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Lettre d'actualité, avec un apport de symbolisme, et de spiritualité, accés le plus souvent sur un axe Moyen- Orient, Europe, et Amérique du Nord.

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L’Amérique, Israël et Turquoise II ? Autorisation de diffusion à la Chaine d'Union N° : PST22501080806SJ

 


L’Amérique, Israël et Turquoise II ?

Par Stéphane Juffa

© Metula News Agency

 

 
phalanges
© Metula News Agency

...tout étudiant en science politique, à la fin de son premier trimestre de cours, pourrait expliquer à Chirac que l’intérêt d’Israël, sur sa frontière nord, réside dans le fait d’y voir s’établir un pays démocratique, fort et prospère, contrôlant ce qui se passe sur son territoire, avec lequel il ne songe qu’à vivre en paix.
 
Autorisation de diffusion à la Chaine d'Union N° : PST22501080806SJ

 Alors que l’on attend pour dimanche matin la décision du cabinet israélien relative au choix de poursuivre ou pas l’offensive militaire en cours jusqu’au fleuve Litani, sur toute sa longueur, les contacts diplomatiques vont bon train à Washington. Aux avant-postes de ces pourparlers, les ambassadeurs de France et des Etats-Unis auprès des Nations Unies.

Le sujet : l’envoi de forces d’intervention au Liban afin de mettre un terme à la crise.

Les éléments de la discussion : le mandat de ces troupes, leur composition, le rôle de la France et la séquence d’intervention souhaitable, à savoir s’il faut envoyer le corps expéditionnaire international avant la cessation des hostilités et l’établissement d’un consensus politique ou après.

 

Tandis que le canon ne cesse de tonner tout autour de nous, et que les roquettes pleuvent sur le nord d’Israël, avec une telle densité que l’une d’entre elles a coupé la fibre optique qui reliait la Ména à ses lecteurs, ces discussions, vues d’ici, revêtent un aspect lointain.

Ce samedi matin, Tsahal occupe une bande de six à dix kilomètres au nord de sa frontière et ses soldats sont très affairés à nettoyer cette zone des dizaines de miliciens intégristes qui s’y cachent encore. D’autres militaires fourbissent leurs armes pour se tenir prêts à exécuter l’éventuelle décision politique d’étendre la zone de sécurité existante.

 

Ce qui plaide en faveur de la poursuite du déploiement terrestre, c’est la constatation que 80 % des roquettes du Hezbollah sont tirées du sud du Litani et que plus l’on repoussera les Fous de Dieu vers leur hôpitaux psychiatriques situés dans la banlieue sud de Beyrouth et plus cela contribuera à réduire la quantité de projectiles qui s’abattent sur la Galilée. Hier, vendredi, il en est tombé environ 220, et ils ont encore tué des civils que Tsahal a le devoir de protéger.

 

Mais ce qui divise aussi bien les ministres que les membres de l’état-major, c’est l’observation, connue à l’avance, que la nouvelle progression prévue ne mettra pas un terme hermétique à la pluie de Katiouchas qui arrose Israël. Alors on craint, à Jérusalem, de se laisser à nouveau prendre dans l’aspirateur libanais. On craint qu’après le Litani, il faille, en fonction des mêmes impératifs militaires, avancer sur le fleuve Awali, puis sur Beyrouth, sans savoir si on ne s’embarque pas pour un voyage sanglant dont la trajectoire passe par Damas et même Téhéran.

 

Et on touche là aux confins de l’équation au sein de laquelle Olmert et Bush voient les priorités de façon identique. Le président américain désirerait ardemment que Tsahal ne se concentre pas uniquement sur les affidés de Béchar Al-Assad mais règle également son compte à leur patron. Quant au 1er ministre de l’Etat hébreu, s’il partage le constat que l’un des deux bastions principaux des maux qui accablent son pays se situe effectivement en Syrie, il refuse que notre petit Etat interprète sans cesse la partition du méchant gendarme de l’Occident. Combattre le régime alaouite de Damas, certes, mais en tant qu’allié de Washington et de Londres, à leurs côtés mais pas à leur place…

 

Et c’est sur ce point que butte l’entente parfaite entre la Maison Blanche et la Knesset. Sur les bords du Potomac, on adorerait qu’Israël flanque la raclée, qu’il mérite largement, à l’oculiste damascène. L’Amérique, haïssant son régime, qui pourvoit à plus de 70 % de la fourniture de la main d’œuvre et des moyens terroristes qui coûtent au nouvel Irak soixante morts par jour, identifie la Syrie comme sa cible principale. Jérusalem partage évidemment ce sentiment, constatant, de plus, que c’est Damas qui arme et dirige le Hezbollah, de même que le Hamas et les autres organisations terroristes palestiniennes.

 

Reste qu’au goût d’Israël, la politique de George W. Bush est confuse au Proche-Orient, que ses paroles sont très éloignées de ses actes, que ces derniers participent, le plus souvent, d’improvisations stratégiques que Jérusalem n’a pas les moyens d’affronter et qu’enfin, l’Administration washingtonienne est un véritable nid de serpents et d’intrigues, qu’Israël n’a ni la vocation ni la capacité de démêler. Entre le président qui hurle au téléphone à Olmert "rentrez-leur dedans, je suis derrière vous à 100 % !", le bureau du vice-président, qui affirme à qui veut bien l’entendre, que les intérêts des USA et d’Israël sont en tous points identiques et Condoleezza Rice, qui est à la veille d’introduire au Proche-Orient un contingent armé du plus grand adversaire occidental de la doctrine bushienne, Jérusalem n’a pas envie de faire le tri.

 

Au gouvernement et à l’état-major de Tsahal, on partage l’envie symétrique de fesser le fils de p. de Damas, mais, à moins qu’il commette un faux pas militaire qui ne nous laisserait pas le choix, on préfère s’accommoder de sa présence. Ce, aussi longtemps que les donneurs de conseils de la capitale US, de Londres et même de Berlin, n’auront pas pris eux-mêmes l’initiative de renverser le régime népotique, obsolète, dictatorial et, pour tout dire, néfaste des Al-Assad et qu’ils s’impliquent à fond à lui constituer une alternative décente et crédible.

 

Car, à Jérusalem, on considère la question syrienne comme une fable de La Fontaine : l’Amérique est un éléphant, Israël un chien de l’ordre de grandeur de Taz, la Syrie une araignée de taille moyenne, quelque peu venimeuse et les organisations terroristes qu’elle arme et dont elle abrite les chefs, des moucherons et des moustiques. Lors, si Taz mange l’araignée ou si Jumbo l’écrase, qui donc arrêtera la multiplication des insectes ? La morale de cette histoire, c’est qu’il est préférable de subir une mygale dont on connaît l’emplacement de la toile et la manière de s’en débarrasser que d’avoir affaire à une épizootie d’insectes qui oblige les boxers à courir dans tous les sens.

 

Lorsque je parlais plus haut des improvisations américaines, c’est, entre autres, à cette allégorie que je pensais. Que Washington propose une solution bien construite de remplacement des Al-Assad et nous nous chargerons de l’envoyer, avec son régime de barbouzes, au paradis des alaouites, mais avant cela, sans cela, que nos amis américains s’enferrent tout seuls. Cela fait des années que l’opposition syrienne démocratique fait la cour à la Maison Blanche et l’Administration n’a toujours pas entrepris de la fédérer, de la transformer en une instance cohérente qui, le cas échéant, serait capable d’assumer la vacance du pouvoir à Damas, et de mener un pays, aussi vaste et aux composantes aussi complexes, sur le chemin de la démocratie.    

 

Faute d’un plan solide et minutieux, le renversement de l’araignée ne conduirait pas seulement à une chienlit identique à celle qui sévit en Mésopotamie, ce serait encore bien pire que cela. Pour qui connaît quelque peu l’histoire contemporaine de la Syrie et ses composants ethniques et religieux, aussi naturellement agités que traditionnellement ambitieux, avant d’avoir construit une solution de rechange à la dynastie assadienne, il faudrait voir à les stipendier pour le travail de gendarmerie qu’elle réalise.

 

Comment, aussi, voudriez-vous qu’à Jérusalem, mais également dans toutes les autres capitales de la planète qui ont, ces jours-ci, le nez collé sur les événements qui se déroulent dans les environs de Metula, on prenne au sérieux une administration qui s’apprête à envoyer au Moyen-Orient des légionnaires français ? Une inconséquence qui donne la nausée à John Bolton, l’ambassadeur émérite de George Bush à Manhattan, cela se voit sur ses moustaches.

 

Et il ne s’agit pas uniquement de laisser se déployer les mercenaires dévoyés d’un pays dont l’élite oligarque ainsi que l’intelligentsia ont les Etats-Unis en parfaite horreur ; d’une Chiraquie, qui a soutenu Saddam Hussein à bout de bras, et qui persiste à nommer "résistants" l’engeance qui massacre des milliers de civils par mois et des dizaines de soldats de la coalition à Bagdad ; d’un pouvoir corrompu jusqu’à l’os – faut-il rappeler à Condi que l’ancien ambassadeur de Paris à l’ONU, Serge Boidevaix, touchait le plus clair de ses émoluments directement des mains de Saddam Hussein, et qu’il n’est, en aucune manière, inquiété par la justice de son pays pour cette conduite inénarrable ?

 

Il ne s’agit pas uniquement, pour les USA, d’accepter cette inconséquence, mais en plus, d’œuvrer, en favorisant l’adoption par le Conseil de Sécurité d’une résolution qui consacrera l’envoi de la Légion, en l’enrobant du titre indécent, en ce qui la concerne, de Force de paix mandatée par la communauté internationale.

 

George Bush serait-il tombé sur la tête ? En tous cas, l’adoption d’une telle résolution sonnerait le glas de la campagne contre le terrorisme et pour la démocratisation du Proche-Orient dont le président US nous rebat les oreilles depuis septembre 2001. Car, qui d’autre que le Hezbollah a-t-il besoin d’un cessez-le-feu pour éviter sa complète dislocation et l’anéantissement de son arsenal de mort ? Je ne vois que l’Iran et la Syrie !

 

Les dirigeants de quelque Etat sérieux s’imagineraient-ils qu’Israël convoiterait l’annexion de territoires libanais ? Ou que, comme le déclarait Jacques Chirac-Dagobert 1er, le roi élu des Français, l’Etat hébreu aurait l’intention de "détruire entièrement" le pays des cèdres ?

 

Foutaise !

 

Et quelles raisons se dissimuleraient derrière cet embryon de considération politique du locataire en fin de bail du palais de l’Elysée, si ce n’était la conception que la nation d’Israël prendrait du plaisir à maltraiter et à humilier ses voisins… alors qu’au contraire, tout étudiant en science politique, à la fin de son premier trimestre de cours, pourrait expliquer à Chirac que l’intérêt d’Israël, sur sa frontière nord, réside dans le fait d’y voir s’établir un pays démocratique, fort et prospère, contrôlant ce qui se passe sur son territoire, avec lequel il ne songe qu’à vivre en paix. Sont-ce les dictatures obscures, pauvres et bellicistes qui manquent dans l’environnement d’Israël, ou les systèmes avec lesquels il est loisible de concevoir des projets d’avenir ?

 

Si le Liban, à la faveur de cette guerre, parvient à se débarrasser de la présence intégriste, de l’influence armée de l’Iran, de la mainmise syrienne, c’aura été à la faveur de l’intervention de Tsahal, et du sacrifice de nos morts civils et militaires. Posez cette question à n’importe quel Libanais serein et de bonne foi, il vous le confirmera sans hésitation.

 

La France, cependant, entend s’approprier à moindres frais les bénéfices pour les Libanais de notre dévouement. A vouloir s’ériger en barrage contre ceux qui ne vous veulent aucun mal, on dissimule forcément des intentions inavouables. Et que personne n’essaie même de me raconter qu’Israël a détruit le Liban, si je survis aux Katiouchas ce n’est pas pour mourir de rire ! Tsahal a uniquement frappé les régions dans lesquelles les sicaires au service de la République Islamique d’Iran avaient instauré, par la force, un Etat dans l’Etat libanais, qui s’occupait uniquement à vider le concept de sa souveraineté de toute substance.

 

Et les dommages nécessaires – pour empêcher que soient acheminés les renforts et les munitions aux séides d’Ahmadinejad – aux infrastructures de transport libanaises ne constituent que le salaire minimum qu’auront à payer les Libanais pour donner un sens à leur indépendance. Chirac et Bouygues ne peuvent d’ailleurs que s’en frotter les mains, eux qui ont très largement bénéficié du premier projet de "reconstruction" qu’avait établi leur partenaire feu Rafic Hariri. Un Hariri, cumulant sans état d’âme les fonctions de 1er ministre et de PDG de Solidère, la plus grande entreprise de travaux publics libanaise ; fantoche au service absolu de l’occupant syrien, devenu martyr, symbole de liberté, lorsque ses patrons, irrités par ses velléités d’émancipation inattendues, décidèrent de se débarrasser de lui. Ces partenères, archétypes moraux de ceux qui se soucient du bien-être du peuple libanais, lui ont par ailleurs laissé une dette de 40 milliards de dollars, qu’en dix mille ans, il n’aura pas la capacité de combler… Une dette qui, faisons-leur confiance, va bientôt se remettre à enfler.

 

Difficile de concilier mentalement la croisade que mène George Bush contre la dotation de l’Iran en armes nucléaires avec l’accord qu’il pourrait donner à la France de conduire la force internationale d’intervention. Douste-Blazy, l’exécuteur des ordres de Chirac au Quai d’Orsay, n’a-t-il pas proclamé, la semaine dernière, que Téhéran constituait un pouvoir stabilisateur dans la région ? Personne ne lui a donc expliqué, depuis sa visite hystérique au Mémorial de Yad Vashem, que l’Angleterre n’avait jamais subi l’occupation de l’armée nazie ? Et que l’homme a déjà marché sur la lune ?

 

France ou pas France, il n’est pas nécessaire d’être analyste stratégique à la Ména pour saisir que, si force internationale d’intervention il devait y avoir, si on ne veut pas qu’elle ne serve qu’à préparer la prochaine guerre, son mandat doit être calqué sur la résolution 1559 du Conseil de sécurité de l’ONU. En d’autres termes, si la communauté internationale s’en mêle sur le terrain, elle doit permettre au gouvernement libanais de prendre l’entier contrôle de son pays. Cela inclut, obligatoirement, outre le fait d’aider l’armée de Beyrouth à se déployer à la frontière, la tâche de désarmer toutes les milices qui minent l’autorité légitime du Liban sur son sol. Cela implique le désarmement total du Hezbollah et la destruction de son stock de missiles ainsi que l’établissement d’un contrôle efficace, tout le long de la frontière syrienne – seul Etat limitrophe du Liban avec Israël – , visant à empêcher la contrebande d’armes et de terroristes en direction du Liban. Une discipline dans laquelle Damas excelle, comme elle en fait la démonstration quotidienne sur sa frontière iraquienne.

 

Or, Paris l’a déjà fait savoir, pas question pour ses hommes d’exécuter toutes les provisions de la résolution onusienne 1559. Pas question, par exemple, de désarmer le Hezbollah, ce qui fait craindre que le carnet de route des légionnaires mandés par Chirac ne soit, dans les faits, que la copie-collée des conditions présentées par les intégristes pour obtenir un cessez-le-feu.

 

Et il y a grand danger à voir se réaliser ce plan Turquoise II. Il recèle en effet le péril d’un affrontement armé entre des soldats portant l’uniforme français et des militaires de Tsahal. De la science-fiction ? Une hypothèse extrême ?

 

Non.

 

La force d’intervention internationale, d’après ce qui à filtré des discussions la concernant, se bornerait à remplacer l’armée israélienne dans la région qu’elle occupe au Liban-Sud. Mais cette occupation, dans ses limites géographiques actuelles, n’empêche nullement les intégristes de déverser leurs roquettes sur le nord d’Israël, pas plus qu’elle n’oblitère leur capacité à tirer des projectiles de 100 kg jusqu’à 50 kilomètres au nord de Tel-Aviv. Et c’est encore sans compter avec l’hypothèse qui permettrait aux Iraniens de faire lancer des missiles balistiques de 250 km de rayon d’action, qui pourraient, en théorie du moins, toucher les installations nucléaires d’Israël…

 

Connaissant quelque peu le Hezbollah et ses sponsors pour les fréquenter depuis un certain nombre d’années, je puis vous assurer que ses leaders n’hésiteront pas à se servir des Français comme de boucliers humains aux qualités nettement supérieures à celles présentées par les civils libanais, derrière lesquels ils se cachent d’habitude.

 

Et que fera Israël ? S’il s’agit de tirs de roquettes épars, elle se contentera d’élever des protestations par voie diplomatique. Mais s’il devait à nouveau pleuvoir des projectiles par centaines, il faudra bien, et cela relèvera alors d’un souci d’ordre stratégique objectif, frapper les agresseurs : au-dessus et vraisemblablement aussi, dans les zones contrôlées par la force internationale. Pas besoin d’être grand druide pour entrevoir alors les risques d’une telle conjoncture… Cela fait depuis la seconde guerre mondiale que des Français en uniforme n’ont pas fait usage de leurs armes contre des Juifs. Et l’intelligence voudrait – car il faudrait être dément pour souhaiter semblable confrontation ou ne pas prendre les précautions pour qu’elle ne puisse pas se produire ! – que toutes les mesures soient prises, y compris le renoncement du déploiement de légionnaires tricolores à proximité d’Israël, pour désamorcer cette menace avant qu’il ne soit trop tard.

 

Pour la petite histoire, il me faut rappeler que la dernière fois qu’une force française avait fait le coup de feu sur la plaine du Merjin, qui s’étend au pied de notre maison, ce fut, en 1943, pour décimer une armée de soldats britanniques et néo-zélandais qui venait prendre possession du Liban sous régime vichyste. En une seule journée d’affrontements, les forces régulières françaises anéantirent quelques 2'500 soldats alliés, qui ne s’attendaient certes pas à un pareil accueil ! Ce fut par ailleurs le seul "succès" à 100 % français lors du dernier conflit mondial…

 

D’autre part, Chirac a vraiment la mémoire courte, lui qui refuse de considérer la dichotomie pourtant incontournable du conflit global faisant rage entre les Etats occidentaux démocratiques et laïques et les armées servant la terreur hégémoniste islamiste. Il m’appartient alors d’informer le président français du fait que le commandant en chef du Hezbollah dans le Liban-Sud, celui qui affronte les forces de Tsahal, n’est autre que Imad Mouraouiya. Mouraouiya est cet islamiste d’origine palestinienne qui a imaginé, conçu et réalisé l’attaque contre l’immeuble le Drakkar à Beyrouth, une agression qui a occasionné la mort de 52 parachutistes français.

 

Je préfère ne pas imaginer le sentiment des familles de ces serviteurs de la France, lorsqu’elles apprendront que leur gouvernement se dépense sans compter pour se voir décerner une mission qui seule peut sauver la peau de l’assassin du Drakkar. Est-on en présence, à nouveau, de l’insondable spécificité française ou, plus prosaïquement, d’un manque absolu d’honneur et de respect de la part du pouvoir chiraquien pour ses propres morts ? Je ne répondrai pas à cette question en lieu et place du lecteur. Ce que je peux affirmer, cependant, c’est que je doute que beaucoup d’habitants de l’Hexagone aient été informés par leurs media généralistes de l’identité de Mouraouiya, de son passé et du rôle qu’il remplit dans la guerre actuelle.

 

D’un point de vue stratégique, Turquoise II est une mauvaise solution. Je ne parviens pas à trouver la moindre raison sensée qui justifierait que l’on mette un terme à l’offensive israélienne, jusqu’à ce qu’elle ait débarrassé la communauté internationale, à commencer par Israël et le Liban, de la présence iranienne par procuration dans cette partie du globe.

 

D’autre part, je suis persuadé que le monde ne connaît bien qu’une seule situation entre deux Etats voisins : la guerre ou la paix. Qu’est-ce donc que cette relation du troisième type que l’on veut imposer ici sous l’appellation de solution de non agression durable ? Une nouveauté ? L’a-t-on expérimentée ailleurs ? Combien d’heures, de jours a-t-elle tenu ?

 

Le temps est venu de cesser de faire n’importe quoi. Il est nécessaire de laisser Tsahal terminer la mission sacrée – en termes d’intérêt stratégique occidental – qu’il a entreprise, et, ensuite, la tâche des pays amis et responsables consistera à accompagner les gouvernements de Beyrouth et de Jérusalem à la table de négociation, et à ne pas les lâcher d’une semelle avant qu’il n’aient conclu un accord de paix exhaustif et applicable. C’est à ce prix et sans rabais envisageable, que les populations des deux pays pourront dormir tranquilles. C’est aussi ici l’endroit de rappeler à nos lecteurs que les deux Etats n’entretiennent aucun différend majeur, que le conflit actuel ne les oppose pas et qu’un traité de paix existe déjà entre eux. Un bon traité, qu’il suffirait de dépoussiérer et d’appliquer, moyennant le déplacement de quelques virgules [lire le traité].

 

Cela vaudrait infiniment mieux que de disposer sur le terrain une force accusée, au Tribunal des Armées de Paris, du crime de génocide pour de son dernier déploiement au nom de l’ONU. Le monde a été témoin, au Rwanda, de l’efficacité des Zones Humanitaires Sûres lorsque établies sous l’égide des légionnaires français. Et de l’impartialité saisissante avec laquelle Paris les gérait.

 

Aujourd’hui, la France est un pays arabisant, entretenant des relations au moins inamicales avec l’un des belligérants, soumis, de plus, au Liban, aux innombrables combines liant la famille Hariri au président Jacques Chirac. Un pays dirigé par un président qui affirme qu’Israël veut anéantir le Liban, que le Hezbollah n’est pas une organisation terroriste, que le fait d’appeler à l’éradication d’Israël procède d’un rôle stabilisateur, que les terroristes qui mettent Bagdad à feu et à sang sont des résistants, et que ceux qui se font sauter dans les autobus de Jérusalem sont des activistes.

 

Il y a plus que danger de voir le ramassis de voyous et de criminels à la solde de ce gouvernement, qu’on appelle Légion Etrangère, se déployer à la frontière israélienne : il y a inutilité stratégique ! Que ceux qui, comme moi, n’ont aucune hâte de savoir quel char du Merkava ou du Leclerc possède les meilleures qualités lors d’un affrontement direct, lisent correctement les lignes qui précèdent. Que le président Bush ne solde pas sa vision d’un Moyen-Orient différent et démocratique. Quels que soient ses faiblesses et ses mérites, elle constitue l’unique espoir de cette région et de ses habitants. Qu’Ehoud Olmert étudie un peu mieux qu’il ne l’a fait jusqu’à présent les annales du post-gaullisme et du chiraquisme avant de l’installer, armé, à notre porte.

 

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