Lettre d'actualité, avec un apport de symbolisme, et de spiritualité, accés le plus souvent sur un axe Moyen- Orient, Europe, et Amérique du Nord.
| Ce n'est pas nous qui l'avons choisi mais eux Par Stéphane Juffa |

Au lendemain du traumatisme qu'ont constitué les cinquante heures qu'ont duré les prises d'otages de Bombay, il faut, sans délai, se mettre à tirer les enseignements de ce qui s'est passé.
Car, à l'évidence, "quelque chose" se déroule sur notre planète, qui modifie l'ordre antérieur qui y régnait jusqu'à ces dernières années. Quelque chose, que l'on doit se résoudre à identifier comme un projet conçu par des forces intelligentes, qui partagent notre espace vital tout en le menaçant.
On pourrait, certes, comme s'obstinent à le faire certains courants de pensée présents dans la partie démocratique du globe, établir des cloisons entre les diverses agressions s'inscrivant dans ce projet violent, et les traiter en tant qu'"incidents" distincts sans rapports évidents entre eux.
Cette perception auto-aveuglante, que l'on trouve dans des publications tel le Monde diplomatique, possède l'avantage incertain de préserver, pour un temps encore, un semblant de normalité à l'intérieur des frontières de la sphère de vie visée par l'agression.
En rejetant jusqu'à l'idée que nous pourrions nous situer dans la première partie d'une guerre des civilisations, en tentant de marginaliser, voire d'invectiver ceux qui donnent l'alerte, on maintiendrait, en privilégiant par la pensée et la volonté une forme inadaptée d'humanisme sur la constatation des faits, une vision confortable du monde et des relations entre les hommes qui n'existent pas.
Pour comprendre, on doit d'abord constater que les sociétés démocratiques ne se définissent pas par une quelconque mission dynamique qu'elles entendraient imposer au reste du monde. La démocratie moderne, et les Etats qui l'ont adoptée, sont, par définition, introvertis.
L'objectif principal de ces Etats consiste à assurer le bien-être et l'évolution des individus qui les habitent. Dans cette sphère s'est développée une dynamique néo-épicurienne de la vie, dans laquelle l'homme - auquel la société ne réclame aucun effort spécifique et commun - campe effectivement au centre de l'univers.
Lors, il est difficile pour ce nouveau Dieu, pour ne pas dire impossible, ne serait-ce que d'imaginer que l'univers n'est peut-être pas conçu à son image. Tout au plus, il est capable d'admettre que d'autres individus peuvent se situer à un niveau inférieur de l'évolution intellectuelle.
Il tiendra tout de même pour certain que la dissemblance entre eux et nous résulte d'une mauvaise communication et des injustices que l'homme-Dieu, pour assurer sa consommation extravagante de richesses et d'énergie, leur a fait subir au cours de ces derniers siècles.
De là à concevoir sérieusement qu'une autre civilisation fonctionnât selon un système où l'homme n'aspire pas à être le centre du monde, et à assurer l'exercice du même privilège à ses semblables, il y a un pas difficile - pour ne pas dire impossible - à franchir.
C'est la grande faiblesse des démocraties et des démocrates. Croyant à la radiation qu'ils exerceraient par leur exemplarité, ils se trouvent incapables de défendre leurs valeurs face à un ennemi qui ne partage pas leur façon de penser.
C'est que, les dizaines de terroristes qui se sont attaqués aux douze objectifs qu'ils s'étaient désignés à Bombay se considèrent eux comme les maillons d'un projet commun supérieur. Non seulement étaient-ils prêts à mourir pour ce projet, mais encore ont-ils trouvé dans ce sacrifice la consécration, la réalisation et le sens, de leur existence terrestre.
A moins d'avoir du sable dans le cerveau, on mesure aisément la distance objective qui sépare les aspirations des moudjahidin de Bombay, ou des pilotes kamikazes du 11 Septembre, aux millions d'hommes-Dieu, entièrement préoccupés par la préparation de leurs vacances à la neige.
Pour faire réagir les bandes de skieurs - ce qui reste possible et qui va devenir inévitable -, il faut que la menace se généralise et qu'elle ne leur permette plus d'exercer les privilèges auxquels ils sont attachés.
La voilà cernée, la faiblesse naturelle des démocraties. Elles vont croire en l'"évitabilité" de l'inévitable jusqu'au moment au l'inévitable se sera répandu violemment dans leur quotidien.
On revit effectivement ce qui s'est déroulé durant les années trente, lorsque les Allemands redevinrent momentanément les Allemänner, les "Tous les hommes", du nom - ne devant rien au hasard - de l'une des tribus constituante du peuple germanique.
L'esprit du chamberlo-daladiérisme avait empêché, avant la lettre, de 1936 à 1938, les puissances démocratiques d'user de leur force afin de mettre un terme à la montée du nazisme. Elles pouvaient alors le faire à moindre risque et à moindre coût, et se seraient ainsi épargné des dizaines de millions de victimes.
Mais leur incapacité à prendre au sérieux la différence fondamentale prévalant entre le un pour tous et le tous pour un les égara jusqu'au point où ces puissances ne se préparèrent même pas correctement à une confrontation possible - y compris les Etats-Unis, qui ne s'équipèrent qu'après l'infamie qu'ils subirent à Pearl Harbour.
Les dirigeants de l'époque étaient eux-aussi persuadés que le chancelier Hitler était, au fond, l'un des leurs, et que le problème tenait dans la difficulté qu'il y avait à communiquer avec lui et dans les brimades excessives que les alliés avaient fait subir à l'Allemagne suite au premier conflit mondial.
Aujourd'hui, les démocraties et leurs leaders en sont au même point qu'alors ; ils s'appliquent à chercher des signes de lumière dans les déclarations des ayatollahs de Téhéran et d'apaisement dans les agissements de leurs alter-ego salafistes.
Au point d'ignorer que les victimes des terroristes en Inde n'étaient pas des guerriers et qu'ils ont été visés parce qu'ils vivent la même existence que nous. Parce qu'ils sont nous. Comme étaient nous les victimes de l'agression contre la gare de Madrid, celles du métro de Londres, celles des Tours jumelles, celles des marchés de Bagdad et celles de Sdérot. Parfaitement, celles de Sdérot.
Pour les skieurs de Noël, l'idée que des forces aux aspirations différentes des leurs puissent, de nos jours, œuvrer pour imposer leur loi à la planète est à ce point aberrante et dérangeante, que pour les protéger, démontrer qu'elles n'existent pas, et s'auto-flageller, certains néo-épicuriens n'hésitent pas à imputer un complot aux autorités de Washington, les accusant d'avoir elles-mêmes attaqué l'Amérique, le 11 Septembre 2001, et de croire dur comme fer en cette sornette.
Pour ne pas avoir à se préparer à la guerre, on élève des cloisons entre Manhattan, Madrid, Londres, Bombay, Sdérot, Bagdad, Beyrouth et l'Afghanistan. On perd la mémoire. On s'accuse de provocations imaginaires. On confond volontairement, et au bénéfice des islamistes, la chronologie des événements, les causes et les effets.
Et puis on est chaque fois surpris. Parce qu'on veut bien l'être ; parce qu'on prend le plus grand soin à ne pas écouter les sermons des imams prononcés hier à Gaza, pourtant diffusés par la télévision du Hamas.
Tout y est cependant : ce ne sont pas les actes que nous aurions pu perpétrer à leur encontre qui déchaînent leur rage, c'est l'Homme-Dieu et sa culture. Le plus grand et intolérable des blasphèmes, la situation à laquelle il faut remédier dans l'urgence. Djihad dont les combattants-pions se seront accomplis lorsqu'ils lui sacrifieront leur vie.
J'ai parlé ce matin à Sami El Soudi en Palestine, à Michaël Béhé au Liban et à Fayçal à Amman, eux ne sont pas surpris. Ils m'ont décrit la joie et la fierté des islamistes à l'écoute, comme nous, des informations en provenance d'Inde. Chaque infidèle éliminé, chaque heure que les terroristes ont tenu sont pour eux le signe de l'avènement prochain de la loi d'Allah sur Terre.
S'ils ont un regret, c'est celui d'être trop lâches pour participer personnellement à la Guerre Sainte. Pour eux, nos femmes et nos filles s'habillent et se comportent comme des prostituées, nous avons perdu l'humilité et ne respectons pas les devoirs de l'islam. C'est ce qui s'est dit dans beaucoup de mosquées, et c'est plus qu'il n'en faut pour justifier notre élimination physique et celle de la civilisation de l'Homme-Dieu.
Combien sont-ils à s'être réjouis de l'élimination des mécréants de Bombay ? Des centaines de millions.
Est-ce une raison pour détester tous les musulmans ? Certes non, on n'est pas responsable de la foi dans laquelle on naît. Et puis tous les musulmans ne sont pas djihadistes, Sami El Soudi et Fayçal sont mahométans et ils s'opposent, de toutes leurs forces, tant aux assassinats qu'aux effusions de joie qu'ils entraînent.
Mais ils sont également les premiers à sonner le glas et à proclamer que combattre immédiatement l'islamisme n'est pas un acte raciste mais exactement le contraire ; que ce n'est pas parce que tous les assassins de Bombay sont musulmans, et que la majorité des musulmans ne sont pas des assassins, qu'il faudrait s'abstenir de combattre les assassins de Bombay et leurs commanditaires.
Tsipi Livni, le ministre israélien des Affaires Etrangères, a été claire lors de sa conférence de presse d'hier : "Notre monde subit une attaque, cela ne fait aucune différence si elle a lieu en Inde ou ailleurs, il y a des extrémistes islamiques qui n'acceptent ni notre existence ni celle des valeurs occidentales".
Madame Livni a dit également que "les objectifs visés par les terroristes étaient des objectifs juifs, des objectifs israéliens et des objectifs identifiés à l'Ouest, américains et britanniques".
Quant au 1er ministre indien, Manmohan Singh, il a déclaré qu'il ne faisait aucun doute que "le groupe qui a mené ces attaques, basé à l'extérieur, était venu avec la détermination aveugle de créer le chaos dans la capitale commerciale du pays".
Non pour l'occuper durablement, ni pour remporter quelque avantage tactique ou stratégique tels qu'on se les imagine encore chez l'Homme-Dieu. Mais pour mourir en tuant le plus d'infidèles possibles, pour déstabiliser la société de l'ennemi, pour aiguiser les haines entre les communautés ainsi que la conscience de l'islam telle qu'ils se la figurent, et pour faire ainsi avancer la conquête de la terre par le dar-el-islam. Et sa purification.
Tsipi Livni a raison, les attentistes ont tort. Cette semaine, ce sont les skieurs dans leur globalité qui ont été visés, bien qu'ils feignent de l'ignorer.
Si les islamistes possèdent des armes, c'est pour qu'elles servent au projet dont ils ne se cachent pas. C'est pour cela qu'une seule bombe atomique dans l'arsenal iranien est bien plus périlleuse que quatre cents dans celui d'un Etat démocratique.
Nous sommes à nouveau en guerre contre des Allemänner. Ce n'est pas nous qui l'avons choisi mais eux. Nous ne pouvons rien faire, sauf nous convertir à l'islam, pour arrêter cette guerre. Ne vous occupez pas de la communication, elle passe très bien ! Notre seul tort est celui d'exister et de vivre dans les valeurs qui sont les nôtres et qui ne sont pas tolérables pour cet ennemi, dont tous les membres sont mobilisables, comme exécutants, afin de reprendre la planète aux Hommes-Dieux et de la rendre à "son propriétaire".
Nous sommes quelque part en 1936.