Lettre d'actualité, avec un apport de symbolisme, et de spiritualité, accés le plus souvent sur un axe Moyen- Orient, Europe, et Amérique du Nord.
Jewish World Review Sept. 22, 2006 / 29 Elul, 5766
Le message du Pape à la communauté juive
Par Caroline B. Glick
http://www.jewishworldreview.com/0906/glick092206.php3
Adaptation française de Simon Pilczer, volontaire de l'IHC
Nous l'ignorons à nos propres périls
Le Pape Benoît XVI est devenu la dernière excuse de l'Islam politique pour se soulever. Des foules de Rawalpindi à Ramallah le brûlent en effigie. Des chefs musulmans de Gaza à l'Indonésie en passant par le Qatar, la Turquie, Washington et Londres, attaquent le Pape et exigent qu'il fasse des excuses à l'Islam, pour ce qu'ils considèrent être une agression haineuse contre leur religion par le chef de l'Eglise catholique.
Pour récapituler ce qui a été rapporté de façon exhaustive ces derniers jours, le " crime " du pontife contre l'Islam s'est produit au cours d'une conférence d'érudits à l'Université de Ratisbonne dans son Allemagne natale, peu auparavant ce mois-ci. Benoît a tiré une citation d'un dialogue entre l'empereur byzantin Manuel II Paléologue et un érudit musulman persan vers 1391, où l'empereur critiquait sévèrement la pratique islamique de la conversion forcée de non musulmans à l'Islam.
Selon les termes du Pape, l'empereur byzantin, " s'adresse à son interlocuteur avec une brusquerie saisissante " sur la question centrale concernant la relation entre religion et violence en général, disant : " Montrez-moi seulement ce que Mohammed a apporté de nouveau, et vous trouverez seulement des choses mauvaises et inhumaines, comme son commandement de répandre la foi qu'il prêchait par l'épée ".
"L'empereur, après s'être exprimé ainsi avec une telle force, poursuit pour expliquer en détails les raisons pour lesquelles répandre la foi par la violence est quelque chose de déraisonnable. La violence est incompatible avec la nature e D.ieu et la nature de l'âme. " Le sang ne plaît pas à D.ieu " dit-il, et ne pas agir selon la raison est contraire à la nature de D.ieu.
Comme Benoît l'a expliqué, le jugement sévère que l'empereur byzantin a rendu sur l'Islam a pris sa source directement de sa compréhension chrétienne de D.ieu comme une divinité raisonnable. Selon Benoît, la raison pour laquelle un dirigeant chrétien était capable de juger l'Islam, et ainsi de conduire une discussion interculturelle significative des mérites de l'Islam et de la Chrétienté, c'était parce qu'il avait une compréhension claire de la façon dont sa religion interprétait le monde créé par D.ieu et concevait la relation de l'homme avec D.ieu.
Elargissant ce thème, le Pape dit à son auditoire que la civilisation européenne elle-même résulte de la fusion de la foi chrétienne et de la philosophie grecque de la raison. Le courant culturel actuel de l'Europe, mit-il en avant, provient de la séparation culturelle, qui commença avec la Réforme et se poursuivit par les Lumières entre foi et raison. En reléguant la foi à une sous-culture qui n'a aucune place dans les discussions des projets humains pratiques, dit-il, les Européens se sont rendus eux-mêmes incapables de comprendre qui ils sont, et de défendre aussi bien eux-mêmes que leurs valeurs, ce que l'empereur byzantin, au moment de l'ère préscientifique, était capable de faire aussi vaillamment.
On pourrait dire que la réaction islamique mondiale, hystérique et violente, à l'utilisation par Benoît d'un dialogue vieux de 600 ans, n'a servi qu'à renforcer l'impression de l'empereur byzantin que l'Islam ne perçoit pas D.ieu comme étant une divinité raisonnable. Mais limiter l'analyse de la conférence de Benoît à la réaction hystérique du monde musulman, ce serait ignorer le point central voulu par le Pape. La clé de voûte du message de Benoît lors de cette conférence était que, pour survivre, une culture doit vouloir adhérer à son identité, car si elle ne le fait pas, elle ne sera même pas capable de comprendre pourquoi elle doit survivre.
Alors que le message spécifique de Benoît était destiné à ses coreligionnaires chrétiens, le Peuple juif devrait prendre en considération son message général pour nous-mêmes.
Aujourd'hui, le Peuple juif, en Israël et à travers le monde, se trouve attaqué dans toutes ses composantes. La résurgence mondiale de l'antisémitisme, et en particulier dans le monde islamique, nous place dans une période de grave doute sur nous-mêmes. Comme les Européens, notre capacité à nous défendre contre les rangs croissants de ceux qui nous haïssent, dépend de notre capacité comme Peuple et individus juifs à adhérer à notre identité de Juifs.
Commentant la nature de cette résurgence de la haine antijuive, le grand expert canadien (non juif) Mark Steyn a écrit le mois dernier dans la 'National Review' : "
la haine la plus antique n'a pas perduré sans la capacité de s'adapter.
Les Juifs sont haïs pour ce qu'il sont - ainsi, à tout moment dans l'histoire, quels qu'ils soient, c'est pour cela qu'ils sont haïs.
Pendant des siècles en Europe, ils furent haïs pour être des gens cosmopolites sans racines. Désormais il n'y a pas de Juifs européens sans racines à haïr, alors ils sont haïs pour être une Nation - Etat illégitime au Moyen-Orient. Si l'entité sioniste était détruite et les survivants obligés de devenir des stewards perpétuels de croisières sillonnant les Caraïbes, ils seraient haïs pour cela aussi ".
Il est crucial pour nous tous d'internaliser le message que ces lignes comportent. Car au cours de ces dernières années, plutôt que de reconnaître les préjugés de nos détracteurs, nous nous sommes efforcés de tenter de les comprendre, et ainsi de justifier la haine dont ils nous accablent.
Nous nous disons que nous sommes haïs parce que nous sommes trop forts - ou bien parce que nous sommes trop faibles. Nous sommes haïs parce que nous sommes trop religieux - ou bien nous sommes haïs parce que nous ne sommes pas assez religieux. Nous sommes haïs parce que nous tenons à défendre Israël - ou bien nous sommes haïs parce que nous voulons passer des compromis sur Israël.
Pourtant, comme Steyn le note, nous ne sommes pas haïs du fait de ce que nous faisons ; nous sommes haïs parce que nous sommes Juifs. A la lumière de cela, la meilleure manière de nous défendre, la meilleure manière de sauvegarder notre liberté et notre patrimoine est d'adhérer et de célébrer notre identité en tant que Juifs. Comme Elie Wiesel me l'a expliqué un jour, la clé pour nous défendre est de ne jamais permettre à ceux qui nous haïssent de nous dire qui nous sommes. " La haine ne définit que les haïsseurs ", disait-il.
En effet, quand nous observons la manière dont les Juifs en Israël et à travers le monde sont attaqués aujourd'hui, nous voyons que ces attaques s'appuient non pas sur les actions juives, mais sur le fait que nous sommes Juifs. C'est ainsi qu'au milieu d'une nouvelle vague d'attaques violentes par des Musulmans contre des Juifs en Norvège le mois dernier, la communauté juive de Norvège a prévenu ses membres de ne pas porter de yarmulkes [chapeau de fourrure des traditionalistes, Ndt] ou des étoiles de David en public.
C'est ainsi que suivant la charte du Hamas, le mouvement qui contrôle maintenant l'Autorité Palestinienne appelle à ne pas faire de compromis avec Israël, mais à expulser tous les Juifs de la terre d'Israël, ou à les convertir de force à l'Islam, au cours du jihad mondial.
C'est ainsi que des attaques contre des partisans juifs d'Israël en Occident ciblent non pas la substance de leurs arguments, mais leur droit en tant que Juifs à faire du lobbying pour Israël dans le pays dont ils sont citoyens.
" Nous Juifs ", expliquait Wiesel, " nous sommes toujours définis comme les enfants d'Abraham, Isaac et Jacob ". En effet, au Mont Sinaï, lors de notre acceptation des Dix Commandements, le Peuple juif est devenu la première génération de l'histoire à se définir elle-même selon sa propre conscience. Et chaque génération suivante de Juifs a refait ce choix. Les Juifs n'existent pas, comme Jean-Paul Sartre l'ignorant le prétendait, parce que les antisémites existent. Le chef du mouvement existentialiste aurait dû le comprendre ; les antisémites existent parce que des antisémites ont choisi d'exister.
Comme le note Steyn, la haine actuelle contre les Juifs est ancrée sur Israël. Interpellés par cette nouvelle forme de haine antijuive, certains Juifs, à la fois en Israël et en Diaspora considèrent Israël comme une charge. Il s'agit d'une tragédie infligée à eux-mêmes. Car si nous observons Israël, nous voyons que loin d'être une charge, notre Etat juif est l'un des succès les plus stupéfiants de l'histoire juive.
Aujourd'hui, Israël est le foyer de la plus grande communauté juive dans le monde. Davantage de Juifs vivent en Israël aujourd'hui qu'à aucun autre moment de notre histoire. Et l'Etat dans lequel nous vivons est l'un des pays les plus vibrants, optimistes, " branchés " dans le monde. Nous avons le taux de natalité le plus élevé dans le monde occidental. Le taux de création d'entreprises est parmi les plus élevés au monde.
Nous sommes l'une des sociétés les plus hautement éduquées dans le monde. Au cours des quinze dernières années, plus d'une douzaine d'établissements d'enseignement supérieur se sont établis en Israël, et l'an passé, le gouvernement a décidé d'autoriser deux de ces établissements à rejoindre neuf Universités de recherche en tant qu'Universités de recherche indépendantes, à part entière.
Les Israéliens sont parmi les citoyens les plus patriotes dans le monde. Notre patriotisme s'exprime par le haut niveau de volontariat de tous les groupes d'âge. Lors de la récente guerre, des dizaines de milliers de réservistes ont volontairement laissé leur famille et leur travail pour prendre les armes et défendre le pays, et des centaines de milliers d'Israéliens se sont portés volontaires pour aider notre million de frères et sSurs dont les foyers étaient la cible de roquettes, de missiles et de mortiers.
La vie juive s'épanouit en Israël comme elle ne l'a fait nulle part ailleurs dans notre histoire. Le taux d'alphabétisation dans l'éducation juive en Israël est plus élevé qu'il ne l'a jamais été nulle part dans notre histoire. Israël est le foyer d'une demi-douzaine de générations de Juifs dont la langue maternelle est la langue de la Bible et du Talmud.
Le succès d'Israël provient de ce qu'il sert de véhicule qui nous permet d'exprimer notre héritage selon toutes les facettes de la société. Et notre héritage juif est l'un des plus précieux patrimoines connus de l'homme.
Le Peuple juif a donné à l'humanité les concepts de D.ieu [unique], de liberté et de loi. Notre compréhension de la faillibilité de l'espèce humaine nous a empêchés de d'être tentés par de faux prophètes qui nous promettent le paradis sur terre, et nous a permis de prendre les mesures pratiques pour améliorer notre condition et notre monde.
Tous les idéaux que Israël représente aussi bien spirituellement et physiquement ont, depuis des millénaires, formé les fondations du progrès humain et de la liberté à travers le monde. Notre volonté de conserver notre loyauté envers notre identité et notre héritage a été la clé de notre survie à travers les âges, face aux ennemis sans nombre qui ont cherché à nous détruire à la fois spirituellement et physiquement.
Rosh Hashana marque le début des dix jours de retour sur soi [" repentir " est une traduction discutable, Ndt] qui précèdent Yom Kippour. Pour expier convenablement nos pêchés et corriger nos fautes, nous devons comprendre qui nous sommes, et ce que nous représentons, et ce à quoi nous devons et devrions aspirer en tant que Juifs. Pour ce faire, nous devons rejeter la notion que ceux qui nous haïssent peuvent nous dire ce que nous sommes. Pour cela, nous devons adhérer à notre identité juive, et confirmer notre engagement dans notre destinée collective.
Le fait que la haine antijuive ait perduré depuis si longtemps ne dit rien de la nature du Peuple juif. Ce qui parle beaucoup de la nature du Peuple juif, c'est que nos destins à travers les âges ont été directement liés à notre capacité de refuser avec force les portraits déformés des ennemis du Peuple juif, et notre volonté d'endurer et de progresser en tant que Juifs au milieu de cette haine.
Le Pape Benoît est en mesure de discuter de l'Islam parce que, sûr de son identité chrétienne, il possède un fondement clair pour juger du bien ou du caractère déraisonnable des valeurs et du comportement musulmans. Que nous soyons d'accord ou non avec ses jugements, à travers sa volonté de juger, Benoît défend et fait progresser sa foi avec compétence.
Quand nous adhérons à notre identité morale et intellectuelle en tant que Juifs, nous sommes aussi capables de relever les défis de notre temps. Dans ma prière en cette année 5767, le Peuple juif se ralliera à notre héritage, à notre histoire, à notre culture, et ouvrira ainsi la voie à un avenir sûr, pacifique et moral pour notre Peuple et notre monde.