chose d'autre. Il s'agit d'un mythe, puissamment étayé par des images télévisées bien choisies, qui fait d'Israël un tyran insensible, impérialiste, meurtrier et raciste.
Cette analyse est d'abord erronée : si les Israéliens sont des impérialistes, pourquoi se sont-ils retirés du Liban pendant six ans, et pourquoi n'y retourne-t-ils que parce qu'il sont l'objet de nouvelles menaces ? Combien de régimes génocidaires connaissez-vous qui ont une presse et des élections libres ? Ensuite cette analyse est une stupidité du point de vue moral. Elle ne fait aucune distinction entre des agissements brutaux et parfois inquiétants de tous les pays quand ils sont aux abois, et les desseins profondément néfastes de certaines idéologies et de certains régimes. Elle ne dit rien du fanatisme, et de l'urgence de la menace qui pèse sur Israël. Sir Peter est parvenu je ne sais comment à vivre sur cette planète pendant 75 ans sans déceler de différences entre ce qu'Israël est en train de faire au Liban et "une guerre illimitée".
En même temps qu'il est stupide du point de vue moral, ce mythe empêche radicalement tout effort pour comprendre ce qui se passe réellement au Moyen-Orient. C'est une manifestation de paresse.
Ainsi par exemple, en regardant la télévision, on a bien du mal à savoir que la plupart des nations arabes de la région, à l'exception notable de la Syrie, détestent le pouvoir du Hezbollah. On se rend à peine compte que Hezbollah est une faction chiite, activement soutenue par l'Iran, et qu'elle est donc redoutée par la plupart des Sunnites et par tous ceux qui résistent à l'hégémonie iranienne.
On ne verra rien non plus des informations sur la façon dont le Hezbollah dispose ses sites de lanceurs de missiles dans les zones civiles. On n'aura pas d'émission sur le rapport paru dans un journal koweitien qui révèle que Sayyed Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah, s'est sans doute rendu à Damas jeudi dernier, pour une rencontre avec le président syrien, Bashar Al-Assad, et le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale d'Iran. On ne sera pas informé que la révolution du Cèdre, que la télévision nous invitait récemment à admirer, ne peut probablement pas être poursuivie si la Syrie et l'Iran et le Hezbollah sont autorisés à agir dans ce pays.
 
Derrière le mythe dominant de l'oppression israélienne il y a une hypothèse condescendante et presque raciste sur les Arabes et les Musulmans selon laquelle, en gros, "ils sont tous les mêmes". Le débat public ne prend pas le temps d'examiner l'éventualité que le cessez-le-feu immédiat réclamé par la plupart des pays européens attribuerait la victoire au Hezbollah, et que cela conduirait en retour à davantage de pertes en vies humaines. Il se contente de réaffirmer des positions tranchées.
En vertu de cette attitude, Tony Blair fait l'objet de quolibets selon lesquels il serait le "caniche" de l'Amérique au lieu de suivre une politique étrangère indépendante.
Cette semaine marque le cinquantième anniversaire du début de la dernière crise du Moyen-Orient où la Grande-Bretagne a agi sans se concerter avec l'Amérique. Le 26 juillet 1956, le président égyptien Gamal Abdel Nasser nationalisa le Canal de Suez. La Grande-Bretagne dont un tiers des bateaux passait par le Canal à cette époque, craignait que Nasser ne l'étrangle. Eden, peut-être égaré par la chance qu'il avait eu en engageant le jeune P. Tapsell, organisa une machination secrète en compagnie de la France et d'Israël pour reprendre le contrôle du Canal par la violence et provoquer la chute de Nasser.
Ignorant les subtilités des élections présidentielles en Amérique et le tempérament d'un président, Dwight D. Eisenhower, qui s'était publiquement engagé à ce que son pays s'oppose à l'emploi de la force, nous avons donné le feu vert à l'invasion de l'Égypte le 5 novembre. Furieuse à avoir été mystifiée, l'Amérique a immédiatement refusé de soutenir la Livre sur les marchés, et nous nous sommes inclinés du jour au lendemain.
 
Le chancelier de l'époque, Harold Macmillan, qui avait soutenu l'attaque dès le début mais qui la dénonça dès novembre, écrivait dans son journal intime, le 18 août : "… si Nasser ' s'en tire ', nous sommes foutus… Il est bien possible que ce soit la fin de l'influence et de la puissance anglaise, pour toujours." Et bien, Nasser s'en est tiré, et l'influence britannique au Moyen-Orient s'est effondrée.
Cela fait maintenant plus d'un demi siècle que la responsabilité ultime de ces décisions qui dépendaient de nous (et de France) est passée entre les mains de l'Amérique. Nous devrions travailler en étroite collaboration avec l'Amérique plutôt que d'agir comme des octogénaires grincheux, sauf si nous décidons sérieusement d'essayer de retrouver cette responsabilité, seul ou de concert avec d'autres. Les efforts déployés hier par M. Blair à Washington pour parvenir à un cessez-le-feu dans la durée plutôt qu'immédiatement, sont parfaitement judicieux.
Pourtant on réclame la tête de M. Blair de tous cotés et dans la plupart des médias. C'est comme si, après avoir renoncé au pouvoir, nous Européens, souhaitons que notre impuissance s'étende au reste du monde. Nous faisons des comparaisons fumeuses et offensantes avec les nazis. Nous prêchons que l'action unilatérale est toujours erronée. Cette attitude ne peut être tenue que par des gens qui n'ont pas à prendre de décisions engageant la vie ou la mort. Elle ne vaut pas grand-chose, et elle est contraire à la morale.
Notes du traducteur:
[1] Elle est ministre des affaires étrangères dans le gouvernement Blair.
[2] L'opposition forme au Royaume Uni un gouvernement virtuel (Shadow Cabinet) qui critique le gouvernement et propose des alternatives.

 
 
© Objectif-info.com
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