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Lettre d'actualité, avec un apport de symbolisme, et de spiritualité, accés le plus souvent sur un axe Moyen- Orient, Europe, et Amérique du Nord.

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Ils ont assassiné Anna Politkovskaïa !




 
Ils ont assassiné Anna Politkovskaïa !

 

Ils ont assassiné Anna Politkovskaïa !

Anna PolitkovskayaSamedi 7 octobre en fin d?après-midi, une terrible nouvelle était diffusée par la radio l?Echo de Moscou puis reprise par Interfax et répercutée à l?étranger : la journaliste de Novaya Gazeta, Anna Politkovskaya, venait d?être assassinée par arme à feu dans la cage d?escalier de son immeuble. D?après le Parquet de Moscou, un individu vêtu de noir l?aurait abattue alors qu?elle entrait dans l?ascenseur de son immeuble de la rue Lesnaïa aux environs de 17h15 (heure locale), le Procureur Général de la Fédération de Russie, Youri Tchaïka, a été chargé de l?affaire. Le meurtre d?Anna Politkovskaya semble avoir été commandité puis exécuté par un professionnel. Le parquet de Moscou a ouvert une enquête pour « meurtre avec préméditation ». Agée de 48 ans et mère de deux enfants, Anna Politkovskaya était célèbre pour son esprit critique à l?égard du gouvernement de Vladimir Poutine et de sa gestion du conflit en Tchétchénie. Cette journaliste réputée débuta aux Izvestya puis entra en juin 1999 à la Novaya Gazeta, elle publia de nombreux ouvrages dont un bon nombre remporta différents prix et distinctions. Elle avait couvert le conflit en Tchétchénie et connaissait bien les problèmes ou enjeux propres au Caucase.

Lors de la dramatique prise d?otage d?un théâtre moscovite, le week-end du 23 octobre 2002, par des terroristes tchétchènes menés par Movsar Baraev, Anna Politkovskaya avait été mobilisée. Les preneurs d?otage avaient réclamé sa présence en tant que médiatrice et négociatrice et le Kremlin avait accepté cette revendication. Après la libération des otages qui avait tournée au carnage, la journaliste russe s?impliqua dans le soutien juridique aux familles de victimes. Ces dernières subissaient un véritable calvaire, l?Etat ne voulant fournir aucune explication sur la cause du décès de certains otages et exerçant même de fortes pressions sur les familles souhaitant mettre en lumière certaines responsabilités. Anna Politkovskaya fut l?objet de nombreuses menaces de mort. En 2001 elle avait dû fuir pour Vienne suite à des menaces émanant d?un policier qu?elle avait accusé d?être responsable d?atrocités commises sur des civils et en 2003 un officier russe avait été accusé puis relâché.

« Tchétchénie, le déshonneur russe » avait décrit la logique infernale du conflit russo-tchétchène : progressive déshumanisation des combattants, cycle impitoyable de violences profitant aux rebelles wahabbites et à certains cercles militaires du Kremlin, règlements de comptes, milices aux loyautés fluctuantes dirigées par des seigneurs de guerre businessmen? La critique de Politkovskaya déplut d?autant plus aux autorités de Moscou qu?elle montrait un aperçu méconnu de la gestion du conflit par l?élite et que le conflit représentait un danger pour la société russe : mépris des populations civiles pouvant mener à une radicalisation de la future génération tchétchène, mépris total des comités de mères russes ou tchétchènes, soldats russes maltraités par leurs officiers, inadaptation et exclusion sociale des invalides ou des vétérans optant peu à peu pour une carrière criminelle?

« La Russie selon Poutine » poursuivait la critique d?un pays semblant dériver vers de nombreux périls et s?attaquait plus particulièrement à la personne de Poutine en le comparant à Akaki Akakievich (un personnage médiocre créé par Nikolaï Gogol). Son ouvrage décrivait la manière dont le Kremlin avait montré son peu de considération pour les familles des victimes de la prise d?otage du théâtre de la rue Dubrovka ainsi que les pratiques liant les milieux du crime organisé aux forces de police et à la justice. Son enquête dévoilait aussi la vie difficile de ses compatriotes, les perdants de la Nouvelle Russie : femmes, mères jeunes ou âgées confrontées à un quotidien dur voire brutal, militaires vivant dans la plus grande précarité et s?engageant dans la pègre afin de pouvoir vivre décemment?

En septembre 2004, lors de la prise d?otages dans une école de Beslan, on fit appel à la célèbre journaliste russe. Au cours du vol aérien devant la mener à Beslan afin de négocier, elle but un peu de thé et fut l?objet d?un empoisonnement : elle se sentit fort mal puis s?évanouit, l?affaire ne fut jamais réellement éclaircie. Concernant le meurtre d?Anna, un procureur de Moscou, Vyacheslav Rosinsky, a déclaré que les enquêteurs étudiaient le lien entre cet acte criminel et le travail de la journaliste. Il est évident que le travail d?Anna gênait le Kremlin mais sont-ils allés jusqu?à la liquider ? S?agit-il de milieux proches du Kremlin et du crime organisé ? Les milieux les plus conservateurs et les plus cyniques ont dû se réjouir de la terrible nouvelle. Le travail d?Anna ne donnait pas une « bonne image » de la Russie mais il n?en était pas moins de grande qualité, la célèbre journaliste n?a jamais rejoint la cohorte de ceux qui traînent la Russie dans la boue à longueur d?année, comme le font si bien certains médias occidentaux. Anna s?était insurgée contre les injustices de toute nature touchant le peuple russe, elle aimait profondément la Russie et c?est ce qui lui a coûté la vie.

Rodion Raskolnikov

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