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Lettre d'actualité, avec un apport de symbolisme, et de spiritualité, accés le plus souvent sur un axe Moyen- Orient, Europe, et Amérique du Nord.

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Papa, "Ecris-leur qu’on fait un bon boulot ici.... Avec les moyens du bord Par Jean Tsadik Autorisation de diffusion à la Chaîne d'Union N° : MBR33666080806JT

Avec les moyens du bord

Par Jean Tsadik

nasrallah
© Metula News Agency






Nasrallah, Ilan et ses potes sont en route pour vous voir

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Autorisation de diffusion à la Chaîne d'Union N° : MBR33666080806JT
 
 
 
 
Rectificatif :
 
Dans l’article de Stéphane Juffa du 5 août dernier, [L’Amérique, Israël et Turquoise II ?], une erreur s’est glissée. Il faut lire : « ... l’ancien ambassadeur de Paris à l’ONU, Jean-Bernard Mérimée, touchait le plus clair de ses émoluments directement des mains de Saddam Hussein... », et non Serge Boidevaix, à qui nous présentons nos excuses pour cette confusion.
 
 
 
 
Avec les moyens du bord
Par Jean Tsadik
© MetulaNewsAgency
 
Il n’est pas dans nos habitudes de nous plaindre et ce n’est pas au beau milieu de ce conflit sanglant et complexe que nous allons déroger à cette coutume. Ceci dit, il relève de notre probité professionnelle d’expliciter les limitations que nous rencontrons dans l’engagement que nous avons pris d’informer nos lecteurs de la façon la plus pointue et la plus à jour possible.
 
Depuis quatre jours, la liaison principale avec notre rédaction de Metula est coupée. Une Katioucha a sectionné la fibre optique, qui assure l’essentiel de notre communication, dans la région de Kiriat Shmona et les techniciens de Hot, la société qui nous loue ses services, n’est toujours pas parvenue à réparer les dégâts. L’une des causes de cette lenteur s’explique par les intenses bombardements de roquettes que subit Kiriat Shmona, et qui obligent les réparateurs à se réfugier dans les abris plusieurs fois par jour. C’est dire si la situation dans le chef-lieu du Doigt de la Galilée est difficile. Hier, la région a essuyé pas moins de 87 roquettes. Les destructions causées sont visibles à l’œil nu : immeubles amputés de certains étages, impacts sur la chaussée et rues vides donnent aux rares passants un spectacle de désolation.
 
Et surtout, Kiriat Shmona est une cité encaissée entre deux chaînes de reliefs, les Monts de Nephtali et le Golan, elles-mêmes couvertes de forêts. Or ces bois sont en feu et la fumée termine de produire un aspect apocalyptique sur cette agglomération. Fumées si denses que de nombreux habitants et des soldats basés alentours ont dû être soignés pour intoxication au Centre de soins avancé de ce grand bourg.
 
Hier, dimanche, les lancers de Katiouchas étaient si denses, qu’une équipe de France-info qui était venue recueillir nos analyses s’est retrouvée dans l’incapacité de quitter l’abri de la Ména durant de longues heures. Quant à moi, qui demeure à Kfar Youval, à moins de cinq kilomètres de la rédaction à Metula, j’ai été empêché par l’armée de rejoindre ma rédaction jusqu’à ce matin. J’ai fini par imposer ma volonté, forçant mon passage vers Metula, tout en dénombrant déjà quatre Katiouchas s’écrasant à droite et à gauche de mon véhicule.
 
Dans l’immeuble de la rédaction, le moral demeure toutefois élevé, même si des impacts d’éclats sont repérables dans le crépi de la façade, que nos deux voitures montrent des perforations occasionnées par les mêmes shrapnels et que, sous l’effet des chocs répétés, l’intérieur du bâtiment, de même qu’une partie de nos systèmes électrique et électronique ont subi des préjudices superficiels.
 
La région où se situe notre rédaction est toujours régie par une ordonnance du général Oudi Adam, le commandant du front nord, qui y a déclaré le statut de "zone militaire fermée". Cette ordonnance limite encore un peu plus notre mobilité journalistique, surtout au niveau de la diffusion de nos reportages photographiques de proximité. Mais la plus grande de ces gênes demeure le problème du câble optique. C’est par son intermédiaire que nous entretenons nos communications cryptées avec nos camarades en poste dans les pays et territoires arabes. Stéphane Juffa, à force d’ingéniosité, est parvenu à converser, dimanche après-midi et ce matin, avec Michaël Béhé, ce qui nous a permis d’établir une synthèse interactive essentielle à la précision de nos informations avec Beyrouth.
 
Cet article est aussi pour moi l’occasion de prier nos lecteurs, une nouvelle fois, de s’abstenir de nous envoyer des messages électronique ne revêtant pas un caractère d’urgence absolue, car notre pourvoyeur Internet nous a annoncé que nous avions déjà plus de 5'000 messages en attente, qu’il nous faudra tous filtrer dès que les communications seront rétablies. Ceci ajoute à notre tâche un fardeau dont nous nous passerions bien.
Non que nous soyons insensibles à vos encouragements, mais leur place se situe sur le forum du site de la Ména (www.menapress.com), qui reste accessible à tous. Notre ordinateur central, qui héberge entre autres notre site et duquel partent nos articles, se situe à Haïfa et fonctionne parfaitement.
 
Une autre manière de nous manifester votre soutien consiste à mettre votre abonnement à jour, voire à souscrire un abonnement (AM) Amis de la Ména, ou encore à acheter des actions de notre société. Notre équipe remercie par ailleurs chaleureusement toutes celles et tous ceux qui ont déjà pris l’une ou l’autre de ces initiatives. Nous ne nous en cachons pas, cette guerre et notre emplacement géographique occasionnent des frais conséquents que nous n’avons d’autre choix que de couvrir.
 
Je viens d’interrompre la rédaction de ce papier durant dix minutes et, en compagnie de Stéphane Juffa, nous sommes descendus à l’abri. Nous disposons d’un récepteur électronique, branché directement sur le radar de détection des tirs de Katiouchas, qui nous avertit, en principe, quelque 20 secondes avant l’atterrissage d’une salve. Ce système, appelé "Aube rouge" (Shakhar Adom), est dérivé d’un système laser anti-Katiouchas dénommé Nautilus (pour plus d’informations consulter Nautilus sur le moteur de recherche de notre site, tout en bas, dans la colonne du Fil d’infos). Le projet Nautilus a malheureusement été interrompu pour des raisons budgétaires mais son composant radar est opérationnel. Pour vous faire partager notre quotidien, voici le message automatique qu’il nous a envoyé sur notre récepteur, accompagné d’une lumière rouge qui clignote et qui crie :
 
"2 :1) En raison de tirs de Katiouchas, vous êtes priés de descendre aux abris".
 
Si fait ! Et quelques secondes plus tard, on entend invariablement les « scratch » très reconnaissables des chutes de ces roquettes. Il est maintenant 11h 17, depuis l’interruption de mon travail que j’ai mentionnée quelques lignes plus haut, Juffa et moi sommes déjà descendus 3 autres fois aux abris, suite à des avertissements successifs du radar.
 
Mon vaillant rédac-chef et vieux complice appelle sa femme sur son portable : elle est partie jusqu’à l’épicerie du Kibboutz de Hagoshrim, à une douzaine de kilomètres d’ici, pour acheter des provisions. Elle est accompagnée dans sa tâche par Charles-Emmanuel Guérin, un ancien des forces spéciales françaises, du village de Longuenesse, dans le Pas de Calais. Charles-Emmanuel, un proche de l’agence, s’est porté volontaire pour nous donner un coup de main et il a fait montre d’une tenue remarquable au feu. Avec Sarah Juffa, ils ont été confinés dans l’abri de la supérette sitôt leur arrivée. Ouf !
 

Ils s’y trouvent toujours à 11h 40. Nous en sommes déjà à notre huitième salve de roquettes. Toutes, pour l’instant, ont survolé Metula, laissant échapperderrière elles leur bruit strident caractéristique, et se sont écrasées en un lieu qu’il m’est interdit de vous communiquer. On ne va tout de même pas renseigner les artilleurs du Hezbollah !
 
 
Les canonniers d’Israël sont loin d’être en reste, et ils visent les aires de lancement dès qu’une roquette a été repérée. Ils tirent de derrière chez nous, plus au sud, si bien que les projectiles se croisent sur la Ména et je vous assure qu’il ne s’agit pas d’une charmante rencontre.
 
9ème salve. Juffa et moi ne nous entendons plus… Pas grave, même s’il semble qu’il s’agisse du matin du jour le plus dur de ce conflit. La situation fait sourire Juffa qui se tient l’oreille droite pour me signifier que ça "pète fort". Je lui rends son sourire pour lui faire savoir que je l’avais aussi remarqué…
 
10ème alerte. On reste dans la salle de rédac, sinon je ne finirai jamais cet article.
 
Maintenant les sirènes de Metula s’y sont mises. Irritant !
 
Quelques mots sur Sarah Juffa : elle fait partie de l’équipe médicale qui a reçu les blessés du drame de Kfar Giladi, hier après-midi. Dans la petite salle de traitement de leur unité médicale avancée, avec sa consœur Orna, elle aussi infirmière urgentiste, les docteurs Robert Kostenband, Abdel Gani Souhil (chef du Centre), Samikh et Koren [1], ils y sont allés de tout leur cœur et de tout leur art pour stabiliser l’état des blessés. Ce matin, ils sont encore sous le choc. Sarah n’a pas réussi à fermer l’œil de la nuit, elle a le teint d’un spectre. Robert a appelé son ami Stéphane Juffa, juste pour parler, pour se décharger un peu de son sentiment mélangé d’horreur et d’impuissance. Il lui a dit : "Cela ne ressemblait plus à un hôpital mais à un abattoir. Il y avait des mares de sang partout.".
 
Sacrée équipe. Nombre de la trentaine de blessés lui doivent assurément la vie.
 
Hier soir, j’ai reçu un nouvel appel de mon fils Ilan, de quelque part au Liban, selon la formule consacrée. Avec ses 350 hommes, il piaffe d’impatience dans l’attente du OK du cabinet pour pousser jusqu’au parallèle du Litani. Son optimisme est revigorant.
Il m’a dit à votre endroit : "Ecris-leur qu’on fait un bon boulot ici.
 Que ce ne sont pas les mêmes Hezbollani qui combattent et ceux qui lancent les roquettes.
Au niveau des affrontements, on (l’armée)en a déjà liquidé au moins 700 et il n’en reste pas plus d'une centaine, qui se cachent, se terrent et s’accrochent.
Ceux qui tirent, le font depuis des balcons d’immeubles, surtout à Tyr, dont ils ont préalablement empêché les habitants de fuir vers le nord.
Les balcons ou les parkings ; ils veulent des images d’un nouveau Kfar Kana. Ils veulent nous obliger à choisir entre la vie de nos civils à Haïfa et celle des leurs. Il n’y a pas de rapport entre les combats et les Katiouchas. Je leur raconterai tout, après… Dis-leur papa s’il te plaît, je dois raccrocher".
 
 
Dernière minute, de la Rédaction ( 15h 20 locales) :
 
Le vœu d’Ilan et de ses hommes est exaucé : le ministre de la défense, M. Amir Peretz, a ordonné à Tsahal de s’emparer de toutes les portions du territoire libanais à partir desquelles le Hezbollah tire des Katiouchas sur les populations civiles israéliennes.
 
 
Note :
 
[1] J’ai omis de mentionner les noms de famille de ceux de ces amis toubibs que j’ignore, les ayant toujours appelés par leur prénom.
 Et je ne veux pas déranger leur repos pour si peu. 
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