Est-il trop tard pour agir contre l’Iran ?
Par Caroline B. Glick
Adaptation française de Sentinelle 5767
Une évaluation honnête – même si elle est effrayante.
La campagne diplomatique contre l’Iran a échoué
Après trois ans de diplomatie stérile, Le Conseil de Sécurité de l’ONU a adopté samedi dernier des sanctions impuissantes contre l’Iran. L’Iran a accueilli les sanctions en annonçant son intention d’augmenter ses activités d’enrichissement de l’uranium en mettant en route 3.000 centrifugeuses supplémentaires sur son site nucléaire de Natanz.
La réponse méprisante de l’Iran aux sanctions montre qu’elles sont arrivées trop tard. La résolution du Conseil de Sécurité est destinée à gêner l’assistance étrangère au programme nucléaire de l’Iran. Mais les Iraniens n’ont plus besoin de beaucoup d’aide extérieure pour développer des bombes atomiques.
Du fait de cette invulnérabilité iranienne, nombreux en Israël et aux USA prétendent que des sanctions complémentaires, entreprises en dehors de l’ONU, pour viser l’économie de l’Iran, doivent être adoptées. Des diplomates israéliens et des officiels de l’administration Bush seraient venus en Europe dans l’espoir de convaincre les Européens de soutenir des sanctions de l’OTAN qui isoleraient l’Iran économiquement.
Pourtant là aussi, de telles sanctions arriveraient probablement trop tard pour faire la différence. Comme le montre un rapport récemment publié par « l’Institut pour l’Analyse de la Sécurité Mondiale » situé à Washington, l’Iran travaille constamment à minimiser sa sensibilité économique à l’égard des sanctions. A cette fin, elle travaille à dépasser ses deux principaux points faibles économiques : sa dépendance à l’essence raffinée importée, et ses infrastructures pétrolières et gazières obsolètes.
L’an dernier, l’Iran a signé un accord de 70 milliards de $ avec les Chinois pour moderniser ses champs pétroliers et gaziers. L’Iran a aussi signé un accord pétrolier avec le dirigeant vénézuélien Hugo Chavez, qui garantit que ses importations de combustible seront à l’abri des sanctions.
Pour se protéger des effets sanctions économiques ou d’un possible blocus naval, l’Iran construit deux nouvelles raffineries. Elle fait aussi évoluer son secteur des transports du pétrole vers le gaz. Avec les secondes plus importantes réserves de gaz au monde, un système de transport iranien fonctionnant au gaz naturel sera protégé des sanctions étrangères. De plus, en modifiant ses stations de pétrole, l’Iran libère ses raffineries de pétrole pour produire du kérosène destiné à ses forces aériennes.
A travers ces projets économiques massifs, l’Iran montre clairement qu’elle place son économie sur le pied d’une économie de guerre à long terme. Elle fera tout le nécessaire pour assurer qu’elle est équipée pour acquérir des armes nucléaires et maintenir son contrôle sur le jihad mondial.
Cet engagement iranien acharné au jihad est déconcertant pour ses voisins sunnites. Le roi Abdullah d’Arabie saoudite s’est récemment interrogé à voix haute au sujet de la menace shiite croissante. De même, le roi de Jordanie Abdallah a mis en garde contre la montée du Croissant shiite allant du Liban à l’Iran.
Influencés par ces voix arabes, beaucoup de responsables politiques israéliens ont souscrit à l’éventualité de former une coalition avec ces nations arabes pour arrêter les ambitions nucléaires de l’Iran. Pour faire progresser cette idée, le Premier Ministre Ehud Olmert a donné 100 millions de $ au commandant du Fatah et présidant de l’AP Mahmoud Abbas, il a armé les escadrons terroristes d’Abbas avec des milliers de fusils et des millions de cartouches de munition, et il prévoit de libérer des terroristes des prisons israéliennes.
De même, quelques officiels américains qui entendent ces déclarations croient que la clé pour s’assurer le soutien arabe pour agir contre l’Iran est une pression renouvelée des USA sur Israël, pour que celui-ci donne sa terre aux Palestiniens et aux Syriens ; et un redéploiement des USA et des forces de la coalition en dehors des principales villes d’Irak.
L’objectif des ‘Réalistes’ : « Je me gratterai vigoureusement ».
Aussi tentant qu’il soit de croire que Ryadh et le Caire nous aideraient à combattre notre ennemi commun en Iran, il n’y a absolument aucune chance qu’ils le fassent. Dans toute dispute islamique contre Israël ou les USA, les Arabes soutiendront les jihadistes. Il en est ainsi parce que les despotes arabes qui ont promu les idéaux jihadistes chez leurs sujets, doivent soutenir le jihad contre les non musulmans à travers le monde, pour empêcher leur peuple de réaliser leurs idéaux chez eux. Le soutien au jihad est ce qui relie les nations arabes de toutes bandes et couleurs avec leurs voisins persans.
Cette union arabo-islamique a reçu un coup de pouce idéologique la semaine dernière lors d’une semaine de deux jours à Doha, au Qatar. « La sixième conférence panarabe et islamique » a réuni quelques 270 chefs panarabes et jihadistes du monde entier. Les jihadistes, emmenés par sheikh Yussuf al Qaradawi, comprenait le chef du Hamas Khaled Mashaal, le chef du Hezbollah Hassan Hadroug et l’idéologue jihadiste sunnite irakien sheikh Hathir al-Dari. Parmi les panarabes, il y avait Khair al Din Haseeb, que l’armée américaine qualifie de « père du nationalisme panarabe ». Des ayatollahs iraniens et irakiens auraient aussi assisté.
Qaradawi annonça que le but de la conférence était de fusionner les guerres panarabes et islamiques contre les USA et Israël spécifiquement, et contre les infidèles en général. Selon ses mots : « Tous les Arabes, les Kurdes, les Sunnites, la Shia, l’extrême Droite, les gauchistes devaient s’unir dans la bataille à grande échelle contre les ennemis. Ils lancent une bataille politique, économique, sociale, civilisationnelle et culturelle contre nous, et nous devons unir nos efforts pour nous y opposer ».
Les participants ont tous fait écho à l’appel de Qaradawi pour que le Fatah et le Hamas fusionnent formellement, et reflètent ainsi le courant plus large de consolidation pour la cause du jihad qui se produit dans le monde arabe. Comme Qaradawi le formula : « le panarabisme et l’Islam sont très intimement liés. Il n’y a pas de contradiction entre eux. Celui qui cherche à séparer le panarabisme de l’Islam essaie de séparer l’âme du corps ».
Que les panarabistes et les islamistes soient des alliés militaires dans le jihad mondial a été démontré clairement cette semaine dans la corne de l’Afrique quand l’Ethiopie a envahi dimanche la Somalie.
En juin dernier, un mouvement jihadiste aligné sur al Qaïda appelé « l’Union des Tribunaux Islamiques » (UTI) a pris le contrôle de Mogadiscio et a ainsi consolidé son emprise sur presque toute la Somalie. L’UTI prit très vite l’initiative d’instaurer la loi islamique de la sharia, et transforma ainsi la Somalie en un Etat proche des Talibans.
Le gouvernement légitime de Somalie, le Gouvernement Fédéral de Transition (GFT) – régime laïque dirigé par différents seigneurs de la guerre et chefs tribaux – était isolé dans la capitale provinciale de Baïdoa. L’UTI est puissamment soutenue par l’Erythrée. Et bien qu’elle ne combatte ni les Américains ni les Juifs, elle est aussi parrainée par l’Iran, l’Arabie saoudite, l’Egypte, le Soudan, Djibouti, le Yémen et la Libye.
En novembre, l’UTI déclara le jihad contre l’Ethiopie et annonça son intention de conquérir de larges portions des territoires éthiopien et kényan. Selon les USA, l’UTI prévoyait aussi d’assassiner des dirigeants politiques éthiopiens et kényans, et de mener des attaques terroristes en Ethiopie. Entouré du Soudan et de l’Erythrée à l’Ouest et au Nord, et de l’UTI à l’Est, le gouvernement d’Addis Abeba décida d’aider le GFT à renverser l’UTI et à restaurer son autorité. En seulement quatre jours, il réussit, tandis que jeudi matin, le GFT et les forces éthiopiennes ont pris le contrôle de Mogadiscio, les forces de l’UTI s’enfuyaient.
Malheureusement, dans le monde d’aujourd’hui, rien apparemment ne fait davantage croître la condamnation et la haine que les victoires militaires contre les jihadistes.
L’Organisation de la Conférence Islamique (OCI) a appelé chaque jour à un retrait de l’Ethiopie de Somalie. De même, la Ligue Arabe exige la retraite de l’Ethiopie. Avec leurs complices sur le terrain faisant retraite avec l’UTI, comme cela a été leur politique constante envers Israël, de même en Somalie les Arabes et les Musulmans souhaitent gagner à la table de négociation ce qu’ils n’ont pu obtenir sur le champ de bataille.
A cette fin, ils jouissent du soutien d’un quarteron familier. Cinq jours avant que l’Ethiopie n’envahisse la Somalie, l’UE a tenté une médiation dans le conflit d’une façon qui prolongerait et légitimerait le contrôle de l’UTI sur la Somalie.
Le 20 décembre, le médiateur de l’UE, Louis Michel fit la navette entre Baïdoa et Mogadiscio. Plus tard le même jour, il annonça triomphalement : « il existe une forte bonne volonté des deux parties pour résoudre ce conflit par le dialogue politique ».
Quand le début de l’invasion éthiopienne fut connu, L. Michel – comme ses associés du Secrétariat de l’UE – passa immédiatement à la condamnation de l’Ethiopie. Dimanche, il déclara : « Je condamne dans les termes les plus forts l’escalade du conflit en Somalie en un guerre totale, et j’appelle toutes les parties somaliennes à cesser immédiatement les hostilités. J’exprime ma préoccupation la plus profonde concernant la participation de forces étrangères en Somalie, et presse tous les participants extérieurs à s’interdire immédiatement d’intervenir militairement dans les affaires somaliennes et de provoquer de nouvelles violences ».
La semaine dernière, alors qu’il engageait sa diplomatie de la navette, L. Michel ne fit évidemment aucune remarque publique concernant la déclaration de jihad de l’UTI contre l’Ethiopie, ou son annonce de prendre pour cible tous les gardiens de la paix de l’ONU qui entreraient dans le pays.
Les Israéliens assument habituellement que la stratégie pro jihadiste de l’Europe à l’égard des Palestiniens est le résultat de l’antisémitisme ou de la colère contre la victoire militaire de 1967. Mais le traitement de l’Ethiopie et du GFT par l’UE montre que l’hostilité de Bruxelles envers l’Etat juif fait partie d’une politique de bien plus longue portée. La position pro jihad de l’Europe dans la guerre en Somalie montre que son soutien au jihad est multidirectionnel plutôt que limitée à des champs de bataille spécifiques.
Ainsi, ce que nous avons appris de la conférence du Qatar et de la guerre en Somalie, c’est qu’une alliance tripartite de l’Iran, du monde arabe, et de l’Europe soutient la cause du jihad non seulement contre Israël et les USA, mais mondialement. Il est clair que les Iraniens sont la partie la plus dangereuse de l’hydre jihadiste à trois têtes. Comme les despotes arabes, les Européens sont poussés par le cynisme. Alors que les dictatures arabes adhèrent au jihad pour sauvegarder leurs régimes, les Européens soutiennent les jihadistes dans l’espoir que leur aide détournera loin d’eux la violence jihadiste.
De leur côté, les Iraniens croient vraiment aux idéaux du jihad : c’est pourquoi les Européens et les Arabes s’opposent à eux. Le régime iranien veut voir le jihad partout, et il soutient ainsi le renversement les régimes au pouvoir en Egypte, en Arabie saoudite et en Belgique, pas moins qu’il ne soutient le jihad en Israël, en Irak et en Somalie.
Il est important qu’Israël comprenne tout cela aujourd’hui, en pesant ses options à l’égard de l’Iran et des Palestiniens. Les évènements en Somalie et au Qatar démontrent qu’Israël ne peut pas influencer le comportement des Palestiniens d’une manière ou d’une autre, parce que les Palestiniens ne sont pas autonomes. Ils font partie d’une plus large courant panarabe et islamique.
Dans leur jihad contre Israël, les Palestiniens recevront un soutien automatique non seulement de l’Iran, mais aussi du monde arabe et de l’Europe. De même, la guerre en Somalie et la conférence au Qatar montrent que soutenir les Palestiniens n’est qu’un des aspects du soutien mondial arabe et européen au jihad. De même que les USA ont été le seul pays à ne pas appeler à un retrait éthiopien cette semaine, de même Israël ne peut pas s’attendre à étendre sa base de soutien au-delà de Washington.
Le drapeau de l’Ethiopie portait autrefois le Lion de Judah. Ceci est remarquable car aujourd’hui, l’Ethiopie devient le nouveau Sion. Si Israël veut se maintenir contre le jihad déchaîné contre lui, il doit prendre bonne note de ce qui se produit en Ethiopie aujourd’hui.
Il est vrai que l’Iran menace les Arabes et l’Europe. Malheureusement, comme leur soutien associé au jihad en Somalie le montre, aucun d’entre eux ne nous aidera à affronter à Téhéran.