Lettre d'actualité, avec un apport de symbolisme, et de spiritualité, accés le plus souvent sur un axe Moyen- Orient, Europe, et Amérique du Nord.
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Je ne veux pas imaginer qu'il n'y ait pas de solution, car cela voudrait dire, ce qui serait la plus immorale des solutions, que l'on accepte la situation actuelle et que l'on renonce au cessez-le-feu immédiat. Donc, je ne veux pas l'imaginer de la part des Américains, ni d'autres (Jacques Chirac, le 9 Août à Toulon).
Le Président de tous les Français se pose ainsi en donneur de leçon. Il ne veut pas imaginer que la diplomatie française n’est plus qu’un spectacle pour clubs de vacances, avec les monos dans les rôles principaux : Douste dans celui des précieuses ridicules à lui tout seul, les acrobates se livrant à de serviles courbettes devant la Ligue Arabe et un Candide se contorsionnant pour sauver le Hezbollah d’une défaite annoncée.
Comme préalable, Chirac a toujours posé la cessation des hostilités. Les ennemis de ses ennemis étant ses amis, il veut que cessent les hostilités contre ceux-ci, c’est-à-dire le Hezbollah, les Libanais n’étant qu’un accessoire collatéral lui permettant de se mettre en scène.
S’il avait voulu la paix entre les peuples, serait-il resté si étrangement absent, si désespérément muet lorsque le Hezbollah prenait le contrôle du Liban et lorsque ce même Hezbollah pilonnait le Nord d’Israël durant des mois pour inciter l’Etat hébreu à des représailles ?
Le Président est un mystère, même pour ses amis. Que la politique étrangère de la France soit le domaine réservé du chef de l’Etat fait de notre pays une exception en Europe et aux USA : nulle part ailleurs, les relations extérieures d’un pays ne sont soumises à aucun vote, à aucun contrôle du Parlement.
De ce fait, Chirac est parvenu, sur le plan diplomatique, à occuper le devant de la scène, l’extrême bord de celle-ci, sans qu’on ait la moindre idée du scénario, s’il y en a un. Seul responsable, il est parvenu à un stade extrêmement avancé. A propos d’avancée, on peut seulement regretter que ce ne soit dans aucune direction particulière.
Un jour, il défend le Liban et condamne le Hezbollah et la Syrie. Un autre, il entreprend tout ce qui est possible pour sauver ce qui reste du mouvement chiite, qu’il refusera toujours, au mépris de la position générale européenne, de nommer « terroriste ».
Il faut le déplorer. Car c’est l’image de la France qui en souffre.
Attendait-il de sa conférence de Toulon un remerciement ou une considération en hausse au pays du cèdre ? Le président libanais, pro-syrien, vient de lui signifier une fin de non-recevoir. " Le pouvoir français à notre grande surprise s'est rapproché des Etats-Unis ", a déclaré Emile Lahoud.
Loin de condamner la milice chiite pro-iranienne, Emile Lahoud estime que "nous sommes en guerre, et à la guerre comme à la guerre. Vous devez utiliser tous les moyens, surtout avec Israël... Notre petite armée ne peut tenir tête à la puissance militaire israélienne. Nous avons besoin de la résistance. Celle-ci a prouvé qu'elle ne pouvait être éradiquée en trois jours", a-t-il encore expliqué.
Pourtant, on ne peut pas dire que Chirac ait été particulièrement exigeant avec le Liban qu’il s’obstine à considérer comme la seule victime.
Mais le président français, influencé par les décideurs du Quai d’Orsay, veut encore ignorer le poids fantastique du dogme religieux dans les politiques de pays comme l’Iran, la Syrie et maintenant le Liban.
La constitution du Liban tient compte de son multiculturalisme : le président de la république est par définition un chrétien maronite, le Premier ministre un musulman sunnite et le président de la Chambre des députés un musulman chiite.
Siniora, lisant une sourate du Coran devant les ministres, bafoue donc la constitution de son pays. (lire l’article de Kébir Jbil)
Nous devons établir les principes et les éléments d'un cessez-le-feu permanent et d'une solution politique à long terme, une solution qui ait l'accord des deux parties et qui porte notamment sur la délimitation de la frontière dont les fermes de Shebaa, les soldats israéliens enlevés et les prisonniers libanais.
La délimitation de la frontière ?
Chirac ne peut ignorer que celle-ci a été fixée selon des décisions internationales et qu’Israël respecte scrupuleusement la Résolution de l’ONU la concernant depuis son retrait unilatéral il y a près de six ans.
Il ne peut en dire autant de la part du Hezbollah. Etat dans l’Etat, gui sur l’arbre qu’il étouffe, le Hezbollah n’a jamais accepté la présence juive au Moyen Orient. Quelle délimitation de la frontière ? De quoi parle donc le Président de la république ?
Les fermes de Shebaa ?
C’est un territoire conquis à la Syrie qui a toujours refusé de négocier avec Israël. Lorsque ces négociations commenceront, Israël rendra cette petite portion de quelques kilomètres carrés à la dictature Alaouite. Libre à elle ensuite d’en faire cadeau au Liban dans le cadre de pourparlers entre Etats souverains, pour autant que ce terme puisse avoir une quelconque signification entre ces deux pays.
La communauté internationale n’a rien à exiger dans cette affaire. Chirac encore moins, eu égard à ses pirouettes « je t’aime, moi non plus » qu’il n’a cessé d’entretenir avec les El Hassad. N’était-il pas le seul chef d’Etat européen à s’incliner devant le cercueil d’Afez, le père ? Et ce n’était pas seulement pour s’assurer qu’il était bel et bien mort.
Un plan pour rien
Une fois ces conditions réunies, nous passerons à la deuxième phase consistant à déployer une force internationale. A partir d'un engagement politique des deux parties, vérifié par les Nations unies, le mandat de cette force sera défini. La France se déterminera sur sa participation à cette force en fonction du mandat qui lui sera donné.
Jacques Chirac renonce à réclamer ouvertement que la France prenne la direction de cette force multinationale, comme cela avait été évoqué ces derniers jours. Il a beau jeu de s’abriter derrière le mandat de l’ONU.
Il sait, en tant que chef des Armées, que la France n’en a simplement pas les moyens. Il faudrait une force de 15.000 hommes au moins, avec la logistique correspondante et de l’armement lourd pour faire régner la paix que combat le Hezbollah.
Pour prendre le commandement d’une telle force, la France devrait aligner à elle seule le tiers des troupes. Malheureusement, elle ne les a pas. Les engagements en Afrique et sur d’autres théâtres d’opération ont quasiment déplumé l’armée française.
Je pense, en réalité, que nous devons affirmer clairement la nécessité d'une cessation immédiate des hostilités, c'est la responsabilité, la vocation des Nations Unies que de l'affirmer.
Les populations décimées du Darfour (20.000 morts depuis le début de l’été) en sauront gré au président français. Elles attendent depuis plusieurs mois une intervention de l’ONU. Pour l’instant, les cadavres s’amoncellent. Et l’Union Africaine sera à court d’argent en octobre pour entretenir les troupes, peu efficaces au demeurant, chargées de veiller à l'observation du cessez-le-feu.
Rappelons que le régime islamiste du Soudan refuse toujours l’intervention de l’ONU dans ce qu’il faut appeler le plus grand génocide de ce début de XXIe siècle.
Quel crédit apporter à une politique étrangère qui, sous couvert d’humanisme, réclame d’agir vite lorsque ses intérêts sont directement menacés et de l’autre, traîne les pieds et le reste du corps alors que des centaines de milliers de vies sont balayées ?
Un point pourrait être considéré comme encourageant dans l’intervention du chef de l’Etat.
Chacun sait aussi les liens qu'elle (la Syrie) a avec le Hezbollah. Je vous dirais, pour être tout à fait franc, que l'expérience m'a conduit à ne pas avoir tout à fait confiance. D'ailleurs, j'observe qu'il y a quelques jours, le ministre espagnol des Affaires étrangères, M. Moratinos, est allé voir les dirigeants syriens, il est sorti et a clairement annoncé le résultat de ces discussions en disant que la Syrie allait user de toute son influence pour restaurer la paix dans cette région. Dans la demi-heure qui a suivi, le président syrien démentait totalement ce qui avait été indiqué par M. Moratinos.
Ces propos seraient appréciables s’ils ne cachaient un double jeu propre à la diplomatie française dans cette partie du monde. Outre qu’elle place la France dans une bien piètre position pour mener quelque négociation que ce soit avec la dictature syrienne, il est délicat pour le chef d’Etat de critiquer le pays dont son meilleur ami, Rafic Hariri, a été très longtemps la marionnette au Liban.
La morale, telle qu’invoquée par Chirac à tour de bras, interdit de se prêter à ces circonvolutions.
Contradictions internes
Au stade actuel, Chirac émet une hypothèse qui vient en contradiction avec ce qu’il a soutenu quelques minutes auparavant.
Cet accord comporterait d'une part, un retrait de l'armée israélienne des territoires qu'elle occupe actuellement au Liban, qui ne peut être que progressif, avec parallèlement et, en même temps, une prise en main de ces territoires, dont elle se serait retirée, par l'armée libanaise. Il y a donc un problème de temps à mettre au point.
Le facteur temps et le retrait progressif, voila justement ce qu’il vient de dénoncer quelques minutes plus tôt en parlant de « la plus immorale des solutions ». Serait-ce trop demander à la seule personne en charge de notre politique étrangère de ne pas se contredire toutes les 5 minutes ?
Mais le pire reste à venir. La fin de la conférence de presse de Chirac ressemble à s’y méprendre à une ingérence dans les affaires intérieures libanaises. Qui sait ? Les phrases qui suivent pourraient être interprétées comme un appel aux Libanais à se dresser contre l’occupation du Hezbollah. C'est cette partie du discours chiraquien qui a provoqué la fureur d'Emile Lahoud.
Il appartient donc aux Libanais de prendre conscience de cette situation et de prendre conscience du fait que ceux qui encouragent les uns ou les autres à privilégier la guerre, les attentats, le terrorisme, ceux là font une lourde erreur. Ce sont finalement l'ensemble des Libanais quelle que soit leur confession, qu'ils soient sunnites, chiites, druzes, chrétiens, qui payent les pots cassés, comme on le voit.
Alors, si c'est l'ensemble des Libanais qui réalisent tout d'un coup que s'ils veulent vivre dans un Liban, réalité historique, plusieurs fois millénaire, démocratique et en paix, ils doivent s'exprimer politiquement auprès de ceux qui veulent contester un gouvernent libanais par ailleurs issu d'élections libres et démocratiques. Donc, je ne saurais trop engager les Libanais à prendre conscience de leurs responsabilités politiques pour encourager toutes les forces qui sont celles de la paix, de la stabilité, mais surtout de l'unité du Liban, pour affirmer sa souveraineté et son indépendance.
Ce que les stratèges israéliens avaient évoqué dés le début de cette campagne le 12 juillet était bien le spectre de la guerre civile. Celle-ci ne ferait pas les affaires d’Israël. Il semble maintenant que la communauté internationale en prenne conscience.
Et l’on imagine mal, sur quelques kilomètres carrés, une force de l’ONU prise en étau entre d’une part, les exigences sécuritaires légitimes d’Israël, d’autre part une armée libanaise sous-équipée et enfin un Hezbollah fanatisé et prêt à mourir pour Allah. Avec, au milieu, la présence de civils qui ne demandent qu’à vivre en paix.
Cette configuration est propice à un affrontement général, une guerre civile autrement plus meurtrière que celle des années 80. Chirac le sait, mais il n’a, pour l’instant, aucune solution à proposer.
Dans ce cas, était-ce bien la peine d’interrompre ses dernières vacances au Fort de Brégançon ?
Pierre Lefebvre © Primo Europe, le 10 Août 2006.
Le complot déjoué
Un jour, ces fascistes réussiront à nouveau.
Pierre Lefebvre © Primo Europe, 10 Juillet 2006