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Lettre d'actualité, avec un apport de symbolisme, et de spiritualité, accés le plus souvent sur un axe Moyen- Orient, Europe, et Amérique du Nord.

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Le moyen de mettre fin au conflit israélo-palestinien n'est pas difficile à trouver

Le moyen de mettre fin au conflit israélo-palestinien n'est pas difficile à trouver

 

Le paradoxe de la violence qui fait rage actuellement au Liban, à Gaza et, sous les missiles du Hezbollah, dans le nord d’Israël, c’est que le moyen de mettre fin au conflit israélo-palestinien n’est pas difficile à trouve

 
 
Jeffrey Sachs - Université de Columbia à New York.

Une vaste majorité d’Israéliens et de Palestiniens se prononce en faveur de la solution de deux États, qui repose sur le retour aux frontières de 1967. Les grands États arabes, dont l’Egypte et l’Arabie Saoudite, partagent ce point de vue. Il ne s’agit donc plus d’imaginer une issue, mais de la traduire dans les faits puisque les minorités influentes et souvent violentes des deux camps s’opposent à la solution soutenue par la majorité.

Les trois quarts des Israéliens et des Palestiniens aspirent à la paix et au compromis, tandis qu’un quart (souvent attisé par une ferveur religieuse extrême) recherche la victoire absolue sur l’adversaire. Les radicaux palestiniens veulent détruire Israël et les radicaux israéliens contrôler la totalité de la Cisjordanie, soit par le biais d’une occupation permanente, soit (pour une infime minorité) par l’expulsion de la population palestinienne.

Chaque fois que la paix semble à portée de main, les radicaux, d’un camp ou de l’autre, cherchent à la torpiller. Leurs agissements sont alors sources de graves différends entre les modérés et les radicaux du même bord, comme cela a fut le cas lorsqu’un fanatique religieux israélien assassina le Premier Ministre Yitzhak Rabin au moment où les négociations de paix avançaient à grands pas. Il en est de même pour les radicaux palestiniens qui s’emploient à faire capoter les discussions de paix en lançant des attaques terroristes sur des civils israéliens dans l’espoir de provoquer une riposte exagérée de la part d’Israël – riposte qui ferait voler en éclat la confiance naissante des modérés des deux camps.

Ces derniers mènent une lutte quotidienne contre leurs propres extrémistes, qui prétendent qu’il est impossible de parvenir à un compromis.

Côté israélien, les extrémistes soutiennent que les Palestiniens ont pour seule intention d’anéantir l’État d’Israël et voient dans les attentats suicides la preuve qu’: «il n’y a pas de partenaires pour la paix». Côté palestinien, les extrémistes affirment qu’Israël complote pour maintenir l’occupation de l’ensemble de la Palestine et que le retrait de Gaza ou les projets d’évacuation partielle de la Cisjordanie ne sont que tactiques, sans intention réelle de renoncer au contrôle du territoire et de tous les attributs de la souveraineté.

Les extrémistes sont parvenus à bloquer le processus de paix parce que toute attaque déclenche systématiquement une violente contre-attaque. Ils accusent constamment les modérés de faiblesse, de naïveté, d’idéalisme aveugle et colportent en outre l’idée séduisante qu’une victoire totale est possible.

Les forces israéliennes tentent régulièrement de «décapiter» l’opposition armée par l’assassinat des meneurs palestiniens comme si le problème se résumait à quelques individus plutôt qu’à l’impasse politique. Les radicaux palestiniens, quant à eux, propagent la rumeur qu’une nouvelle attaque terroriste serait fatale pour Israël.

Dans un contexte aussi sanglant, les détails et la symbolique d’un éventuel accord pèseront sûrement très lourd. Au moment du processus d’Oslo, Israéliens et Palestiniens étaient quasiment parvenus à s’entendre sur le tracé géographique d’une «terre de paix» et sur le principe d’un retour aux frontières de 1967.

Cependant, le marché n’avait pas été tout à fait conclu, chacun accusant l’autre d’intransigeance sur tel ou tel détail. Aujourd’hui, cet accord pourrait fort bien être signé à condition que des discussions inutiles, pour savoir qui a bloqué le processus de paix, soient évitées.

La théorie du Prix Nobel Tom Schelling est très pertinente. Selon Schelling, il est indispensable, pour aboutir à un accord, que les parties trouvent un point de convergence dans leurs négociations. Or, ce sont les frontières de 1967 qui constituent le coeur du conflit israélo-palestinien. Les deux camps devraient en accepter le principe avant de passer à la suite. C’est-à-dire échanger de petites parcelles de terrain et délimiter des zones de contrôle (notamment à Jérusalem) en corrigeant légèrement le tracé de 1967.

Bien sûr, il faudrait veiller à ce que ni l’une, ni l’autre partie ne soit lésée.

Les chicaneries sur des détails ne devraient donc intervenir qu’après la conclusion de l’accord sur le respect des frontières de 1967, seules reconnues par les pays influents de la région et du monde, et consacrées par de nombreuses résolutions des Nations Unies.

Le plus tragique aujourd’hui, c’est que la possibilité d’un tel accord semble de moins en moins concevable. Israël s’indigne à juste titre de l’enlèvement de ses soldats à Gaza par des insurgés soutenus par le Hamas à Gaza et, au sud-Liban, par les forces du Hezbollah. Mais sa riposte militaire massive et disproportionnée sert les manipulations des extrémistes.

En fait, chaque camp accuse l’autre d’avoir frappé en premier. Israël a même refusé de négocier avec le gouvernement Palestinien du Hamas, s’efforçant de le mettre sous pression financière pour le faire capituler. Quant au Hamas, il refuse d’envisager la solution de deux États puisqu’il persiste à rejeter la reconnaissance d’Israël. De leur côté, les Etats-Unis ne jouent pas le rôle de stabilisateur qui devrait être le leur.

Ils rentrent dans le jeu des extrémistes en combattant le terrorisme par des moyens militaires plutôt que politiques. Tout comme la guerre en Irak était une réponse mal calculée à la menace d’Al-Qaida, le feu vert de l’administration de Bush aux offensives militaires d’Israël à Gaza et au Liban n’est pas une solution viable. Les Etats-Unis et les autres puissances extérieures au conflit devraient faire pression sur chacun des deux camps pour les amener à une solution de compromis, avant que la spirale de la violence n’échappe à tout contrôle.

A l’heure actuelle, l’idéologie politique la plus puissante dans le monde est l’autodétermination. Tant qu’il n’y aura pas d’État palestinien et tant que l’Irak sera occupé par les troupes américaines, les extrémistes islamiques ne cesseront de séduire de nouvelles recrues.

Les représailles militaires n’ont d’autre effet que de faire gonfler leurs rangs.

Et tant que les griefs politiques subsisteront, la progression de la démocratie ne pourra rien changer, car ce sont les extrémistes qui gagneront les élections. Pour résumer, les opérations terroristes ciblées doivent être combattues par des opérations de contre-terrorisme ciblées. Mais, parallèlement, les modérés doivent marginaliser l’extrémisme par des politiques de compromis au lieu de succomber à l’illusion dangereuse que la victoire militaire est possible.

*Jeffrey Sachs est professeur d’économie et directeur de l’Institut de la Terre à l’université de Columbia à New York.


Copyright : Project Syndicate, 2006.


www.project-syndicate.org

 

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