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Lettre d'actualité, avec un apport de symbolisme, et de spiritualité, accés le plus souvent sur un axe Moyen- Orient, Europe, et Amérique du Nord.

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«Jusqu'au corps-à-corps avec le Hezbollah»

 
 
L'envoyé spécial du «Figaro» a suivi une section de Tsahal au Liban-Sud.
Les soldats témoignent de la difficulté de la tâche qui leur a été assignée
 
«Jusqu'au corps-à-corps avec le Hezbollah»
 
 
logo FIGARO 
 
L'armée israélienne est désormais autorisée à progresser jusqu'au fleuve Litani, à 20 km au nord de la frontière.
 
L'armée israélienne est désormais autorisée à progresser jusqu'au fleuve Litani, à 20 km au nord de la frontière.
(AP)
 
 
LE SOLEIL se couche sur le village libanais d'Aytaroun, dominé au loin, vers l'Orient, par les pentes pelées et rougeoyantes du mont Hermon. Cheveux noirs bouclés et peau couleur bronze, un jeune soldat de type yéménite, coiffé d'une kippa et vêtu d'un gilet pare-éclats d'où dépassent les phylactères, se met à entonner seul une prière, un petit livre calligraphié en hébreu à la main. C'est la min'ha, la prière du soir du judaïsme. Soudain, un mouvement insensible saisit les garçons de cette section de combat des Golani (brigade d'élite de l'armée israélienne, dont la création remonte à la guerre d'indépendance de 1948).
 
Tous se mettent à descendre de leurs blindés lourds, qu'ils ont, pour la nuit, rangés en cercle, comme les chariots des pionniers du Far West dans les films de John Ford. La plupart de ces jeunes, qui ont tous 19 ou 20 ans, ne sont pas des Juifs religieux. Mais, ce soir, ils ont envie de suivre leur camarade dans sa prière.
 
Formant bientôt une sorte de petit amphithéâtre humain bordé par les hautes cuirasses des APC (véhicules de l'avant-blindés, armés de mitrailleuses dirigées de l'intérieur), les Golani clament à haute voix les répons de la prière. Seul leur chef, le lieutenant Arik, un «vieux» de 22 ans, n'est pas là, parti dans une villa de la bourgade libanaise pour participer à un briefing présidé par le commandant du bataillon, un «très vieux» de 29 ans.
 
Pour obéir au rituel qui veut qu'on ait la tête couverte, certains ont mis un casque lourd, d'autres un chapeau de brousse. Un grand gaillard a posé les mains sur la tête de ses deux voisins initialement découverts. Les visages, pas rasés depuis cinq jours, sont recueillis, mais sans affectation. Nul ne prête plus la moindre attention au bruit des explosions tout autour : bruit sec des «départs» des tirs des chars Merkava, alignés en contrebas derrière une muraille de terre rouge élevée au bulldozer ; bruit sourd des «arrivées», dans les champs de tabac voisins, des obus de mortier tirés par le Hezbollah depuis la périphérie de la bourgade de Bent Jbeil dont on distingue les immeubles sur la hauteur ; sifflement dans le ciel des roquettes Katiouchas volant vers le kibboutz de Malkilya, adossé à la frontière israélo-libanaise.
 
Tous à la même enseigne
 
Lorsqu'on recule d'une dizaine de mètres dans la poussière de ce capharnaüm militaire pour avoir une vision d'ensemble de cette section de combat en prière, on est saisi par l'extraordinaire variété de ses types humains. L'ashkénaze aux cheveux blonds côtoie le falasha au visage d'ébène ; le turc séfarade aux cheveux lisses côtoie le marocain tout bouclé.
 
Dans la section, le niveau d'anglais des conscrits est un bon indice de leur origine sociale : les ashkénazes venus de la bourgeoisie de Tel-Aviv le parlent beaucoup mieux que les séfarades originaires des quartiers populaires de Haïfa ou des villages du nord de la Galilée. Mais, ici, face au danger et dans un inconfort absolu, ces jeunes gens se retrouvent tous à la même enseigne. Entre eux, ils partagent tout : les cigarettes, les corvées de nettoyage, les boîtes de thon, la musique de leurs lecteurs mp3, les plaisanteries sur les coups de fil mensongers qu'on donne à sa mère pour la rassurer en lui disant qu'on n'est toujours pas passé au Liban.
 
L'armée en Israël et la mort éventuelle au combat ne sont pas une affaire de riches ou de pauvres, d'ashkénazes ou de séfarades, d'intellectuels ou de manuels. C'est l'affaire de toute la nation et le dernier melting-pot d'une société occidentale capitaliste où l'idéal socialiste des kibboutzim des années 1950 est devenu ultraminoritaire. Ce qui unit les trente jeunes garçons de cette section de Golani, c'est le choix qu'ils ont fait de ne pas faire un «service militaire de planqué».
 
Le lieutenant arrive, avec la confirmation de mauvaises nouvelles. Quatre soldats de la brigade viennent d'être tués à Bent Jbeil, dans une opération de nettoyage de ce bastion historique du Hezbollah. On verra l'hélicoptère ramenant leurs corps vers l'arrière, volant en rase-mottes à l'intérieur des talwegs, pour éviter les missiles portables sol-air dont dispose la milice islamiste chiite.
 
«Le Hezbollah est comme un serpent. Il vous glisse entre les mains, reste caché dans un trou pendant trois jours, puis vous attaque par-derrière au moment où vous ne l'attendiez plus», explique le lieutenant, qui sera normalement démobilisé dans quatre mois, à l'issue d'un service militaire prolongé de cinq ans.
 
Les moyens lourds de cette incursion israélienne mécanisée au Liban-Sud, au sein de laquelle Le Figaro a été «embedded», ne paraissent guère adaptés à la guerre asymétrique que Tsahal doit livrer au Hezbollah. La puissance de feu de l'armada – 72 obus de 105 mm embarqués à bord de chacun des chars Merkava, soutien des obusiers de 155 mm à longue distance situés à l'arrière, réponse dans le quart d'heure à une demande de bombardement aérien par les chasseurs F-16 – est gigantesque. Mais le problème reste toujours le même : où diriger le feu ? Le Hezbollah, qui a creusé des tunnels partout, est passé maître dans l'art de rester invisible. Il a réussi à pousser Tsahal – dont le but premier reste de limiter au maximum les pertes humaines dans les rangs des conscrits – à adopter une prudence presque paralysante. Dans cette campagne aride où l'on perçoit tout mouvement suspect à plus d'un kilomètre de distance, les blindés israéliens ont reçu instruction de ne bouger que de nuit. «Ils sont beaucoup plus forts que vous le croyez, ces terroristes», explique le lieutenant Arik. «Grâce à ses missiles Tow reçus d'Iran (missiles antichars livrés par l'Amérique du temps du régime du chah) le Hezbollah peut nous stopper un char à quatre kilomètres de distance !»
 
Plan initial
 
Un seul char se met de travers dans un fossé, et voici toute la progression arrêtée. Pas question de l'abandonner en pleine campagne : il faut se déployer en protection autour de lui, jusqu'à ce qu'un engin vienne de l'arrière le remorquer. Le plan initial de la mission tombe à l'eau : il s'agissait d'encercler nuitamment et avec des blindés un village libanais rebelle, dans l'espoir que le bruit des chenilles ferait sortir de leurs trous les miliciens du Hezbollah.
 
En deux jours, Tsahal n'aura pas cessé de pilonner devant nous Bent Jbeil, sans pourtant avancer d'un kilomètre. En presque un mois de guerre, Israël n'a toujours pas réussi à sécuriser entièrement une bande frontalière de six kilomètres de large, ni à interrompre les volées de katiouchas qui s'abattent sur le nord de son territoire. On a l'impression qu'Israël court après une mouche avec un énorme marteau.
 
Mais, perchée sur une hauteur, une villa d'Aytaroun abrite une unité mieux préparée à la lutte antiguérilla. C'est le bataillon Sayaf (nom arabe signifiant le sabre), entièrement composé de Druzes israéliens. Minorité du Proche-Orient non prosélyte, confessant une religion ésotérique tenant à la fois de l'islam et du christianisme, les Druzes sont répartis sur le territoire d'Israël, du Liban et de la Syrie. Excellents soldats, ils ont fait le choix, il y a plus d'un demi-siècle, de servir loyalement les différents États dont ils relevaient.
 
Entre eux, au repos, les Druzes de l'unité Sayef parlent arabe. Au combat, à la radio, ils ne s'expriment qu'en hébreu. Kamal, leur commandant, confie : «Le Hezbollah, on ne pourra le détruire qu'au corps à corps !» À Maroun-el-Ras, l'unité a réussi à tuer deux miliciens islamistes. En forçant la porte de la cave d'une villa semblant abandonnée, et en tirant à l'aveugle...
 
 
L'armée israélienne est désormais autorisée à progresser jusqu'au fleuve Litani, à 20 km au nord de la frontière.
 
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