PREMIER EFFET du meeting parisien de Ségolène Royal, la présentation des grandes orientations de son projet, dimanche, n'aura pas lieu comme prévu à Montreuil, mais à Villepinte. Mardi soir, à la Halle Carpentier de Paris, le PS a en effet refusé du monde et la salle de Montreuil, avec ses 4 000 places, a été jugée trop petite. Ce qui devait être une réunion des secrétaires de section, élargie, se transforme donc en meeting avec 8 000 personnes annoncées. « Il y a un engagement qui se confirme et il faut donner toute son ampleur à la réunion du 11 février et accueillir tout le monde », a expliqué hier François Hollande, venu lui-même annoncer ce changement de programme.
Mobilisation, c'était hier le maître mot au PS, après le discours offensif, voire agressif, prononcé par Royal à la Halle Carpentier. Chacun au PS se réjouissait que la candidate soit sortie de sa période participative pour attaquer Nicolas Sarkozy. « Ségolène Royal a sonné l'heure de la mobilisation. Le discours que beaucoup attendaient le 11 février, a été prononcé le 6 », notait le président d'honneur du MRC, Jean-Pierre Chevènement, qui se félicitait qu'à la vision « attrape-tout, brocanteur de l'Histoire » de Nicolas Sarkozy, Royal ait opposé une « autre vision », « exigeante » de la République. « Nous entrons dans une nouvelle phase. Les Français ont compris que nous nous battons logique contre logique, que nous avions contre nous les puissances de l'argent. Nicolas Sarkozy fait l'unanimité dans les élites, mais il est loin d'avoir des soutiens dans le peuple », se félicitait-il. Tandis que Jack Lang s'enthousiasmait : « Nous sommes en train de vivre un mouvement d'ascension. Quelque chose s'est produit. » « Il faut sortir de l'embrouille dans laquelle Sarko est en train de mettre cette élection », renchérissait le président du groupe socialiste à l'Assemblée Jean-Marc Ayrault.
Même Arlette Laguiller s'est félicitée que la candidate socialiste revienne « au moins en parole aux fondamentaux » de gauche.
En ressuscitant le clivage gauche-droite, à grand renfort de références historiques, Royal a incontestablement remonté le moral des troupes, qui s'énervent d'entendre Sarkozy citer Jaurès et Blum. « C'était attendu par la salle et par les militants. Elle était à l'offensive et pas sur la défensive », constate la jospiniste Annick Lepetit.
Après avoir envoyé nombre de signaux jugés, au PS même, droitiers - sur la sécurité, la carte scolaire ou les 35 heures - il lui fallait donner des gages au parti, en reprenant des classiques du discours mitterrandien : la dénonciation des puissances de l'argent et des médias aux mains du grand capital. D'autres s'étonnaient, en revanche, que Royal ait réservé ses coups à Nicolas Sarkozy, alors que, pour l'instant, c'est François Bayrou qui, selon les sondages, entame son potentiel électoral. Un point qu'avait d'ailleurs souligné mardi Laurent Fabius lors de la réunion du bureau national. L'ancien premier ministre avait appelé la candidate à, certes, « démonétiser la parole de Sarkozy » mais aussi à rappeler aux électeurs que voter Bayrou est « un choix de droite ».
La candidate socialiste cherche à faire bouger les "éléphants"
MYRIAM LÉVY.
Publié le 07 février 2007
Après les avoir longtemps ignorés, elle les appelle désormais à s'engager derrière elle.
DEPUIS la désignation de la candidate, ils se posent la même question : quelle est leur place dans la campagne Royal ? Déroutés par la méthode de la démocratie participative, en désaccord de fond avec nombre de propositions de la candidate, ils sont d'abord restés chez eux, parce qu'on ne leur demandait rien. Pas même de figurer sur la photo de famille. Puis Ségolène Royal a suggéré aux leaders du PS de se lancer eux aussi dans le participatif. Avant de glisser dans une discussion avec les journalistes, le 17 janvier : « Il faut que les éléphants s'y mettent. » Tant que la candidate avait le vent en poupe, ces derniers pouvaient faire le gros dos. Aujourd'hui, ils n'ont plus le choix, sauf à prendre le risque d'être désignés comme responsables de la défaite. Mais leur engagement manque d'enthousiasme. « C'est compliqué de dire aux éléphants :»Venez !* et de ne pas trop les montrer parce qu'on pense qu'ils ne font pas moderne dans le décor. Quand on invite quelqu'un à dîner, on ne le fait pas passer par la porte de service », résume un proche de Lionel Jospin. On leur demande d'applaudir, plutôt que de parler. Et dans la coulisse, les entourages des uns et des autres ne sont pas tendres avec les « bourdes » de la candidate.
Il aura fallu du temps pour que Royal prenne contact avec les éléphants. Mi-janvier, en plein différend fiscal avec Hollande, elle a commencé par charger Strauss-Kahn de rédiger un rapport sur la question. La semaine dernière, elle a appelé Fabius pour lui proposer d'organiser une réunion dans son fief de Seine-Maritime. Marché conclu pour le 24 février. Jospin a aussi eu le droit à un coup de téléphone pour l'inviter à son meeting d'hier soir à Paris. Manque de chance, il était déjà pris. Mais Delanoë était là.
« Taper comme des sourds »
Au-delà des chefs de courant, Royal a appelé nombre de leurs lieutenants, auxquels elle a assigné un rôle : « Ferrailler contre la droite » et « Taper comme des sourds », raconte l'un d'eux. « Elle veut que l'on remplace nos points d'interrogation par des points d'exclamation », explique un fabiusien. L'argument porte, notamment chez les élus qui commencent à s'inquiéter de voir la candidate baisser dans chaque sondage et craignent, en cas de victoire de la droite à la présidentielle, d'être eux-mêmes emportés par la vague bleue qui pourrait s'ensuivre aux législatives. L'équipe Royal a d'ailleurs privilégié, comme relais de campagne, les candidats aux législatives, qui ont intérêt à ce qu'elle gagne.
La campagne a aussi besoin de bras. La candidate a essayé, jusqu'à présent, de travailler avec une équipe restreinte, mais qui est souvent débordée par l'ampleur de la tâche. Dix-huit meetings sont programmés à son agenda, et tout le monde est appelé à la rescousse pour les organiser. La semaine dernière, en secrétariat national, François Hollande a aussi clairement dit que la candidate devait s'appuyer sur l'expertise des secrétaires nationaux du parti pour répondre, par exemple, aux dizaines d'interviews thématiques réclamées par les innombrables associations et organisations spécialisées, et qui, pour l'instant, restent en souffrance.