Lettre d'actualité, avec un apport de symbolisme, et de spiritualité, accés le plus souvent sur un axe Moyen- Orient, Europe, et Amérique du Nord.
Le Liban en sursis
"Une attaque israélienne (contre le Liban) est hors de question". C’est ce qu’a déclaré le chef de la diplomatie européenne, M. Javier Solana, à l’issue de son récent séjour à Beyrouth.
C’est tout à fait exact, si l’on fait référence aux intentions de l’Etat hébreu à notre égard. Solana est bien informé, puisqu’il consulte régulièrement les membres du gouvernement siégeant à Jérusalem. Notre puissant voisin du Sud n’a aucune velléité offensive à notre égard.
Le problème, c’est qu’il n’en a jamais eue. Hormis les divagations des partisans libanais de la guerre à outrance, aucun esprit bien fait ne peut soutenir qu’Israël ait jamais ourdi le dessein de s’approprier tout ou partie de notre territoire, ni aucune de ses ressources naturelles.
Chaque fois que ce pays est intervenu sur notre sol, c’est qu’il avait, préalablement et sur de longues périodes, été victime d’agressions de la part d’organisation terroristes établies au Liban.
Sauf en 1948, lorsque ce fut l’armée libanaise qui s’était mise en tête de participer à l’effort panarabe d’éradication de l’Etat hébreu nouvellement créé et qui avait alors tenté de "libérer" la Galilée par la force.
Il est vrai qu’à l’époque, et sur le papier à tout le moins, avec ses alliés, notre armée était censée être supérieure en nombre et en équipement à Tsahal à peine sortie des nimbes. Toujours est-il que, sur le théâtre des opérations, dans les faits, la raclée qui nous fut infligée nous persuada à tout jamais de laisser nos voisins tranquilles.
Une attaque israélienne est donc hors de question, mais à la condition que ce ne soit pas le Hezbollah qui prenne l’initiative d’un nouveau conflit.
A cet égard également, si cela ne tient qu’à la volonté du chef des Fous de Dieu, Hassan Nasrallah, ainsi que du reste de leurs dirigeants locaux, il n’existe aucune volonté de rééditer l’aventure de l’été 2006.
En dépit des quelques 40 000 roquettes et missiles dont sa milice dispose ici, au-delà de l’argument de la nécessité de "résister" à l’ennemi sioniste, qui ne lui sert qu’à exister politiquement et à occuper militairement de larges portions de notre territoire, le Hezb avait subi de si vastes destructions qu’il n’a pas l’envie de s’attirer à nouveau.
A ce propos, il n’est que de signaler que Nasrallah, de crainte d’être appréhendé ou liquidé par Israël, continue à se terrer, n’apparait pas en public et dort chaque nuit dans un endroit différent.
Le Hezbollah se concentre, au contraire, à négocier son admission dans le prochain gouvernement Hariri, qu’il empêche de voir le jour depuis les élections générales qui se sont achevées il y a quatre mois.
Dans les faits, et malgré leur défaite dans les urnes, les chiites, largement minoritaires démographiquement, ne se satisfont pas à l’idée de participer au prochain cabinet. Leur ambition étant de s’approprier le pays, non de participer à sa gestion démocratique.
Pour satisfaire le Hezbollah, il faudrait au moins qu’il dispose à nouveau de son droit de veto sur toutes les décisions gouvernementales qui ne sont pas à son goût, ni à celui de ses mentors syriens et iraniens.
L’objectif du Hezbollah étant à la fois d’empêcher le gouvernement de gouverner et d’étendre ses zones d’implantation militaires, il est clair qu’Hariri, le 1er ministre désigné par la décision populaire, fait tout ce qui est en son pouvoir pour repousser le diktat des islamistes.
Il a reçu hier un coup de pouce du Président Michel Souleiman, à l’occasion de l’iftar de la Présidence de la République. En présence des représentants de tous les partis, en son palais de Baabda, Souleiman à enjoint l’opposition à s’entendre avec la majorité.
Le Président a fait valoir que le statut quo, qui paralyse le pays et lui interdit de peser sur les discussions régionales et internationales le concernant au plus haut point, n’est plus supportable.
Le point de vue de Michel Souleiman, en toute logique, ne souffre d’aucune discussion, mais telle n’est pas la logique qui inspire les sous-fifres armés de Damas et de Téhéran. Dans leur dialectique, ils ont plus à perdre qu’à gagner dans le rétablissement d’un gouvernement central légitime : celui-ci ne manquerait pas, tôt ou tard, de remettre en cause les zones gérées par le Hezb et dont l’Etat est exclu, la présence de militaires et de terroristes étrangers sur notre sol, le désarmement des milices, ainsi que d’évoquer la possibilité d’établir la paix avec Israël.
Ce sont ces sujets qui urgent pour le Liban mais qui dérangent le plus les pourvoyeurs d’armes et d’argent des islamistes chiites.
Car pour le moment, chaque minorité régit ses lieux d’implantation, avec un avantage certain pour le Hezb, le seul à disposer d’une milice capable de tenter de s’emparer du pouvoir lorsqu’elle en aura reçu l’ordre. Tant qu’un gouvernement ne sera pas formé, c’est la force brutale qui fait loi, et à ce régime, c’est le Hezbollah qui détient donc la main.
Pendant que l’on palabre à Baabda et au Sérail, les islamistes infiltrent l’armée, établissent des caches d’armes au Sud, sous le regard presque impassible des militaires de l’ONU, importent du matériel de guerre, forment de nouveaux miliciens, étendent leurs zones d’influence, implantent des réseaux de communication parallèles, contrôlent l’aéroport international et permettent aux techniciens iraniens de déployer radars et missiles antiariens sur nos montagnes.
Dans des conditions aussi favorables à leur dessein, les chiites n’ont vraiment aucune raison de se presser.
Saad Hariri, la semaine dernière, s’est même fendu d’une pseudo-bravade : le Hezbollah participera au nouveau cabinet, que cela plaise ou non aux Israéliens et en dépit des pressions internationales.
Dans son esprit, le fils de feu Rafic Hariri, assassiné par ledit Hezbollah et ses patrons syriens, entendait flatter l’ego de Nasrallah à la place de lui remettre un droit de veto.
C’est méconnaître la constance de l’adversaire domestique. C’est également soumettre tout le pays à un risque gigantesque : car la question n’est pas de savoir si cela plairait ou non à Jérusalem, mais elle consiste à évaluer sa menace, selon laquelle toute instance à laquelle participerait le Hezb constituerait une cible légitime en cas de reprise des hostilités.
Et là, cela signifie que le Liban se verrait entraîner dans un conflit majeur, alors qu’en 2006, seuls les intérêts attenants aux Fous de Dieu et à leurs alliés directs avaient été visés par les Israéliens.
Ce distinguo revêt pour nous une importance capitale, car, si Solana a effectivement raison lorsqu’il affirme que nos voisins n’ont aucune intention de nous agresser, cela ne signifie absolument pas, j’insiste, qu’Israël ne fera pas usage de son droit de riposte au cas où il était attaqué.
On sait même, grâce aux articles de la Ména en particulier, que Tsahal est désormais prête à lancer une opération blitz, destinée à réduire rapidement la milice du Hezb au silence et à l’empêcher de lancer ses projectiles sur les villes d’Israël, en cas d’attaque islamiste.
Contrairement à 2006, les soldats d’en face sont maintenant bien entraînés, bien commandés et leur équipement pour la guerre classique à été mis à jour.
Or il existe un cas de figure bien précis dans lequel tout pourrait rapidement basculer. C’est dans la situation où les pressions internationales sur l’Iran ne convaincraient pas les ayatollahs de cesser, dès octobre prochain, leurs activités de militarisation de l’atome.
Dans ce scénario, une majorité d’experts internationaux est persuadée que l’Etat hébreu s’en prendra seul aux installations d’armes non-conventionnelles en Perse. Face à une telle éventualité, il ne fait aucun doute que Téhéran ordonnerait à Nasrallah d’ouvrir un second front contre Israël. C’est précisément dans cette éventualité que la milice chiite a premièrement été créée et armée.
Or, même si tout le monde s’entend à concevoir que, pour le Hezb et le Liban, il s’agirait d’une opération suicide – toutes les forces terrestres d’Israël, n’étant pas requises dans le Golfe, seraient à disposition pour nous régler notre compte – Hassan Nasrallah aurait beaucoup de mal à désobéir à ses chefs.
Il l’a fait en se tenant à carreaux, l’hiver dernier, lors de Plomb fondu dans la Bande de Gaza, mais, dans la conjoncture envisagée, il ne s’agirait plus d’aider les sunnites dissidents d’Hanya et de Mashal, mais d’obéir aux grands frères chiites de Qom et de Téhéran.
Ce qu’Hariri junior semble ne pas comprendre vu de Beyrouth, les villageois non-chiites du Liban-sud l’ont parfaitement assimilé : mieux vaut dès à présent prendre ses distances avec les miliciens du Hezb.
Je rentre d’une semaine dans les agglomérations sunnites, chrétiennes et druzes jouxtant la frontière d’Israël, et je témoigne du fait.
Là-bas au moins, on saisit que, si une nouvelle guerre venait à éclater, les frappes d’Israël seraient nettement moins parcimonieuses qu’en 2006. Comme la Ména l’a aussi décrit, on flaire, au Sud, que la disposition de l’establishment israélien à notre égard a profondément changé : la faute à l’accueil réservé par tous les clans libanais au massacreur de petites filles Samir Kuntar.
Si, avant de voir tous les leaders de toutes nos communautés religieuses embrasser cet énergumène, Israël était disposé à considérer qu’une partie des Libanais était, à son instar, victimes de l’impérialisme iranien, ça n’est plus le cas.
Les villageois du Sud prétendent que "depuis cet accueil enthousiaste, ceux d’en face ont la rage". Ils affirment aussi, qu’en cas de guerre, "ils" ne se contenteront pas de détruire les planques du Hezb dans les villages chiites, mais qu’ils réduiront à l’état de ruine chaque agglomération à partir de laquelle agiront les miliciens. Puis les villageois précisent ""ils" ne laisseront pas les habitants revenir, d’ailleurs, il n’y aura pas où revenir".
Partout, surtout dans les villages sunnites dans lesquels j’ai fait halte, les gens s’expriment librement et s’approchent volontiers pour participer à la conversation. J’ai ainsi souvent entendu "si on les laisse en paix, ils nous laissent en paix".
L’ambiance n’est évidemment pas la même dans les conurbations chiites, comme à Kfar Kileh, qui fait face à Em’toula [Métoula. En arabe, la mère de la vallée (du Jourdain). Ndlr.], où on organise chaque semaine des manifestations "spontanées" au cours desquelles on fustige et on menace de mort l’ "entité sioniste".
Les villages se touchent presque dans le Sud. Sur les routes qui les relient, des banderoles traversières, sur lesquelles on voit les photos des martyrs du Hezb. D’autres portent l’effigie de Nasrallah, souvent accompagné de celle Khomeiny ou de Khamenei.
Les soldats de l’ONU, omniprésents sur les routes, inexistants dans les villages, ainsi que ceux de l’armée libanaise circulent sous ces bannières, qui marquent le Hezbollahland. Jamais il ne leur viendrait à l’idée de les démanteler.
Mais dès qu’on franchit l’entrée d’un village non-chiite, c’est une autre histoire. A Marwahin, par exemple, les habitants ont échangé des coups de feu avec les miliciens, les chassant de leur agglomération. Ils étaient en train de s’y enraciner et d’y aménager une cache d’armes.
On m’a cité quatre incidents du même type pour le seul mois d’août. D’après mes interlocuteurs, la plupart des fiefs sunnites et chrétiens du Sud, de même que tous les bleds druzes n’accueilleraient plus de miliciens du Hezb. Ca reste à vérifier, mais c’est dans l’ordre des intentions des indigènes.
En 2006, le Hezb était partout ; maintenant, quoique timidement, l’armée et la FINUL épaulent les anti-Hezb.
Reste à espérer que les ayatollahs et Hassan Nasrallah se montreront raisonnables. Pour la région, pour le monde, pour les civils "d’en face", et surtout pour la pérennité du Liban et de ses habitants pacifiques.
Michaël Béhé à Beyrouth
Metula News
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