Lettre d'actualité, avec un apport de symbolisme, et de spiritualité, accés le plus souvent sur un axe Moyen- Orient, Europe, et Amérique du Nord.
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Nostalgique de la grandeur d’une France qui ne semble plus autant compter aux yeux du reste du monde depuis la perte de son empire colonial.
Mais aussi, tout simplement, nostalgique de la seconde qui vient de s’écouler et qui a vu le monde changer. Chirac rêve d’un monde figé, car peut-être plus simple à comprendre, et toute modification de la donne géopolitique ressemble, à ses yeux, à un crève-cœur.
Son amour pour le statu quo peut expliquer, à bien des égards, sa politique étrangère de ces dernières années. Jacques Chirac n’aime pas que l’on déboulonne les dictateurs pour installer on ne sait quel régime.
Il n’aime pas que l’on s’attaque aux solides potentats orientaux, certes pourvoyeurs de misère, de discrimination sexiste, de morts violentes et d’indigence culturelle, mais tellement garants de cette stabilité que Jacques Chirac semble affectionner avant tout.
Il voit sans doute en Israël cet élément déstabilisateur de l’harmonie qui règnerait, pense-t-il, au Proche-Orient sans l’enclave hébreu au sein du monde arabe.
En même temps, Chirac est un cheval fou qui a besoin d’action pour exister. Mais les seules modifications qu’il affectionne sont celles qu’il provoque lui-même. S’il peut changer quoi que ce soit aux relations libano-syriennes, il en sera très heureux. Il est prêt, pour cela, à faire sauter, sans état d’âme, le régime alaouite des Assad, à condition qu’aucune autre puissance étrangère ne vienne perturber ses plans.
L’immobilisme : voilà peut-être la grande ligne qui se dégage du portrait d’un Président brossé par deux journalistes de Libération, Eric Aeschimann et Christophe Boltanski dans leur ouvrage, Chirac d’Arabie, sous-titré «les mirages d’une politique française». Il est le fruit d’un labeur considérable au cours duquel les auteurs n’ont pas lésiné en travail de documentation, en recherche de confidences de proches de Chirac, en quête d'indiscrétions.
Cette représentation est à la fois complexe et révélatrice d’une certaine carence du personnage. La face secrète est constituée par un goût très marqué pour l’Orient en général, certes théorique, mâtiné d’un certain mépris pour l’Occident, ce qui lui avait valu ses propos sur les racines autant musulmanes que judéo-chrétiennes de l’Europe.
Cette disproportion d’appréciation trouve son explication quand on parcourt l’ouvrage d’Aeschimann et Boltanski.
D’incroyables insuffisances chiraquiennes sont également révélées par les auteurs : sa désinvolture dans l’affaire du nucléaire irakien, sa gestion catastrophique des rapports franco-israéliens comme lorsqu’il finit par absoudre le premier ministre malais, Mahathir Mohammad, après sa diatribe antisémite du 16 octobre 2003 ; son ignorance vertigineuse de l’histoire et de la culture juive : au milieu des années 1980, il ignorait encore le chef d’accusation qui avait frappé le capitaine Dreyfus ! Plus tard, lors d’un dîner avec Sharon, il fera remarquer que les Juifs ne mangent pas de viande parce que la viande n’est pas un aliment Kasher !
Ce livre consacre une longue partie - justifiée - aux liens très forts qui unissaient Jacques Chirac et Rafic Hariri, l’ex-premier ministre libanais assassiné le 14 février 2005. On y voit à quel point cette amitié ancienne, née probablement en 1979, a très fortement influencé la politique étrangère de la France.
On circule également parmi les sombres officines pro-arabes propres au monde gaulliste. Ces cercles d’amitiés franco-arabes ont très tôt, du temps du Général déjà, servi de plates-formes où étaient institutionnalisées toutes sortes de trafics plus ou moins occultes, où circulaient des barbouzes obscures, des commerçants et des idéologues arabophiles, souvent antisémites.
Elles ont proliféré sous le règne de Chirac avec l’apothéose du scandale des bons de pétrole détournés par des cadors du gaullisme. Parmi eux le fameux Serge Boidevaix dont on apprend, au passage, qu’il fut l’un des principaux initiateurs du dialogue euro-arabe aux côtés de Michel Jobert, le fameux Eurabia cher à l’historienne Bat Ye’or.
Les 400 pages de ce livre se dévorent comme un roman. Malgré la désagréable et sempiternelle analyse du «bourbier irakien», malgré la considération non pertinente que le Hezbollah n’est pas une vraie organisation terroriste en raison de l’existence d’une branche sociale, on ne peut que féliciter les deux auteurs de ce portrait-bilan écrit au vitriol, sans concession mais sans méchanceté excessive pour Chirac.
Celui pourtant dont la capacité de nuisance a abondamment empoisonné les rapports israélo-palestiniens qui n’en avaient pourtant pas besoin.
Jean-Paul de Belmont © Primo-Europe, 7 novembre 2006
* Chirac d’Arabie d’Eric Aeschimann et Christophe Boltanski. Editions Grasset
Le ministre "a rappelé que nous étions passés très près d’un grave incident le 31 octobre lorsque des avions israéliens ont effectué des piqués au dessus du bataillon français de la Finul".
"M. Douste-Blazy a marqué qu’il est essentiel que les autorités israéliennes fassent cesser de tels actes", a poursuivi le porte-parole Mattéi.
La ministre française de la Défense Michèle Alliot-Marie a jugé mercredi qu'il n'était "pas tolérable" que des F15 israéliens se soient présentés en piqué sur les troupes françaises postées au pays du Cèdre".
Pendant que Douste Blazy recevait l’ambassadeur afin de lui faire part de son mécontentement, des avions de combat israéliens « violaient » à nouveau l'espace aérien libanais.
Ils ont survolé espièglement Naqoura et Tyr, dans le sud du Liban, et Baalbek, dans l'est. Baalbek, dans la vallée de la Bekaa, est l'un des fiefs du Hezbollah en même temps que le lieu de production du libanais rouge (ou blanc)* et l’un des principaux lieux de transit des armes venant de la Syrie et de l’Iran.
Personne ne s’étonne de plusieurs faits, pourtant criants.
Et d’une, Israël n’a jamais, au cours de son histoire, attaqué des troupes ou des intérêts français. Ce serait une première tout à fait improbable dans un pays qui, non seulement comporte une forte communauté francophone, mais de surcroît, n'a aucun intérêt stratégique à se confronter à la France.
En second lieu, il n’est pas inutile de rappeler ici que les derniers massacres de soldats français ont été commis par le Hezbollah, que la FINUL se charge de protéger – il n’y a pas d’autres mots - en ce moment.
Les militaires français ont de la mémoire et savent bien qu’ils n’ont rien à craindre de l’armée israélienne et tout à craindre des fous de Dieu encore actifs au Liban. Nasrallah avait, en son temps, promis de nuire aux intérêts français.
L’attitude des pilotes israéliens serait incompréhensible sans une hypothèse que personne jusqu’à maintenant n’a envisagée.
Tsahal a tiré les leçons de son semi-échec au Liban. L’armée israélienne sait qu’elle devra, dans un avenir plus ou moins lointain, affronter des troupes équipées d’armes modernes. La contrebande venant de Russie, des pays de l’Est et de l’Iran procure à foison missiles anti-chars et sol-air aux islamistes acharnés.
Mieux qu'un simulateur
Dans ces conditions, les opérations aériennes israéliennes au Liban présentent deux avantages incomparables. Elles permettent de surveiller les voies de circulation entre le Liban et la Syrie, faisant ainsi le travail que la FINUL refuse de faire.
Mais ces sorties aériennes sont un exercice grandeur nature et en temps réel pour des pilotes qui n’ont jamais eu, depuis 30 ans, l’occasion de tester leurs capacités et celles de leurs matériels embarqués en situation de combat.
Lors des deux dernières guerres, il est vrai, l’aviation des pays arabes a été clouée au sol dès les premières heures du conflit. Il se murmure que depuis 15 ans, les pilotes israéliens boivent le thé en survolant la Syrie en radada.
Le jeu devenait lassant. Actuellement, sur le terrain, les pilotes israéliens ont l’occasion de s’exercer et de se confronter, par radars interposés, à des équipements et des personnels qualifiés sur terre (armée française) et sur mer (marine allemande). Il ne faut pas négliger le fait que les militaires français et allemands trouvent leur compte dans ces essais grandeur nature qui doivent les changer de leurs exercices routiniers.
C’est évidemment un jeu dangereux. Les nerfs humains n’ont pas la froide réactivité des ordinateurs, bien que ceux-ci prennent souvent le pas sur le plan décisionnel dés lors qu’ils identifient une cible ou une attitude hostile.
Les ordinateurs ne connaissent pas l'Histoire
Si, comme l’assure Madame Alliot-Marie, nous avons été le 31 octobre 2006 à « deux secondes de la catastrophe », alors que les ordinateurs de tir ne connaissent pas l’Histoire du Moyen-Orient, c'est qu'ils n’ont pour ennemi potentiel que ceux qu’on veut bien leur désigner.
C'est bien là que pourrait se situer le problème. Le jeu dangereux est celui de la France, qui veut interdire à Israël toute capacité d'analyse et donc de riposte.
Tant que la FINUL n’aura pas pris l’assurance, conformément à la résolution 1701 de l’ONU, que tout trafic d’armes a cessé entre la Syrie et le Liban et que le Hezbollah est effectivement en train de désarmer, les pilotes israéliens auront à leur disposition un magnifique terrain d’entraînement.
Il sera plus efficient que les simulateurs de combat dans les sous-sols des bases aériennes. Les gesticulations diplomatiques et politiciennes des ministres en mal de légitimité présidentielle, les convocations d'ambassadeurs ne sont là que pour amuser la galerie.
Les pioupious sont donc priés de garder leur sang froid. Les pilotes israéliens ne leur veulent aucun mal. Juste s'entraîner un peu et, accessoirement, surveiller de près l'intense trafic d'armes qui a lieu sous les yeux d'une FINUL liée par les calculs idéologiques internationaux.
La France s’entraîne au tir elle aussi
L'armée a procédé jeudi au premier tir d'essai du nouveau missile stratégique M51 destiné à équiper les sous-marins nucléaires lanceurs d'engins, a annoncé le ministère de la Défense.
Ce "vol expérimental" couronné de succès a été "conduit conformément à l'ensemble des engagements internationaux de la France en matière de sécurité, de transparence et de non-prolifération" s'est rengorgé la Dame de vair**, MAM dans le texte.
Le porte parole du réseau « Sortir du nucléaire », Stéphane Lhomme, a affirmé jeudi à l'AFP avoir assisté depuis Biscarosse à 09H52 à un tir de missile.
Tout le monde le sait : un nouveau missile national n’a aucune vocation hostile. Mais il est vrai qu'il décolle du territoire français, cette fois-ci.
Pierre Lefebvre © Primo Europe, 9 Novembre 2006
* Hashish d'excellente qualité dont le juteux commerce permet d'acquérir armes et munitions.
** Vair : Fourrure précieuse à base de peau d'écureuil de Russie, dont Perreau fit, dans certain conte, une pantoufle, même s'il s'est planté dans l'orthographe. Balzac avait corrigé mais Disney n'en eut cure, faisant descendre à la pauvre Cendrillon, chaussée de pantoufles de verre, un escalier princier.
Pourtant, sauf erreur, cette tragédie n’avait pas eu lieu que déjà, une « shahida » se faisait exploser à proximité de civils palestiniens et de soldats israéliens. La kamikaze palestinienne de dix-huit ans appartenait au Jihad islamique et était native de Beit Hanoun. C'était il y a 5 jours.
L’appel à la reprise des attentats-suicides par les factions palestiniennes ultra-violentes ne peut donc être lié au drame qui a frappé cette localité.
Les attentats-suicides, et les officiels palestiniens ne pouvaient l’ignorer, étaient en passe de reprendre.
Le drame de Beit Hanoun permet simplement à toutes autorités palestiniennes confondues de les blanchir à posteriori.
Le cynisme dicterait que ce drame vient à point nommé pour créer l’unanimité contre Israël.
Le président palestinien Mahmoud Abbas a accusé Israël de "détruire toute chance de paix" tandis que Ghazi Hamad, porte-parole considéré comme modéré du gouvernement dominé par le Hamas, estimait qu'"après cette opération barbare", l'Etat hébreu n'était "pas un Etat humain" et devait "cesser d'exister".
Le chef politique du mouvement islamiste, Khaled Méchaal a appelé à la reprise des attaques contre Israël. L'aile armée du groupe dans la Bande de Gaza incite les musulmans du monde entier à attaquer des cibles américaines, les Etats-Unis étant accusés de soutenir l'Etat hébreu.
Les Brigades des martyrs d'Al-Aqsa, qui se réclament du Fatah de M. Abbas, ont promis des "attentats-suicides et autres opérations spécifiques". Les Brigades, le Hamas et le Jihad islamique ont par le passé commis de nombreuses attaques meurtrières.
Vague de réprobation dans le monde
La France a condamné le bombardement israélien ainsi que les appels à la reprise des attentats contre Israël. "La violence risque d'entraîner la région dans une escalade dangereuse", a déclaré avec son acuité coutumière le chef de la diplomatie Philippe Douste-Blazy.
Il faudrait peut-être rappeler à notre ministre qu’au nord d’Israël, le Hezbollah se réarme à grande vitesse sous les yeux de la FINUL qui ne bouge pas une oreille. Ses radars sont seulement occupés à guetter les avions israéliens. Le 30 octobre, il s’en est fallu de deux minutes pour que des missiles Cobra ne soient lancés contre un F15 israélien. D’après Alliot-Marie, la catastrophe a été évitée de justesse.
L’escalade que Douste prétend craindre est en route depuis quelques semaines. Le ministre français, estimant sans doute que cela n’était pas le moment, n’a pas eu un mot pour dénoncer le fait que le Hamas ne cesse d’envoyer des missiles sur Israël depuis des mois.
Sderot et Ashkelon, deux villes israéliennes, sont sous le feu depuis plus d’un an sans que cela ne provoque en lui une émotion particulière.
La Russie a également mis en garde contre le danger d'escalade. La secrétaire britannique au Foreign Office, Margaret Beckett, a demandé qu'Israël "respecte son obligation d'éviter" de frapper des civils.
Ces deux pays auront certainement à coeur d'appliquer leurs consignes en Tchéchénie et en Irak.
La Commission européenne a évoqué "un événement profondément choquant" et l'envoyé de l'ONU au Proche-Orient, Alavaro de Soto, s'est dit "consterné". La Jordanie a dénoncé un "massacre odieux".
En Iran, 1300 terroristes suicidaires se sont inscrits pour perpétrer des attentats en Israël.
Bref, tout le monde s’y met.
Selon toute vraisemblance, un obus aurait dévié de sa trajectoire pour venir frapper les habitations. Une enquête est en cours. Si cette procédure amène à démontrer la culpabilité d’un artilleur de Tsahal, ce qui reste à démontrer, nul doute que celui-ci subira une condamnation à la hauteur de son geste.
Une analyse un peu honnête, de cette honnêteté dont semble incapable l’opinion internationale, devrait pourtant dire qu’il n’y a pas un seul israélien pour se réjouir de ce drame.
Cette même équité devrait souligner qu’Israël a aussitôt ouvert ses hôpitaux pour soigner les blessés, que ses dirigeants ont immédiatement ordonné la suspension des tirs et exprimé leurs profonds regrets. En langage diplomatique, le terme est assez fort.
Un même souci de justice devrait aussi souligner que pas un coup de feu ne sera tiré en l’air en Israël pour fêter l’évènement. On ne distribuera pas non plus de dragées aux carrefours à Jérusalem.
Soit dit en passant, ce drame, s’il a fait cesser les tirs israéliens, n’a pas empêché le Hamas et ses fanatiques d’envoyer encore 30 missiles aujourd’hui sur les villes israéliennes.
Ces missiles, dont l'efficacité s'améliore de jour en jour. La nouvelle génération de roquettes Qassam peut atteindre des cibles situées à 21 km de la zone de lancement, mettant un nombre considérable d’Israéliens en danger.
Le Hamas est en effet parvenu à surmonter un obstacle technique qui l’empêchait de stocker les roquettes Qassam et le forçait à les lancer peu après leur fabrication. Désormais, les explosifs peuvent se conserver et le Hamas est en train de constituer des stocks considérables de milliers de roquettes, les explosifs passant en contrebande à grande échelle via le sud de la bande de Gaza.
Ce tournant stratégique permet au Hamas de déclencher une attaque massive de Qassam contre Israël, à la façon dont le Hezbollah a agi cet été.
Mais il en est ainsi pour toute guerre. Israël n’a pas de chance. Un attentat à Bagdad faisant une cinquantaine de morts ne provoque qu’un entrefilet dans les journaux bien pensants.
Moins de vingt morts, ce qui reste un drame épouvantable, dans un bombardement approximatif du fait d'Israël et c’est aussitôt l’émotion internationale et la réunion du Conseil de sécurité, fait rarissime en "séance publique", comme pour Cana au Liban cet été.
L'histoire, la petite histoire, celle à laquelle nous sommes confrontés tous les jours en Europe, ne dira jamais combien de temps un pays du vieux continent aurait supporté de recevoir des missiles à fragmentation sur son sol.
En Israël, cela fait des années que ça dure.
Paul Lémand © Primo Europe,