Lettre d'actualité, avec un apport de symbolisme, et de spiritualité, accés le plus souvent sur un axe Moyen- Orient, Europe, et Amérique du Nord.
Alouf Ben, Haaretz, 3 août 06
Il y a un an, Israël se préparait au désengagement de la Bande de Gaza et du nord de la Samarie. La déchirure entre « les oranges » et « les bleus » était alors considérée comme la principale menace pour la paix du pays et pour sa sécurité. Les frontières étaient calmes, et dans les territoires le cessez-le-feu régnait. Un an est passé et après le changement dramatique des dirigeants, la situation stratégique s’est inversée. Le public israélien est uni, mais les frontières sont en feu. Tsahal combat sur trois fronts. La critique interne porte maintenant sur les opérations de l’armée, cette même armée qui, l’été dernier, avait reçu les éloges pour l’évacuation des colons de leurs maisons.
Cette révolution dans l’ordre national soulève deux questions : Est-ce que les héritiers d’Ariel Sharon, qui ont juré de poursuivre sa voie, accomplissent leurs promesses ? Que reste-t-il de l’héritage de Sharon un an après l’événement qui a modelé son mandat ?
Sharon a laissé deux ordres qui sont les lignes directrices des dirigeants actuels de l’Etat et qu’il avait appris par suite de l’échec de la première guerre du Liban. Le premier fut que la collaboration avec le parti travailliste est une condition nécessaire pour que des actions qui requièrent la force puissent réussir. Le second est qu’il est important de coordonner chaque action avec l’administration américaine. Ainsi, l’on réussit à obtenir un soutien interne et un appui international.
Comme un bon étudiant.Ehud Olmert a intégré ces impératifs. C’est ainsi que la coalition avec le parti travailliste et que la nomination d’Amir Péretz comme ministre de la Défense lui accordent une unité interne dans la présente guerre. Dans les rues pas de manifestation, et la protestation de la gauche est jusqu’à ce jour très marginale. Olmert sait que c’est à Péretz qu’il doit la possiblité de faire la guerre, et il lui rend hommage dans chaque conversation et discours malgré les difficultés qui existent entre eux. De même avec les américains : Olmert veille minutieusement à être vu comme celui qui agit selon la volonté de Washington même si, comme cette semaine, il faut faire semblant de renoncer aux bombardements.
De même, la manière dont Olmert fait usage de la force militaire rappelle son prédécesseur. Comme Sharon, il n’a pas d’état d’âme pour les victimes de l’autre côté. Il est « désolé », mais « il ne s’excuse pas » pour la mort des civils de Cana et son gouvernement considère ces événements comme un accident médiatique, mais non comme un problème éthique. Certes, Olmert n’est pas perçu de la même façon que Sharon qui ne manquait pas de propos blessants contre les Arabes, mais son approche est semblable.
L’héritage de Sharon a été négligé précisément sur le plan politique. Malgré les déclarations d’Olmert hier sur le retrait unilatéral qu’il décrit comme « une corde de sauvetage pour le sionisme », suite à l’explosion de la violence à Gaza et au Liban, l’idée est laissée de côté. On peut discuter sur la question de savoir si Sharon avait vraiment prévu de se retirer des territoires - ses déclarations étaient contradictoires - mais il est clair que c’est ainsi qu’Olmert, dans ses déclarations sur le « repli », avait compris l’héritage de son prédécesseur. Maintenant, il a besoin d’un nouvel étendard politique.
La politique sécuritaire de Sharon s’est concentrée sur le problème palestinien. Aujourd’hui, on critique Sharon de ne pas s’être occupé du Hezbollah dans une guerre préventive ou en préparant Tsahal à une telle mission. Mais ces personnes qui critiquent se sont tues pendant son mandat, et ses héritiers essaient de faire porter la responsabilité du dossier Liban - Iran à la communauté internationale. Il est aussi possible aussi que Sharon ait enseigné Olmert sur les réelles capacités de Tsahal.
Il y a pourtant des différences de style. Les longs discours d’Olmert éveillent parfois la nostalgie des textes brefs, cinq minutes au maximum, de son prédécesseur. Olmert est sûr de lui, alors que Sharon prenait de nombreux conseils, hésitait, puis décidait. Sharon a longuement attendu avant d’ériger la barrière de sécurité, Olmert s’est précipité en se lançant dans la guerre au nord. Sharon aimait bouleverser les idées reçues, et grâce à son attitude politique, il put changer l’ordre des choses. On peut douter, par exemple, que ses successeurs oseront dans l’avenir nommer un pilote comme chef de l’état-major et non un homme des forces terrestres...
Traduction : Jean-Marie Allafort, Un écho d’Israël.