Lettre d'actualité, avec un apport de symbolisme, et de spiritualité, accés le plus souvent sur un axe Moyen- Orient, Europe, et Amérique du Nord.
Mati Ben Avraham
Hassan Nasrallah est né, en août 1960 à Beyrouth, dans une famille nombreuse où le souci religieux n’était pas le pain quotidien. Son père, Assad El Karim, paysan pauvre du sud Liban, s’était installé, dans les années 1950, dans l’un des quartiers miséreux de la banlieue sud de la capitale. Le premier héros de Nasrallah enfant fut Nasser.
Plus tard, il portera son admiration sur l’Imam Moussa El Sadr.
Ce transfert du nationalisme arabe au chiisme n’avait rien d’insolite dans le contexte de l’effritement du tissu social libanais.
D’autant plus que la communauté chiite, qui n’avait été à la fête ni du temps de l’empire ottoman, ni lors de la création du grand Liban était alors vouée à la marginalité. Sa situation précaire, principalement dans le sud s’était encore dégradée avec l’implantation, fin des années 1960, début des années 1970, de l’OLP et ses factions armées. Coincée entre les provocations palestiniennes et les ripostes israéliennes, une grande partie de cette population a choisi l’exode vers le nord, venant former et grossir le sous-prolétariat chiite dans les banlieux de la capitale.
C’est dans ce climat qu’a grandi Hassan Nasrallah. Outre Moussa Sadr, fondateur du ” mouvement des déshérités”, trois hommes ont marqué sa progression dans l’univers religieux : et d’un, Cheikh Hussein Fadlallah, futur fondateur du Hezbollah, qu’il côtoyait dans la mosquée de ses premier pas en religion; et de deux, Abbas Mossawi, son maître de l’école coranique de Najaf, qui lui a assuré gîte et protection; et de trois, l’Ayatollah Hamani, connu lors de son séjour à Qom, et qui est le seul homme dont il accepte les directives, politique ou religieuse.
En 1982, lassé de la modération prônée par les chefs du mouvement ” Amal ”, Cheik Fadlallah fonde le ” Hezbollah ” dont le secrétariat général sera confié à Abbas Mossawi.
Hassan Nasrallah en deviendra rapidement l’un des rouages essentiels. L’entrée en scène de ce mouvement est connue : attentats anti-américains et anti français à Beyrouth, prises d’otages français, cinq ans plus tard, lors du second round d’affrontements meurtriers entre Amal et Hezbollah pour l’hégémonie sur la communauté chiite, Hassan Nasrallah claquera la porte pour protester contre la volonté de la Syrie et de l’Iran d’imposer un cessez-le-feu…Un geste qui témoigne d’une force de caractère peu commune.
Il reviendra sur sa décision, au lendemain d’un séjour à Qom.
En 1992, suite à la liquidation par Israël de Abbas Mossawi, Hassan Nasrallah est nommé secrétaire général du mouvement. Avec l’assistance de son patron iranien et, ensuite, de son grand admirateur le président syrien Bachar El Assad, il transformera de fond en comble le mouvement qui jusqu’à lors ne déteignait pas dans le paysage libanais : création d’un quartier général dans la banlieue sud de Beyrouth, multiplication des centres de commandements, de camps d’entraînement aussi bien sur place qu’à l’étranger, mise en place de systèmes de communication et d’écoute sophistiqués, et, après le retrait israélien en mai 2000, construction de réseaux de bunkers, de tranchées, de tunnels, dotation des militants en armes tels fusils d’assaut, RPG, grenades de divers types et autres jouets sans oublier l’acquisition (gratuite) de plus de 11000 roquettes de portées diverses, faisant ainsi planer une menace continuelle sur l’ensemble du nord d’Israël.
L’homme témoignera aussi d’une insensibilité totale à la douleur des autres, surtout israélienne. Il jouera au chat et à la souris avec les nerfs des parents de soldats enlevés, laissant planer un flou sur leur état : en bonne santé, malades, blessés, morts… Hassan Nasrallah se révèlera aussi un manipulateur de première force sur le plan de la communication.
On lui doit l’invention de la guerre en directe. C’est-à-dire que ses miliciens sont équipés également de caméras qui diffusent, en direct, toute attaque contre une position israélienne. Des images qui font le tour des télévisions arabes, qui repassent en boucle sur la télévision du mouvement et contribuent, ainsi, à asseoir sa réputation de combattant invincible.
Autre tournant imprimé au mouvement : la participation aux consultations électorales, après avoir reçu le feu vert de l’Ayatollah Hamani. Une décision qui l’a quelque peu brouillé avec Cheikh Fadlallah, qui encaisse mal cette dépendance à une autorité spirituelle étrangère. Une dépendance qui place également le Hezbollah en porte-à-faux par rapport à l’Etat libanais.
Les intérêts bien compris de l’Iran et de la Syrie, en effet, ne coïncident pas forcément avec ceux du Liban. Aussi, ses provocations répétées vis-à-vis d’Israël, provoquant des ripostes ponctuelles musclées, sans tenir compte des autorités libanaise en place, ont peu à peu modifié son image de marque au sein de la société libanaise.
L’homme n’est plus adulé comme au temps de la présence israélienne dans le sud ou au lendemain du retrait de celle-ci. En quelque sorte, le résistant est devenu gênant.
Aujourd’hui, Hassan Nasrallah vit isolé, dans l’un des multiples sièges de l’organisation dissimulés dans le sud de Beyrouth et dont le principal se trouve dans le quartier de Dahie, occupant le rez-de-chaussée d’un immeuble de 12 étages dont les autres locataires lui font un rempart humain.
Paradoxe : il souhaite mourir en martyr, de préférence de la main des israéliens, mais il déploie un luxe de précautions pour échapper à toute atteinte à sa personne. Sa confiance est attribuée avec parcimonie. Trois collaborateurs principaux l’assistent : Naïm Kassem, son bras droit, Haj Hussein Halili, son conseiller politique et Imad Moranieh, le chef des opérations.
Hassan Nasrallah s’est également doté d’un organisme dit ” Conseil Hashoura ” composé de 10 dignitaires religieux chiites, deux iraniens, des délégués des différents secteurs et groupes armés. Mais à l’évidence, s’il les écoute, c’est bien seul qu’il décide des opérations à entreprendre.
Ses apparitions publiques sont rares. Et surtout, signe d’un agacement certain, ses discours ont perdu de leur cohérence, de leur civilité. Un exemple, il n’y a guère, après la liquidation de son chargé de relations avec les organisations palestiniennes, Hassan Nasrallah s’est livré à une diatribe anti-israélienne dans laquelle il a révélé ce qui était encore considéré comme un secret, à savoir l’assistance militaire et financière fournie aux mouvements extrémistes palestiniens.
La baudruche serait-elle en passe de se dégonfler? C’est la question que se pose de nombreux experts israéliens. Ce n’est pas évident toutefois, si l’on suit son intervention télévisée de tout à l’heure ( samedi 29 juillet, 19h) où il a chanté victoire, enjoignant au peuple libanais de ne pas céder aux sirènes des infidèles. Il est une autre question qui intrigue : qu’est ce qui fait vraiment courir Hassan Nasrallah.
La seule haine d’Israël, conjuguée à celle de ses fournisseurs iraniens et syriens? Peut-être! Mais à condition de ne pas la confondre avec celle qui fut le propre d’Hitler et qui est encore le moteur d’antisémites, de droite comme de gauche, catholiques ou protestants.
Il s’agit d’une conviction intime, basée sur les écrits de Sayeb Qouttoub, cet égyptien pendu en 1956 au Caire par Nasser, et qui a jeté les bases de l’intégrisme musulman, lequel anime depuis lors le terrorisme sunnite et chiite.
Dans cette cité d’Allah brossée par Qouttoub, il n’y a pas de place pour une entité politique indépendante autre que musulmane. En ce sens, la présence de l’Etat d’Israël est considérée comme une insulte à Allah. Il s’agit donc d’une haine consubstantielle à la foi. Hassan Nasrallah est disposé à accepter le juif, le chrétien, ou le druze, mais uniquement en tant que citoyen de seconde zone.
C’est pour cela que je suis convaincu que son affaiblissement est nécessaire, mais que seul, il sera dénué de toute valeur à long terme. D’autre mesures devront intervenir pour garantir l’intégrité du territoire libanais par, d’une part, une modification radicale de la donne politique et, d’autre part, l’assèchement de l’approvisionnement en armes et argent du Hezbollah par des agents extérieurs.
Sans oublier, une lutte accrue contre le terrorisme intégriste islamique. Mais c’est là une autre histoire.-