Lettre d'actualité, avec un apport de symbolisme, et de spiritualité, accés le plus souvent sur un axe Moyen- Orient, Europe, et Amérique du Nord.
Lorsque la guerre entre Israël et le Hezbollah a éclaté, des articles sont parus aussi bien dans la presse locale que dans la presse internationale sur la position des chrétiens de la région. La principale thèse avancée par ces papiers était que les chrétiens arabes, aussi bien au Liban qu’en Terre Sainte, espéraient, voire souhaitaient la disparition du Hezbollah. De là, on pouvait en déduire que les chrétiens soutenaient, plus ou moins ouvertement, la guerre menée par Israël contre la menace chiite.
Je ne sais ce qu’il en est des chrétiens du pays du Cèdre, n’étant pas là-bas. Pour les chrétiens arabes de Terre Sainte, on peut douter fortement qu’ils soutiennent de près ou de loin les opérations de Tsahal au sud Liban. Certes, la majorité d’entre eux verrait d’un bon œil la disparition de la milice chiite ; toutefois l’affaiblissement d’Israël serait pour eux une victoire bien plus importante.
Depuis le début des hostilités, les arabes israéliens de Galilée - musulmans, druzes et chrétiens - ont payé le prix fort. Parmi les 36 civils tués à ce jour, 15 sont arabes israéliens (dont trois chrétiens).
La colère gronde de plus en plus fort dans ce secteur de la population israélienne, non seulement parce qu’un certain nombre de localités arabes n’est pas relié aux sirènes ou parce que les employés de l’Etat chargés de quantifier les dégâts matériels des maisons touchées par les roquettes ‘oublient’ de les visiter, mais surtout parce que leur solidarité avec le monde arabe est première. Les chrétiens ne font pas exception. Les Libanais sont attaqués, ils se sentent agressés.
Hier soir, après les salves meurtrières de roquettes sur Haïfa où de nombreux arabes - chrétiens et musulmans - ont été blessés, une poignée d’entre eux a manifesté devant l’hôpital Rambam de Haïfa appelant à la liquidation du Nasrallah. Il y a deux jours, les bédouins d’Arab al Aramshe, près de la frontière libanaise, suite à la mort de trois femmes de leur village, ont ouvertement soutenu Tsahal dans sa guerre contre le Hezbollah et espéraient le fin de la milice chiite. Par contre, à Nazareth, les deux enfants tués par les missiles de Nasrallah ont été proclamés ‘martyrs de l’Islam’. Pour les parents, ils sont morts à cause d’Israël et le premier responsable est Olmert lui-même.
Il est évident que dans le secteur arabe israélien, diverses voix s’élèvent.
Il n’en reste pas moins que pour la majorité, cette guerre menée par Israël est une agression injustifiée. Israël est le véritable coupable. Les arabes israéliens, comme d’ailleurs les Palestiniens, regardent El Jézira ou la télévision du Hezbollah, Al Manar. Ils sont fortement influencés par les images diffusées et par les commentaires des spécialistes des « questions sionistes » qui ne manquent jamais de présenter Israël comme une entité maléfique, dont le projet est la destruction du monde arabe.
Les chrétiens, eux aussi, se sentent profondément agressés parce qu’ils se voient comme les autres arabes dont le destin est lié à l’avenir de leurs frères. Ce sentiment est d’autant plus fort qu’ils se sentent profondément solidaires des chrétiens maronites du Liban.
De ce point de vue, le message du patriarche latin de Jérusalem, Mgr Michel Sabbah, reflète bien la position partagée par une bonne partie des chrétiens de Terre Sainte, tout au moins du clergé : Israël est condamné, le Hezbollah n’est même pas évoqué comme pouvant être une des sources du problème.
Ne nous faisons aucune illusion, cette position n’est pas seulement celle des catholiques de Terre Sainte, mais elle est partagée également par les orthodoxes et les anglicans.
Il y a quelques semaines, un prêtre orthodoxe de Galilée m’a déclaré : « Il y a 20 ans, les arabes chrétiens israéliens avaient de l’animosité contre Israël, aujourd’hui, ils ont de la haine. » Les chrétiens ont le sentiment d’être les perdants de la politique israélienne.
Ce n’est pas le lieu d’aborder cette question, mais les chrétiens, qui sont une minorité infime de la population, n’arrivent pas à faire entendre leur voix ou plus exactement, leur voix n’est pas entendue parce qu’ils ne représentent que peu de chose.
Un prêtre melkite, lui aussi de Galilée, m’a raconté que dans son village, un chrétien ne porte jamais plainte à la police parce qu’il n’a aucune chance que sa demande soit prise en compte. Les policiers sont druzes ou musulmans. Bien plus, aucun jeune chrétien qui a les capacités de rentrer dans la police n’a de chance de voir sa candidature accepter.
En Galilée, dans le secteur arabe, la police est une place forte occupée par les druzes et les musulmans. Après vérification, nous avons constaté que le prêtre disait vrai : dans la majorité des localités du nord d’Israël, il n’y a aucun policier chrétien...
Chez les chrétiens, la coupe déborde. Israël les rejette. Tel est le sentiment qui domine.
Pour un chrétien comme pour un musulman, la guerre contre le Hezbollah est vue comme la prolongation de la politique d’humiliation du monde arabe entreprise par Israël.
La haine du chrétien envers le Hezbollah l’emporte-t-elle sur celle d’Israël ?
Je ne le parierais pas.
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