Douste-Blazy :
Daladier sans Chamberlin
Par Luc Rosenzweig
© Metula News Agency
On ne faisait pas grand cas, jusque là, du ministre français des Affaires Etrangères, Philippe Douste-Blazy, cardiologue de son état. Selon les jours, il était surnommé « Mickey d’Orsay », ou « Condorcet » dans les couloirs du département, où, comme chacun sait, les diplomates se défoulent d’avoir été professionnellement polis avec leurs interlocuteurs.
Au plus fort de l’été, alors qu’une canicule meurtrière pour les vieillards devrait accaparer les « une » des journaux et remplir d’images ensoleillées les actualités télévisées, Douste-Blazy parvient pourtant à se hisser au sommet de l’actualité française.
Il doit cet honneur au fait d’avoir affronté, sa mèche brune en bataille, Condoleezza Rice lors de la conférence de Rome du 26 juillet, consacrée à la recherche de solutions propres à mettre fin au violent conflit armé qui oppose Israël à la milice islamiste libanaise du Hezbollah. Depuis cet exploit, il sautille de radio en télévision pour faire entendre « la voix de la France », une voix qui évoque le déshonneur et la capitulation.
Lors de son dernier passage à Beyrouth, notre Douste s'est même laissé entraîner par son lyrisme d'ancien maire de la ville natale du regretté Claude Nougaro, en affirmant, devant ses hôtes libanais, que " L'Iran était une force stabilisatrice dans la région".
Cette forte parole a provoqué une réaction amusée du ministère israélien des Affaires Etrangères, où un haut diplomate a déclaré qu'elle pourrait bien valoir à son auteur : "le prix Victor Hugo de la science-fiction. Sur quelle planète vit-il ? Sûrement pas la nôtre !".
Ce qui s'est passé ces dernières semaines dans un petit coin de la planète terre est pourtant bien connu : le 12 juillet, un commando de « fous de Dieu » capturent deux soldats israéliens qui effectuaient une patrouille le long de la frontière entre le Liban et Israël, et en tuent deux autres. Cette agression intervient quelques jours après une attaque semblable, au sud, où un groupe armé du Hamas palestinien fait prisonnier un caporal de Tsahal, après avoir tué deux autres servants d’un char Merkava.
Dans les deux cas, il s’agit donc d’agressions caractérisées, perpétrés contre des soldats stationnés sur le territoire de leur nation : il n’y avait plus un militaire israélien au Liban depuis mai 2000 et Tsahal s’est retirée de la bande de Gaza en août 2005.
Le gouvernement d’Ehud Olmert, où la gauche travailliste est représentée, entre autres, par le ministre de la défense Amir Peretz, pratique ce qui à toujours été la politique de l’Etat hébreu dans ces circonstances : ne pas céder au chantage, et rétablir la capacité de dissuasion d’Israël face aux actions de ceux dont l’objectif affiché est de le rayer de la carte.
Non seulement on ne négocie pas avec les ravisseurs – qui demandent la libération de terroristes emprisonnés en Israël – mais on riposte en détruisant les infrastructures de la terreur : les sites de lancement de roquettes vers le sud d’Israël à Gaza, qui n’ont pas cessé leur activité un seul jour depuis le retrait israélien, et le réseau de bunkers du Hezbollah, d’où partent les « Katiouchas » et obus de mortier vers les localités du nord de la Galilée. Il n’est pas inconvenant, n’en déplaise aux moralistes de la presse française et aux finasseurs du Quai d’Orsay, de qualifier ces attaques du Hamas et du Hezbollah de terroristes, car, à la différence des ripostes israéliennes, elles sont dirigées exclusivement contre des installations civiles.
Au Liban donc, Israël entreprend, à l’aide de son aviation, de sa marine et de son artillerie, de protéger son territoire et la vie de ses citoyens sur lesquels tombent une pluie d’engins dont la portée est de plus en plus longue : l’Iran a fourni au Hezbollah des missiles capables d’atteindre Haïfa, la troisième ville d’Israël.
La banlieue sud de Beyrouth, où se situe le quartier général des « fous de Dieu », le repaire de leur chef Nasrallah et leur télévision Al Manar, est pilonnée, après que l’aviation ait lancé des tracts invitant la population civile à quitter les lieux. Les localités du Sud-Liban abritant des unités armées du Hezbollah sont traitées de la même manière.
Ces ripostes provoquent, hélas, des victimes parmi les non-combattants, mais à qui la faute ? Le directeur de la division des droits de l’homme de l’ONU, le norvégien Jan Egeland, qui ne ménage généralement pas ses critiques envers Israël, a qualifié le Hezbollah de « tas de couards » en référence à sa pratique systématique de procéder à ses tirs contre Israël à partir d’écoles, d’hôpitaux où autres lieux peuplés de femmes, d’enfants et de vieillards. Plus pervers encore : des groupes mobiles viennent lancer leurs engins en se plaçant tout près des cantonnements de la FINUL, la force d’interposition de l’ONU, bien mal nommée d’ailleurs puisque son mandat lui interdit de faire quoi que ce soit pour empêcher les gens de se tirer dessus.
Ce qui devait arriver arriva, une riposte israélienne à un tir de Katiouchas a fait, le 26 juillet, quatre victimes parmi les Casques bleus. Le drame de Qana, une cinquantaine de personnes, dont une trentaine d'enfants, tués pendant la nuit du 29 au 30 juillet dans une maison touchée par une bombe, a provoqué, dans les milieux politiques et médiatiques français, une hystérie comparable à celle consécutive à l'affaire Al Dura en septembre 2000. Les images, complaisamment filmées par le Hezbollah, ont produit l'effet attendu : le peuple français, de Jacques Chirac à la fermière de mon voisinage, sont effarés par la barbarie des Juifs tueurs d'enfants. A côté de cela les pauvres images infrarouges de Tsahal, démontrant que les humanistes disciples de Hassan Nasrallah faisaient partir leurs islamiques roquettes des alentours de la maison détruite, ne font pas le moindre effet sur les foules indignées.
Face à cette situation, la prétendue communauté internationale agit en ordre dispersé : les agresseurs veulent à tout prix obtenir un cessez-le-feu immédiat pour éviter de se prendre une raclée qui les mettrait hors d’état de nuire pour un bon moment.
Ceux-là trouvent une écoute attentive à Paris, où Jacques Chirac fait tout pour réparer le moment d’égarement qu’il a eu en 2005 : s’associer avec les Etats-Unis pour faire voter par le Conseil de sécurité la résolution 1559, qui exigeait le départ de l’armée syrienne du Liban et… le désarmement du Hezbollah. Le chagrin consécutif à l’assassinat de son ami et mécène libanais Rafic Hariri par des sicaires syriens avait quelque peu brouillé les idées de notre président de la République : exceptionnellement avait surgi un éclair de bon sens dans une pensée marquée par les délires persistants de la trop fameuse « politique arabe de la France ».
Il dépêche donc Villepin à Beyrouth, qui participe à une réunion du gouvernement libanais, où sont présents les ministres Hezbollah qui se fichent de « la 1559 » comme de leur premier turban. On « oublie » de passer voir les victimes de Haïfa, pourtant située à une demi-heure d’hélicoptère de Beyrouth.
Oubli réparé, quelques jours plus tard, par une visite de Douste-Blazy, opportunément pris dans une alerte sous les caméras de télé.
On proclame haut et fort qu’il faut un cessez-le-feu immédiat – entendez par là, qu’il faudrait laisser au Hezbollah sa capacité de nuire.
En face, Condoleeza Rice et sa collègue britannique Margaret Beckett, préconisent une solution qui soit de nature à assurer, non pas une trêve qui serait violée immédiatement par les « fous de Dieu », mais un calme durable. Cela passe, bien évidemment, par une réduction notable, sinon totale des capacités de nuisance du Hezbollah, Etat dans l’Etat libanais, qui entraîne toute une nation dans la spirale de la violence et de la misère.
J’ai pu constater de visu, en 2005, comment, dans les zones contrôlées par le Hezbollah, notamment le magnifique site de Baalbek, cette milice chiite tient la population sous un contrôle social absolu, et laisse ces régions dépérir économiquement en ponctionnant ses ressources afin d’accroître son arsenal militaire.
C’est alors que M. Douste-Blazy, tel un Villepin venant faire la leçon à George W. Bush aux Nations Unies, vient à Rome pour ne proposer rien moins que la capitulation d’Israël devant les exigences terroristes : cessez-le-feu immédiat, échange de prisonniers, « accord politique » avec le Hezbollah avant l’envoi d’une force multinationale, remise au Liban des Fermes de Chebaa, un mouchoir de poche territorial que se disputent Beyrouth et Damas, actuellement occupé par Israël.
Tout cela avec de grandes envolées sur la vocation de la France à protéger, dans la région, les faibles et les opprimés.
Heureusement, Rome 2006 n’est pas Munich 1938, et si Douste-Daladier était là, il manquait un Chamberlain pour faire triompher la couardise et parapher la honte. On observera que les rodomontades de notre diplomatie ont comme conséquence sa candidature naturelle à être à la tête d'une force d'interposition au Sud-Liban. Les souvenirs de Beyrouth 82 remontent alors à toute allure de la mémoire militaire : les précurseurs du Hezbollah avaient fait exploser l'immeuble Le Drakkar où logeaient les paras français : 52 morts. Comme on ne peut pas se "dégonfler" tout de suite, on met comme préalable un "accord politique" avec le Hezbollah, euphémisme de capitulation devant les barbus.
On notera, en conclusion, que ces turpitudes françaises ont pour effet de faire remonter la cote de popularité présidentielle du fond de l’abîme où elle était tombée. Fasse le ciel que Jacques Chirac ait la lucidité d’Edouard Daladier face aux foules venues acclamer le « sauveur de la paix » à son retour de Munich : « Ah, les cons ! », s’était-il exclamé.
Et tu retourneras à la poussière…
Reportage photo
Par Stéphane Juffa © Metula News Agency
L’armée israélienne lit, elle aussi, la Ména !
Lors de mon reportage "Les voisins d’en face", daté du 22 juillet dernier, je vous avais montré l’immeuble en construction sis devant nos fenêtres, que ses promoteurs avaient destiné à devenir un casino. Nous l’avions photographié, tout fumant, au moment où des terroristes du Hezbollah – des individus armés qui s’attaquent systématiquement à des civils (pour ceux qui ont tendance à oublier la définition et pour Marius Schattner, qu’elle dérange existentiellement), – s’en servaient pour tenter d’assassiner des citoyens israéliens au hasard.

Avant : l’immeuble du casino de Kfar Kileh, utilisé comme base de lancement de Katiouchas
Photo Stéphane Juffa © Menapress,
moyens techniques Even Sokol
Et nous avions mentionné par des flèches de couleur les 3 ouvertures par lesquelles les terroristes intégristes venaient de lancer leurs roquettes de mort :

Les Katiouchas sont parties d’ici
Photo Stéphane Juffa © Menapress,
moyens techniques Even Sokol
Les photographies de la Ména n’étaient pas tombées sous les yeux d’un malvoyant. Si bien que, la nuit dernière, les bulldozers blindés D9 de Tsahal ont effacé de la carte touristique de Kfar Kileh le bâtiment de cinq étages qui n’abritera donc jamais ni Roulette ni Baccara.
Ce qui nous fait surtout plaisir, c’est que c’était à l’ombre de cette construction que les Nasrallahjugend se réunissaient pour faire le salut nazi. Et à la Ména, on a les fascistes en horreur, de même que les gouvernements collaborationnistes qui jugent que l’Iran – qui nie la Shoah (et pas seulement en Grande-Bretagne, Darlan-dadais !) –"est un grand pays, un grand peuple et une grande civilisation, qui est respecté et qui joue un rôle de stabilisation dans la région"…

Après : ce matin, noir impair et surtout… manque !
Photo Stéphane Juffa © Menapress, moyens techniques Even Sokol
Un peu plus tard ce mardi, entre 10h 30 et midi, les islamistes, supplétifs menant la guerre de la grande civilisation en question, ont fait pleuvoir une pluie de Katiouchas (de l’ancien modèle : 5-7 kg d’explosifs) sur Metula. L’une d’elle est tombée vraiment très près de notre rédaction. Si près, que quelques éclats ont même touché l’enceinte de notre maison.
Les Hezbollani ne semblent plus être en situation d’atteindre Haïfa et Tibériade. Par ailleurs, leur crainte de blesser leurs propres troupes à Kfar Kileh, si proche de notre village, n’existe plus après la prise de cette ville par Tsahal… Metula, le village le plus septentrional d’Israël, entouré géographiquement de toutes parts par le pays des cèdres, est ainsi devenu une cible de prédilection pour les intégristes, à deux doigts de la débâcle.

L’éclat de Katioucha retrouvé figé dans notre jardin et, dorénavant,
considéré comme "prise de guerre" par notre agence.
Le stylo sert à donner une échelle de grandeur
Il est évident, blague à part, qu’un shrapnel de ce genre, lancé à quelque 6-700 kilomètres à l’heure, traverse la chair humaine comme une baïonnette une motte de beurre !
Notre village a été la seule localité de l’Etat hébreu à essuyer des tirs de roquettes ce mardi. Avec la fin des 48 heures de moratoire des bombardements de l’armée de l’air, cette nuit à 2 heures, on s’attend à ce que les Fous de Dieu renouvellent leurs tentatives de semer la mort et la désolation sur la Galilée. Des fous qui commencent à tomber comme des mouches soumises à l’effet d’un insecticide laïc et humaniste…