Lettre d'actualité, avec un apport de symbolisme, et de spiritualité, accés le plus souvent sur un axe Moyen- Orient, Europe, et Amérique du Nord.
Un écho d’Israël
31 : septembre - octobre 06
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| © Un écho d'Israël - 2004 |
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| EDITORIAL : D’OÙ ME VIENDRA LE SECOURS ? |
Depuis la parution du dernier Un écho d’Israël bien des événements se sont déroulés. Tout d’abord la capture du soldat israélien, le caporal Guilad Shalit (19), à la lisière de la bande de Gaza par la branche armée du Hamas (25 juin), puis l’enlèvement de deux autres soldats (Ehud Goldwasser, 31 ans, Eldad Regev, 26 ans) à la frontière israélo-libanaise par le Hezbollah (12 juillet). Ces kidnappings ont provoqué la riposte israélienne : « Pluie d’été » dans la bande de Gaza et la Deuxième guerre du Liban (plus de mille morts libanais, civils et combattants du Hezbollah ; côté israélien : 48 civils, 118 soldats). Traumatisme pour les populations du nord. Les dégâts des deux côtés se chiffrent par milliards de dollars !...
En Israël on demande des comptes aux dirigeants pour cet éventuel échec de la guerre au Liban. Le Premier ministre Ehud Olmert refuse une commission d’enquête nationale sur la conduite du conflit. Par ses déclarations sur son plan « convergence » il a provoqué une levée de boucliers dans les Territoires et a rouvert la plaie des Juifs « expulsés » de la bande de Gaza il y a un an. Le chef de l’État-major, Dan Halutz, est accusé de l’échec de la guerre et son autorité est contestée. Les réservistes s’interrogent. Amir Péretz, ministre de la Défense était-il l’homme de la circonstance ? Nous assistons à une véritable crise de confiance du peuple envers les autorités. Allons-nous passer aux urnes pour réélire un gouvernement ?(ceci susciterait des dépenses inutiles). C’est la crise économique et les différents ministères demandent une augmentation de leur budget : éducation, armée, municipalités du nord... Ces conflits ont éloigné les touristes. Les pertes dans ce secteur sont estimées à plus d’un milliard de dollars. Le but de ces deux conflits a-t-il été atteint : la libération des otages israéliens ?
Au Liban, l’UNIFIL qui n’a pas effectué son travail d’observateur (tunnels et abris du Hezbollah ont été construits à proximité de ses bases sans qu’il s’en aperçoive), se trouve renforcé d’un contingent de près de 15 000 soldats. Il leur faudra des lunettes de vision nocturne ! Le Hezbollah pourra leur en prêter, sinon la Syrie ou l’Iran ... Les menaces d’annihilation d’Israël, proférées par le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, planent comme une épée de Damoclès sur l’État hébreu...
Le poste prestigieux, la présidence de l’État d’Israël, est lui aussi bafoué. Le Président de l’État, Moshé Katzav, interrogé par la police pour des affaires de mœurs (harcèlements sexuels), n’a pas encore démissionné.
Israël est comme un bateau ivre. Après tant de tentatives, comme les pourparlers de paix : les accords d’Oslo I, II, Wye Plantation, Camp David II, plan Tenet, plan Mitchell... , le retrait du Liban (2000), le retrait unilatéral de la bande de Gaza (2005)... ; nous en sommes au point de départ ! Les conflits perdurent et l’ennemi porte les noms de Hamas, Hezbollah, Djihad islamique, El Qaïda, Syrie, Iran... Que faire ? Qui implorer ? Les forces de l’ONU, les USA, l’Europe. La France certainement !... D’où me viendra le secours ?
La période des fêtes du Nouvel An, de Kippour et de Souccot approche et peut-être aussi notre délivrance (de nous-mêmes et de nos ennemis). Que le son du shofar, qui retentira dans les synagogues pour le Nouvel An, puisse créer dans les âmes l’appel à la repentance. N’est-ce pas le cri du cœur du Père : « Si mon peuple sur qui est invoqué mon nom s’humilie, prie, et cherche ma face, et s’il se détourne de ses mauvaises voies, - je l’exaucerai des cieux [...] et je guérirai son pays. » (2 Ch. 7, 14). Qu’Israël cherche le secours dans son Dieu, comme le proclame le Psalmiste : « Je lève mes yeux vers les montagnes [...]. D’où me viendra le secours ? Le secours me vient de l’Éternel, qui a fait les cieux et la terre [...]. » (Ps. 121, 1, 2).
Je me joins à toute l’équipe d’Un écho d’Israël pour souhaiter à nos amis Juifs de joyeuses fêtes de Nouvel An et Gemar Hatimah Tova. Nous adressons nos pensées de réconfort aux familles souffrantes et endeuillées.
| HISTOIRE : TSAHAL (1ÈRE PARTIE) |
La préparation
« Tsahal », l’armée de défense d’Israël, naît officiellement le 31 mai 1948, deux semaines après la proclamation de l’indépendance de l’Etat. Elle hérite des organisations qui l’ont précédée : la « Hagana » (la défense) et avant elle « Ha shomer » (le gardien).
Au 19ème siècle, pendant la période ottomane, dès l’arrivée d’immigrants juifs, des implantations se forment et avec chacune, un ou plusieurs membres qui sont chargés de défendre ces villages naissants. Puis ces membres se fédèrent pour recevoir et répartir les aides, les armes, le matériel et aussi les expériences. C’était « Hashomer ». Pour cela, l’implantation ne devait avoir en son sein que des Juifs.
Avec la 1ère guerre mondiale, des Juifs sont incorporés à l’armée turque, et d’autres entrent comme volontaires dans l’armée britannique d’Egypte contre les Turcs, c’est le « Corps muletier de Sion », qui deviendra trois bataillons de fusillers royaux.
Après la guerre, ces bataillons sont dissous et nombre de ces soldats juifs restent en Palestine.
L’agitation des Arabes pousse les Anglais à créer un régiment juif le « Premier judéen » que les Anglais dissoudront vite à cause des actions anti-arabes spontanées. Se rendant compte qu’ils ne peuvent compter sur les Anglais, en 1920, les Juifs créent la « Hagana » qui comprendra le « Palmah », unité de choc de la Hagana qui sera très active pendant la seconde guerre mondiale et jusqu’à la proclamation de l’Etat en 1948. Créé en 1941 pour se préparer à l’avance de Rommel alors en Afrique, le Palmah armé et entraîné par les Anglais, comprend : neuf escadrons de patrouille et de reconnaissance du terrain, un escadron en mer, des unités de commandos volontaires juifs allemands pour les infiltrations en lignes allemandes, et une unité parachutée. Sa première action en 1941, commandée par un officier britannique et composée de 23 jeunes Juifs, sera de saboter une usine d’armement en Syrie, placée alors sous le mandat de la France de Vichy.
Après la Seconde guerre mondiale, le Palmah va lutter contre la politique du gouvernement mandataire anglais qui a émis le « Livre blanc », limitant l’immigration juive, alors importante après la défaite des Allemands.
C’est ainsi qu’il organise la libération du camp de réfugiés d’Atlit, qu’il détruit ponts, radars, navires de patrouille chargés d’intercepter les barques et bateaux remplis de rescapés, immigrants illégaux. Le Palmah participe alors activement à l’accostage de ceux-ci sur la côte palestinienne. En plus de leur préparation militaire, les membres du Palmah sont aussi formés au travail agricole, pensant aux futures implantations. C’est ainsi qu’ils fondent le kibboutz Beit Keshet en 1944.
Dès le 29 novembre 1947, lorsque l’ONU décide de la création d’un Etat juif, des bandes armées arabes fomentant des tueries se multiplient et le Palmah, chargé des contre-attaques, s’impose sur les routes pour protéger les convois juifs.
Les premières années de Tsahal
Tsahal est érigé le 26 mai 1948 par un gouvernement provisoire dirigé par David Ben Gourion, au milieu de la guerre d’Indépendance ; Le 7 novembre de cette même année, le gouvernement d’Israël décide de l’unification des forces armées : désormais la Hagana et le Palmah seront sous l’autorité de l’Etat major de Tsahal. Six mois plus tard, le « Hetsel » et le « Lehi », après l’affaire de l’ « Altalena » (cf.Un écho d’Israël n°7, les premiers jours de l’Etat d’Israël et la guerre d’Indépendance, pg.7 C.Pilverdier) se mettent également sous cette autorité. C’est également lors de la guerre d’Indépendance que cette autorité est partagée en trois régions : le nord, le centre et le sud. L’armée n’avait alors pas d’armes lourdes, seulement quelques petits avions et un semblant de marine. Le chef d’Etat major de la Hagana, Yaakov Dori, devient le chef d’Etat major de Tsahal et son adjoint Ygal Yadin dirige les combats. Le ministre de la défense est alors David Ben Gourion.
On profite des premières accalmies pour obtenir des armes, principalement de la Tchécoslovquie, avec l’approbation de l’URSS et des USA.
En 1949, la première Knesset promulgue la loi du service militaire avec les jeunes mobilisés et les réservistes. L’armée doit porter le combat toujours sur le terrain de l’ennemi du fait du manque de recul stratégique de ce petit pays.
Entre 1949 et 1956, les infiltrations de Fedayin imposent à Israël la formation de la section 101 agissant à Gaza et en Jordanie et qui plus tard sera rattachée aux parachutistes.
Mais c’est dans les années 50 avec l’opération Kadesh que Tsahal apparaît comme une armée organisée telle qu’on l’entend en Europe, avec tanks et avions.
Tsahal doit faire face à de multiples problèmes :
des pays hostiles qui l’entourent
des frontières n’offrant pas de défenses naturelles,
aucun espace stratégique en raison de la surface du pays et des distances très réduites,
des délais d’identification et de riposte très brefs,
le pays, très développé, est fragile, présentant beaucoup de cibles sur un petit espace : centrales électriques, thermiques, téléphoniques, des noeuds routiers, etc.,
pas de repli possible vers un pays ami,
assistance étrangère et accès aux armements toujours susceptibles d’être remis en question ou refusés.
Pour répondre à ces défis, Tsahal doit avoir :
une industrie militaire autonome,
une armée qui peut être mobilisée très vite,
des cadres très entraînés,
un matériel toujours disponible,
un développement technologique de pointe.
L’organisation de Tsahal
Le service militaire
La loi sur le service militaire à Tsahal régit les deux catégories de soldats : les appelés et les réservistes qui sont l’armature combattante professionnelle et technique de Tsahal. A la fin du service militaire, le soldat devient réserviste avec une durée qui dépend du corps d’armée dans lequel il a servi et de son âge. Elle est en moyenne d’un mois par an.
Le service obligatoire dure 36 mois pour les hommes de 18 à 26 ans, et 24 mois pour ceux de 27 à 29 ans. Les nouveaux immigrants de 27 à 29 ans servent 18 mois.
Pour les femmes il est en général de 24 mois. Les femmes mariées, les mères de famille et les femmes enceintes en sont dispensées. Les femmes « religieuses » qui ne veulent pas servir pour raison religieuse, en sont également dispensées et elles peuvent faire un « service civil », dans le domaine éducatif, médical ou social.
Les Druzes et les Circassiens doivent faire le service militaire, et les minorités comme les Bédouins peuvent être volontaires.
Avant d’entrer à Tsahal, les appelés passent des examens médicaux, définissant leur « profil », et indiquant qu’ils sont aptes au service.
Les hommes sont mobilisables parfois jusqu’à 54 ans, selon les fonctions et le grade.
Ceux qui sont dans les « unités combattantes » sont relevés des périodes de réserve à 45 ans pour les hommes et 38 pour les femmes.
En 2000, on a diminué les périodes de réserve et le nombre de soldats y participant.
Tous sont soumis à la loi du tribunal militaire, chaque région a son propre tribunal.
Les femmes à Tsahal
La section des femmes, « Hen » a été créée en 1948. Sa fonction était le secrétariat et la transmission plus que le combat. Elle était commandée par une femme. Au milieu des années 90 il y eut des changements après un procès parce qu’une femme n’avait pas été acceptée pour le diplôme d’aviateur alors qu’elle en avait fait la préparation avec succès. Peu à peu des postes de combat ont été ouverts aux femmes, comme tankistes et autres. La loi a été changée et les femmes ont acquis des droits égaux à ceux des hommes. En 2001 la section des femmes a disparu et depuis, une femme exerce la fonction de conseillère auprès du chef d’Etat major pour tout ce qui les concerne.
Les Juifs religieux
Les élèves des écoles talmudiques ont le droit de ne pas être mobilisés pendant leur temps d’étude, mais de fait, ils sont dispensés définitivement du service militaire. Au début de l’Etat cela concernait environ 400 hommes. Puis peu à peu ils ont obtenu d’être dispensés. En juillet 2002, après que la commission à la tête de laquelle siégeait le juge Tsvi Tal ait examiné la situation de ces dispenses, la Knesset a voté la loi « Tal » qui régularise officiellement la dispense aux étudiants des écoles talmudiques.
En 1999, a été créé le projet de « Nahal » religieux (village agricole militaire) pour le service des jeunes religieux. Le pourcentage est très faible et souvent se sont des jeunes qui mettent en question la religion.
A suivre...
| CONNAISSANCE DU PAYS : VISITE EN SAMARIE (SHOMRON) |
Sous un beau ciel de mai, j’ai accompagné des amis français, chrétiens et véritables « amants de Sion », pour rendre visite à des connaissances dans le village juif d’Éli au cœur de la Samarie (38 km de Jérusalem).
Le but de notre visite était de saluer nos amis et d’écouter leurs appréhensions suite au retrait israélien de la bande de Gaza en août 2005. De plus, cela faisait un an que nous ne les avions pas rencontrés et nous désirions ardemment passer quelques instants avec eux et, sans vous le cacher, admirer une fois de plus cette belle région vallonnée qu’est la Samarie. Nous voulions connaître leurs frustrations, espoirs et attentes car leur avenir est également incertain, connaissant les déclarations récentes du nouveau gouvernement israélien de démanteler des villages juifs. Mais lesquels ? Eli est-il sur la table des négociations ou fait-il partie du plan (ou des différentes options) du Premier ministre israélien Ehud Olmert : convergence (realignement), retrait unilatéral, reprise des pourparlers de paix...
Notre bus, de la ligne n° 474, avait des vitres blindées pour assurer partiellement la protection des passagers. Les passagers étaient surtout des Juifs religieux, une vingtaine seulement. Après la traversée de Jérusalem, au nord de la ville, nous avons bifurqué vers les quartiers juifs de Pisgat Zeev et de Neveh Yaakov, situés à l’intérieur de la « ligne Verte ». Cette ligne délimita de 1949 (fin de la guerre d’Indépendance) à 1967 (guerre des Six jours) les régions conquises puis annexées (Judée-Samarie) par la Jordanie. Cette région fait partie de ce que les médias appellent communément « les Territoires occupés » ou Cisjordanie. En conséquence, Éli est une « implantation », ou « colonie » juive au sein du territoire de l’Autonomie Palestinienne (Accords d’Oslo).
Á la limite nord-est de Jérusalem nous passons un contrôle israélien à la « clôture de séparation » (gader ha-hafrada) appelée dans les médias français « mur de sécurité », qui sépare Israël des Territoires. Elle fut construite dès 2003 à cause des attentats terroristes de la 2ème Intifada déclanchée fin septembre 2000. Nous prenons la route de « contournement » N° 437, nous sommes à 36 km d’Éli notre destination. Le bus s’arrête dans plusieurs implantations (Yeshouvim) dont Kokhav Yaakov, Pesagot. Cette localité juive (769 m alt.), construite à la lisière d’el-Bireh (ancienne Beeroth biblique) et de Ramallah, fut la cible des tirs en provenance de ces villes palestiniennes au début de la 2ème Intifada. Ramallah (40 000 hab.), ville autonome et quartiers généraux de l’AP, est avec sa banlieue une agglomération de 220 000 âmes. Initialement ville chrétienne, aujourd’hui elle est principalement musulmane. La Mouqata’a de Yasser Arafat (bureaux gouvernementaux de l’AP et quartier général de l’administration locale palestinienne) fut fortement endommagée par l’armée israélienne en 2002 durant l’ « Opération Rempart »
En continuant notre route nous rencontrons quelques villages juifs et arabes. La terre est belle, riche, de la terra rosa. Des champs en terrasses sont plantés d’oliviers, d’amandiers et de vignes. Sur une colline, une antenne de transmission et une tour de garde en béton nous rappellent, malgré le paysage pastoral et champêtre qui remonte aux temps bibliques, que le danger est proche.
Nous passons le village arabe de Beitin construit près des ruines de ce qu’on pense être l’ancienne Béthel (Maison de Dieu). Là Jacob fit un songe et reçut cette promesse : « [...] La terre sur laquelle tu es couché, je te la donnerai à toi et à ta descendance. » (Ge. 28 : 13). A gauche, l’implantation de Beit El se découpe sur les collines et ses maisons aux toits rouges ajoutent un peu de couleur au paysage. C’est en 1977 que vit le jour cette « colonie » juive, créée par le mouvement religieux national du Goush Emounin (Bloc de la foi). Fort de plus de 5 000 âmes, ce village religieux abrite une école talmudique et des bureaux d’Arouts Sheva, site d’information sur le monde juif et agence de presse depuis l’an 2000.
Nous sommes à Ofra, une des premières implantations juives dans les Territoires (1975). Cette petite ville de plus de 3 000 habitants, possède une école secondaire de jeunes filles, une Field school, et même une piscine. Le secteur agricole produit des cerises, des kiwis, des nectarines, du raisin, des olives, et du miel. En plus de l’élevage de volailles, une zone industrielle procure des emplois. Son nom est une réminiscence de l’ancienne ville biblique d’Ofra (Jg. 6 : 11). L’entrée comme celle des autres implantations est protégée par une barrière de sécurité coulissante.
Le mont Baal Hatsor domine de ses 1016 mètres et assure la protection de la région. Il se situe à la limite des anciens territoires d’Ephraïm et de Benjamin.
Nous rejoignons maintenant la route N° 60 (Jérusalem-Ramallah-Naplouse-Jénine-Afoula). Sur notre gauche c’est le village arabe de Sinjil dont le nom rappelle celui du croisé Raymond de Saint-Gilles, comte de Toulouse. Quel est mon étonnement de voir tant de belles villas et de maisons en construction dans les villages arabes !
Nous bifurquons à droite en direction de Shilo, implantation construite à proximité de la cité biblique qui abrita l’Arche d’alliance. Au carrefour, à tous les carrefours, des auto-stoppeurs tentent leur chance. Ils seront vite pris mais que de fois il y eut des stoppeurs tués... En cas de danger des abris en béton assurent une certaine protection.
La plaine fertile, céréales, oliviers, etc., porte encore le surnom de « plaine des filles » (Marj el-Banath) en souvenir de la fête qui était célébrée aux temps bibliques (Jg. 21 : 19). Au pied de Shilo une zone industrielle pourvoit du travail aux habitants de cette localité. Celle-ci s’étend sur plusieurs collines et 230 familles vivent dans un environnement moderne et religieux : cinq synagogues, une Yeshivat Hesder (centre d’études talmudiques combiné avec le service militaire). Une école, allant du primaire au collège, regroupe les quatre villages juifs avoisinants. Le centre d’attraction touristique de Shilo, pour les visiteurs courageux, est évidemment son tell avec l’emplacement du tabernacle qui y résida près de 369 ans (Jos. 18 : 1).
Enfin Éli, il est 9h 30. Après le contrôle de sécurité, nous rencontrons nos amis à l’arrêt du bus. Pour nous dégourdir les jambes nous faisons le tour du centre du village. Ici, la grande synagogue, là, l’école et son jardin d’enfants, puis, face à un panorama grandiose sur les collines de Samarie, c’est le mémorial pour les membres de la communauté tombés au cours d’attentats ou de combats. Éli vient d’enterrer trois de ses membres : le major Ro’i Klein, 31 ans, père de deux enfants, qui s’est jeté sur une grenade du Hezbollah pour protéger ses soldats, le lieutenant Amihai Merhavia, puis Gilad Zofman. Un de ces soldats fut enterré dans le cimetière d’Éli.
Tout autour de nous de petites maisons individuelles aux toits de briques rouges, entourées de jardins (450 m2) agrémentent le village. Certains propriétaires ont la main verte ! Éli est doté d’une superbe piscine (heures différentes pour hommes et femmes), d’espaces verts et de petits parcs pour les enfants. Parmi les 3 000 habitants (plus de 500 familles) certains sont venus d’Amérique, d’Argentine, d’Australie, du Yémen, de Hongrie, de France comme nos hôtes, et d’Israël. Ce village choisit ses nouveaux membres surtout parmi les Juifs religieux.
Ce qui a attiré mon attention en arrivant chez nos amis, c’est la pancarte « A vendre : X0 000$ ». Vendre ! Me suis-je exclamé. Mais qui va acheter ?... Cette pancarte n’est pas d’hier !... Après un bon café nous leur demandons de nous rappeler leurs débuts ici à Éli, au cœur des collines de Samarie (le nom commémore le grand prêtre officiant dans le Tabernacle à Silo pendant l’enfance de Samuel (1 S. 3). La maison de trois pièces (72 m2), construite en 1992 a coûté près de 50 000$. Elle fut achetée sur plan. Quel prix donner à cette habitation aujourd’hui ? « Elle vaut ce que le gouvernement veut bien indemniser ! » précisent nos hôtes. Les habitants juifs de Gaza ont-ils tous été dédommagés un an après leur évacuation par l’armée israélienne ? L’indemnité correspond-elle aux promesses du gouvernement d’alors ? Qu’en sera-t-il si Éli est retranché de la carte ? Ce sont ces questions et bien d’autres que se posent nos amis inquiets de leur éventuel relogement. Quand ? Où ? Dans un hôtel, un kibboutz... comme les Juifs de la bande de Gaza ?
C’est la fille, à 22 ans, sans-le-sou, qui par idéal sioniste biblique a désiré habiter dans les Territoires. Elle est venue à Éli avec son frère en 1993. Á la retraire, leur mère les a rejoint en 2000. Dans sa maison une partie de ses affaires sont encore dans des cartons. Prête à partir, prête à rester...
Le gouvernement, cherchant des candidats pour habiter en Judée-Samarie, faisait des offres alléchantes tels que des prêts de 95% du prix de la maison à un taux d’intérêt de 4%, tarif réservé aux nouveaux immigrants. De plus, Éli cherchant à s’agrandir, ouvrit ses portes aux non-religieux par crainte d’être effacé de la carte sous le gouvernement Rabin (1992-95). La proportion des non-religieux atteignit 50% de la population. Maintenant elle est de 20% seulement et certains habitants se sentent presque exclus.
Aujourd’hui, mère au foyer, elle élève ses trois enfants, un garçon et deux filles. Son mari travaille au pied du village dans l’usine de fabrication de fenêtres en aluminium. Cette usine de plus de 20 ouvriers fut ouverte peu après la création du village. Les habitants peuvent trouver du travail sur place, à Shilo ou dans la zone industrielle d’Ariel. Certains se rendent tous les jours à Jérusalem...
Nos amis nous décrivent leur village. Quand Éli fut planifié par le gouvernement israélien, il y a 22 ans (1984), comme il n’y avait pas encore d’infrastructure, les premières familles s’installèrent dans des caravanes (c’est encore le cas aujourd’hui quand des jeunes créent illégalement de nouvelles implantations). Aujourd’hui ce village florissant possède plusieurs crèches et jardins d’enfants. C’est à Ariel, la plus grande ville juive des Territoires, capitale juive de Samarie, que beaucoup d’enfants se rendent tous les jours en bus (ramassage scolaire) pour étudier à l’école primaire d’État. Une inquiétude pour les parents. Ariel est à plusieurs kilomètres d’Éli, mais le voyage peut prendre 40 mn, matin et soir.
Village religieux, Éli possède dix synagogues avec leur bain rituel, une école religieuse pour les jeunes de 6-12 ans. Ensuite les garçons peuvent étudier dans un pensionnat à Jérusalem tandis que les filles vont à Ofra. Un centre religieux prémilitaire (académie) accueille 350 élèves dont 140 jeunes servent déjà dans l’armée. Le major Ro’i Klein était membre de cette académie. Pour les activités sportives les jeunes disposent d’un gymnase, d’un court de tennis, d’un terrain de basket et de foot et d’une salle de musculation. Ici pas de maison de retraite mais un club du 3ème âge qui organise des sorties et des activités à l’extérieur du village. Un centre d’intégration reçoit de nouveaux immigrants, surtout des Juifs religieux de France. L’oulpan (cours d’hébreu) est à Ofra. Pour les habitants des implantations à orientation religieuse c’est faire la volonté de Dieu et c’est un précepte de s’installer dans tout le pays d’Israël promis à Abraham, Isaac, Jacob et à leur descendance (Ge. 13, 15).
Sur place deux grands dispensaires appartenant aux caisses de maladie Maccabi et Klalit pourvoient aux premiers soins. Un médecin habite sur place, un autre à Shilo. Une femme enceinte doit se rendre à Jérusalem, soit en voiture privée soit en ambulance, car il n’y a pas de maternité dans les implantations de Samarie. Éli est dotée des meilleurs services sociaux de la région, une librairie, une poste et un centre commercial. Comme les autres villages il possède un secrétariat élu tous les quatre ans appartenant au Conseil régional de Benjamin. Les Juifs des Territoires sont représentés auprès du gouvernement israélien par le Conseil des communautés juives de Yésha (acronyme de Judée-Samarie).
Pour notre pique-nique nous nous rendons sur une des collines d’Éli, dans un cadre champêtre. Une vue grandiose s’étale devant nos yeux : les collines de Samarie, certaines encore dénudées, d’autres cultivées. Ici un village arabe, là une implantation, en contrebas la vallée fertile de Shilo. Paysage paisible mais incertain. Des patrouilles sillonnent jour et nuit le village, non protégé de barbelés.
Si Éli, comme les autres villages, est verdoyant il n’en demeure pas moins que l’eau et sa répartition sont un problème crucial. En 2002 Israël a pompé près de 650 millions de m3 d’eau de l’aquifère des monts de Judée-Samarie. La répartition est la suivante : Israël : 415 millions m3 ; les Palestiniens : 110 millions, et les Juifs des implantations : 50-65 millions ! Pas de restrictions d’eau ici. Une station d’épuration filtre les eaux usées. (Voir article sur l’eau)
L’autre problème crucial est celui de la terre. Notons que les villages juifs sont construits sur des collines dénudées. Éli, d’une superficie de plusieurs centaines d’hectares et construite sur 8 collines, est située, comme la plupart des implantations, dans la « zone C » des Accords d’Oslo II (1995). Ces accords prévoyaient le retrait progressif de l’armée israélienne des Territoires. Les sept villes principales de Judée-Samarie : Hébron, Bethléem, Ramallah, Kalkilya, Toulkarem, Naplouse et Jénine (90% de la population arabe), furent remises au contrôle de l’AP, c’est la « zone A ». Une zone rurale arabe comportant 9% de la population fut remise également au contrôle de l’AP à l’exception de la sécurité qui était conjointe : Israël/AP « zone B ». Le reste du territoire, 1% de la population, mais 58% de la superficie, resta sous l’autorité israélienne. Cette « zone C » inclut à peu près 120 localités juives de Judée-Samarie.
Les propositions du Premier ministre Ehud Barak en juillet 2000, au cours des discussions de Camp David II, prévoyaient qu’Israël se retire de 95% des Territoires de Judée-Samarie. En compensation des 5% restant sous le contrôle israélien, la même superficie de terres israéliennes serait rajoutée à la bande de Gaza. Après l’échec de ces propositions et cinq années d’Intifada, le Premier ministre A. Sharon (élu en 2001) élabora un autre plan : le retrait unilatéral de Gaza et de certaines implantations de Judée-Samarie dont Éli. Bien qu’il fut à l’origine du développement de plusieurs implantations, il a annoncé, dans une interview au quotidien israélien Haaretz, ne pas pouvoir conserver indéfiniment les colonies bibliques d’Éli, de Shilo et de Tékoa... En décembre 2003 il dévoile son plan de « séparation » d’avec les Palestiniens. Il fut l’auteur de l’évacuation des Juifs de la bande de Gaza en août 2005 et de quelques avant-postes de Samarie (Amona, 1er fev.06). Selon nos amis « Israël subit les pressions américaines... ».
Trois mois après les élections législatives du 28 mars dernier le ministre de la Défense Amir Peretz (16/06) a ordonné aux forces de sécurité israéliennes d’être prêtes dans deux semaines à démanteler quatre avant-postes. Le président de Yésha, Bentzi Lieberman, dénonce comme anti-démocratique cette décision prise par le gouvernement. Les quatre points de peuplement menacés de destruction sont : Havat Maon dans le sud des monts d’Hébron, Havat Skali à côté d’Elon Moré, la colline 725 et Givat Arousi.
Le Premier ministre Ehud Olmert a annoncé (02/08) au cours d’une interview accordée à l’agence Associated Press (AP) que la victoire au Liban donnera « une nouvelle impulsion » au plan de convergence de l’État juif, visant à sa séparation des Palestiniens par un retrait de l’essentiel du territoire de Judée-Samarie. « Le tracé d’une nouvelle frontière stabilisera la région et prouvera qu’on peut vaincre le terrorisme. Le moment sera alors propice pour préparer le terrain à un nouveau désengagement qui nous permettra de nous séparer des Palestiniens. Cela ne sera pas facile mais je suis prêt à le faire, » a-t-il déclaré. Le 18 août, deux semaines plus tard, pour Olmert, la « convergence » n’est déjà plus à l’ordre du jour. Le Premier ministre avait été élu sur la base du plan de retrait unilatéral de Judée-Samarie qu’il entendait bien mettre en œuvre. Une conséquence immédiate de la guerre contre le Hezbollah, c’est l’abandon de ce plan. Mais pour combien de temps se demande-t-on dans les Territoires ? La réhabilitation des zones sinistrées est la priorité actuelle du gouvernement et non le plan de « convergence ». Devant la commission parlementaire des Affaires étrangères et de la Défense (04/09) le Premier ministre a affirmé que l’ordre du jour du gouvernement avait changé et qu’il mettait de côté son plan de retrait. Pour mes amis c’est un sursis et la vie continue... en espérant... Un autre front serait catastrophique pour le gouvernement !
Après avoir bien discuté des problèmes des Territoires et d’Israël nous avons pris congé de nos hôtes par quelques paroles d’encouragement promettant de leur rendre visite dès que possible. Avant notre départ j’ai acheté au petit-fils de notre hôte un plan de vigne pensant à ce verset biblique : « Et tu sortiras au milieu des danses de ceux qui s’égaient. Tu planteras encore des vignes sur les montagnes de Samarie [...]. » (Jé. 31 : 4, 5).
Personnellement je désirais rentrer avant la tombée de la nuit mais le temps passa vite. Le chemin du retour n’était pas direct et nous fîmes des détours par plusieurs implantations. Des émotions et des inquiétudes se bousculaient tour à tour dans mon cœur. Le bus se remplissait et le silence régnait tandis que le chauffeur roulait à bonne allure. Était-il pressé de finir sa journée ou tout simplement de quitter cette région déjà enveloppée de ténèbres... Le lendemain, il reprit sa route.
| LA VIE EN ISRAËL : L’INTÉGRATION DES JUIFS D’ÉTHIOPIE |
Voir le premier article sur le même sujet :les Juifs d’Ethiopie - Beta Israel ou Falashas.
La communauté éthiopienne grandit. Elle commence à faire vraiment partie du paysage israélien. Comme le disait le responsable du centre d’intégration de Mevasseret (Jérusalem) que nous interrogions : « C’est comme partout. Il y a des difficultés, des drames même, mais aussi des réussites, des joies. Du bien et du mal. » En écoutant les uns et les autres, en lisant la presse éthiopienne écrite en hébreu et en amharique, on se rend compte de l’effort énorme fourni par la communauté éthiopienne, par le ministère de l’Intégration et l’Agence Juive, pour que l’arrivée de ces milliers de Juifs venus d’Éthiopie et leur intégration ne soient pas une "honte" pour Israël, mais au contraire un succès, un "plus" dans la vie du pays. Comme le disait Shula Mola, arrivée en Israël à l’âge de douze ans et directrice de l’association israélienne pour les Juifs éthiopiens : « Au lieu d’être montré du doigt comme un pays menant une politique d’apartheid par la presse internationale, devenir un exemple d’accueil et d’intégration de l’immigrant. »
Propos pleins d’espoir, tournés vers l’avenir, qui tranchent avec l’exclamation d’une Israélienne de Jérusalem : « L’intégration des Juifs d’Éthiopie est un échec complet. Nous les avons parqués et isolés des autres. Ils ont gardé leurs coutumes primitives et ne se sont pas fondus dans la société israélienne. Et leur misère en dit long. » Cela rappelle les propos de Yehuda Dorminitz, directeur général du Département d’immigration et d’intégration de l’Agence Juive en 1980 : « Ne les faites pas venir. Ce sera impossible de les intégrer. C’est comme si vous vouliez faire sortir les poissons de l’eau. »
Difficile, oui très difficile. Pour les Juifs venant d’Éthiopie, venir en Israël c’était réaliser leur désir le plus profond, leur rêve sioniste millénaire. Pouvoir enfin poser leurs pieds sur la Terre Promise, et y trouver "l’eau" à laquelle ils aspiraient en tant que Juifs : Israël, Jérusalem. Difficile aussi pour l’État d’Israël qui prit un risque énorme. Mais rien ne put l’arrêter dans sa détermination à faire revenir au pays tous les Juifs qui le désirent. 400 millions de dollars furent consacrés à cette immigration. Risque énorme si l’on en croit le président du Conseil des Municipalités de Galilée : « Comment s’en sortiront les derniers arrivés alors que les anciens ont déjà du mal à trouver du travail. »
Les différentes étapes de l’intégration
Reçus avec émotion et enthousiasme par les Israéliens comme des frères et soeurs juifs, ils sont tout d’abord logés dans des centres d’accueil provisoires, en 1991, dans des hôtels de Jérusalem. Le choc culturel est énorme pour cette population africaine rurale à des années lumière de la société technologique et de consommation. Là-bas ils n’avaient pas besoin d’aide, vivant des champs, de la rivière et du bétail. Ici, les voilà entièrement dépendants, pouvant difficilement continuer à respecter leurs coutumes de pureté, d’abattage rituel, de deuils, etc., leur judaïsme n’étant pas exactement le même que le judaïsme rabbinique. Comme me le disait une employée du bureau d’intégration à Rehovot : « Nous, les Juifs d’Éthiopie, nous étions tous pratiquants, religieux. Une de nos premières surprises en arrivant au pays, "chez nous", ici, fut de rencontrer beaucoup de Juifs non pratiquants. »
Après plus d’un an dans les hôtels, ils sont installés dans des villages de caravanes construits spécialement pour eux, souvent isolés de la ville. Vivant entre eux, ils peuvent reprendre certaines de leurs coutumes, et surtout recommencer à cuisiner à l’éthiopienne, une nourriture à base de "endjara", une crêpe préparée avec de la bière, toute la nourriture étant très épicée. La femme est à la cuisine, l’homme à l’abattage rituel et à la préparation de la viande. Ils retrouvent peu à peu leurs repères, en particulier le respect des anciens.
Après quelques années, l’État leur donne une subvention importante, 90 000 dollars, leur permettant, avec l’aide d’un système d’emprunt, l’achat d’un appartement en ville. Par exemple, à Rehovot, (ville de 114 000 habitants), un quartier, avec des maisons à quatre étages genre HLM, avait été construit pour recevoir les immigrants de Russie en particulier. C’est là que s’installent également les Juifs d’Éthiopie. Sur les 9 000 vivant à Rehovot actuellement, 4 500 sont dans ce quartier de Kyriat Moshe. Une habitante d’origine roumaine vivant dans ce quartier, rencontrée dans l’autobus, nous raconte que, à l’arrivée des Juifs d’Ethiopie, les Juifs de Russie ont peu à peu tous déménagé : la nourriture éthiopienne, en particulier l&rs