Lettre d'actualité, avec un apport de symbolisme, et de spiritualité, accés le plus souvent sur un axe Moyen- Orient, Europe, et Amérique du Nord.
Pendant que Tsahal s’apprête enfin, après y avoir été autorisée hier, à engager l’opération de grande envergure qui est sa dernière chance de remporter une victoire décisive sur les islamo-fascistes, les puissances réunies au siège des Nations Unies à New York s’échinent à se mettre d’accord sur les termes de la résolution du Conseil de sécurité qui marquera officiellement, et pour la première fois de la guerre en cours, l’opinion de la prétendue « communauté internationale ».
Les deux principales puissances dans la préparation de ce texte sont, depuis une semaine, les Etats-Unis et la France. Dimanche, ces deux puissances étaient parvenues à un texte commun. Après une contre-proposition de la Ligue arabe déposée mardi, les deux Etats ont tous deux accepté de revoir le texte initial, mais ils sont en désaccord sur l’ampleur des modifications à apporter.
Quitte à décevoir ceux qui, des deux côtés de l’Atlantique, voient dans l’Amérique et la France deux principes fondamentalement opposés, les désaccords actuels ne portent pas sur l’essentiel mais sur des nuances, certes importantes, comme toutes les nuances diplomatiques. L’Amérique et la France sont toutes deux d’accord sur les principes : l’ONU doit envoyer un appel à l’arrêt des hostilités, avec une instruction particulière de modération en direction d’Israël. Cette instruction n’ira cependant pas jusqu’à demander, comme l’exigeaient les Arabes, un retrait immédiat des troupes israéliennes du Liban. La proposition libanaise d’envoyer 15.000 soldats pour contrôler le territoire du Sud Liban deviendra le centre de la résolution de l’ONU. Cette force libanaise recevra le soutien d’une force internationale, dans laquelle la France devrait jouer un rôle central.
Les désaccords portent principalement sur trois points : la date du retrait des troupes israéliennes (à l’arrivée de l’armée libanaise, comme le veulent les Français, ou au moment de l’arrivée de la force internationale, comme le veulent les Américains) ; la question de la continuité entre la force future et la FINUL actuelle : les Etats-Unis sont contre, la France est pour ; et la rédaction exacte de l’appel à l’arrêt des violences, notamment en direction d’Israël. Sur ce point, les Etats-Unis sont prêts à donner de la voix ― Bush l’a déjà fait hier en rappelant que les Etats-Unis ne « veulent pas d’escalade » ― tandis que les diplomates français n’avaient pas du tout l’intention d’exiger, comme la France l’avait d’abord fait, que la résolution provisionne un « cessez-le-feu immédiat », ce qui indiquerait, en pratique, que l’ONU demanderait aux Hébreux de se laisser canarder sans réagir.
Certes, Chirac a repris hier cette formule du « cessez-le-feu immédiat », que la France avait abandonnée la semaine dernière et que les Arabes ont revendiquée de nouveau mardi ; mais mes concitoyens ignoraient, après cette déclaration, s’il s’agissait d’une erreur du Président, d’un simple signe politique sans conséquence à l’intention du Liban et des Arabes, ou du signe avant-coureur d’une instruction destinée à tout saboter. Sauf dans ce dernier cas, toujours possible ― qu’on se rappelle seulement la crise de 2003, encore appelée par « la Grande Connerie » par la minorité saine du Quai d’Orsay ―, les deux puissances pourraient, en théorie, trouver un accord sans grande difficulté. Et si elles ne le font pas, elles ne pourront pas prétendre qu’elles s’étaient opposées sur des questions de principe : quand on rompt les négociations sur des nuances, c’est qu’il y a des raisons plus profondes de ne pas trouver un accord.

Bolton, La Sablière et Annan, hier, à l’ONU
D’où vient ce rapprochement entre deux pays que l’on présente généralement, parmi les démocraties, comme les deux pôles opposés de la diplomatie mondiale ? D’un rapprochement momentané des intérêts nationaux, mais aussi, plus profondément, d’une nouvelle prise de conscience des limites de la diplomatie dans notre époque de guerre.
D’abord, le rapprochement momentané des intérêts. Les Etats-Unis veulent la sécurité d’Israël, allié stratégique, source de renseignements et d’influence au Moyen-Orient, et objet d’admiration et d’affection pour une majorité des électeurs américains. Ils veulent aussi affaiblir l’Iran, ennemi stratégique déclaré des Etats-Unis, qui annonce méthodiquement depuis un quart de siècle une guerre mondiale contre le « Grand Satan » et veut à présent nucléariser sa haine primitive des Américains.
Les Français, quant à eux, veulent nuire au régime syrien et libérer le Liban de son influence. C’est naturellement une ambition moins large, à l’échelle de la différence de puissance entre les deux pays ; mais c’est aussi la motivation sincère de Jacques Chirac. Cette détermination du Président, dans un système politique où il n’y a aucun contre-pouvoir en politique étrangère, anime l’ensemble du corps diplomatique. Chirac n’est pas profondément attaché à la sécurité d’Israël. Il ne veut pas provoquer l’Iran, par peur que la France ne remonte un peu plus haut dans la liste des « infidèles » sur lesquelles les mollahs lâchent leurs filiales terroristes ; c’est ce qui explique la rencontre humiliante, la semaine dernière, entre le ministre français Douste-Blazy et son homologue jihadiste Manouchehr Mottaki [1]. Mais il veut sincèrement libérer le Liban de toute influence syrienne. Idéalement ― et c’est bien pour cela que la France s’est proposée pour prendre la direction de la future force internationale ― Chirac voudrait rétablir au Liban une influence française, non pour en refaire une colonie mais pour que la France puisse avoir, elle aussi, avec l’appui des hommes politiques libanais qui lui sont le plus favorables, un relais d’influence dans le Moyen-Orient.
Quoi qu’il en soit, les préoccupations françaises comme américaines ont la même conséquence : les deux puissances veulent désarmer le Hezbollah et renforcer le pouvoir du gouvernement libanais sur l’ensemble du pays. Ces objectifs exigent de ne pas humilier ce gouvernement dans les enceintes diplomatiques : d’où les gestes des uns et des autres pour montrer que l’on prend au sérieux les propositions arabes. Mais plus profondément, les deux pays savent aussi que les objectifs américains et français ne pourront pas être atteints si on ne laisse pas à Israël le temps de terminer le travail et de nettoyer le Sud-Liban des armes islamo-fascistes. Ce que les Français ne disent pas, mais que leur comportement démontre qu’ils l’ont bien compris, c’est la vérité suivante dont j’ai reconstitué les morceaux :
« Sans une nette défaite militaire du Hezb, il n’y aura ni influence française au Liban, ni affaiblissement de la Syrie, ni répit dans la préparation méthodique par l’Iran d’un Holocauste nucléaire. Sans défaite du Hezb, le Liban deviendra un satellite iranien et un nouvel avant-poste étatique du Jihad mondial. Or, une défaite du Hezbollah ne peut être obtenue qu’en laissant à Tsahal le temps d’agir ».
Car enfin, soyons sérieux. L’armée libanaise ? Elle est largement moins bien entraînée et moins bien armée que les islamo-fascistes ; elle contient trop de chiites amis du Hezb pour qu’on lui fasse la moindre confiance si on le lui opposait. Une force internationale ? Elle ne connaîtra pas le terrain, que les terroristes maîtrisent parfaitement ; et elle voudra, avant tout, éviter de se faire massacrer, comme les corps expéditionnaires US et français l’ont déjà été à Beyrouth, et déjà sur l’ordre de l’Iran, le 23 octobre 1983. Quoi qu’on dise aujourd’hui, il n’y a rigoureusement aucune chance que la Force désarme ou combatte le Hezb ; Je tiens pour une absolue certitude qu’elle détournerait les yeux si elle trouvait des preuves d’un réarmement intégriste ; et il est probable qu’elle accepterait bien volontiers de servir de bouclier humain à ces bêtes sauvages, plutôt que de devoir partir et renoncer aux paies confortables qui accompagnent ce genre de mission.
Il n’y a donc qu’une solution : laisser à Israël le temps de tuer, méthodiquement, les terroristes islamistes dans les innombrables trous où ils se cachent à travers le Liban. Ce n’est qu’après un tel effort, et une fois les Fous de Dieu désarmés et largement éliminés, qu’une force libanaise ou internationale pourra trouver le courage de boucler la frontière afin d’empêcher de nouvelles livraisons d’armes. Ce travail de nettoyage sera long, et il ne faut pas se cacher qu’il coûtera encore cher en vies israéliennes. Mais il est indispensable, pour que le Liban ait un autre destin que d’être un pion dans le jeu génocidaire des mollahs, qui préparent méthodiquement, chaque jour, la prochaine guerre mondiale.
Et voilà pourquoi la « communauté internationale »– Américains, Français, Européens, mais aussi certains Arabes qui ont bien compris la menace existentielle que représente, pour eux aussi, un Iran apocalyptique et bientôt nucléaire – semble si peu pressée, dans les couloirs de l’ONU, de voir Tsahal décamper du Sud-Liban. Voilà pourquoi ils se complaisent à se disputer sans fin sur des détails de rédaction et remettent toujours le vote à plus tard. Voilà pourquoi la France et les Etats-Unis, dont les positions sont pourtant proches, mettront sans doute bien plus longtemps que nécessaire à trouver un accord ; c’est autant de temps de gagné pour tuer du terroriste. Voilà pourquoi la résolution, si elle est finalement votée, ne demandera pas à Israël de se retirer avant un temps assez considérable. Voilà pourquoi on peut prédire, sans grand risque de se tromper, que l’événement qui devra entraîner ce retrait – que ce soit l’arrivée de troupes libanaises ou celle d’une force internationale – s’enlisera, comme par hasard, dans des retards bureaucratiques innombrables. Il s’agit de laisser à Israël le temps de faire seul, une fois de plus, le travail de la civilisation contre les barbares. La civilisation, bien sûr, ne dira pas merci.
Il y a trois ans, au moment de la guerre en Irak, certains diplomates – les Français en premier lieu – avaient cru que leur art de la palabre, de l’argumentation spécieuse et du sophisme juridique devait remplacer l’âpre réalité des rapports de force, de la volonté de pouvoir et des haines primordiales qui divisent l’humanité. Trois ans plus tard, la montée de la menace iranienne sur le monde a donné aux diplomates un sens plus exact de leur rôle. Ils ne sont pas là pour empêcher la guerre : ils doivent seulement détourner l’attention du monde et sauver la face de tous ceux dont on peut espérer le soutien, pendant que la véritable histoire se fait, comme depuis les origines de l’humanité, dans la réalité sans fioritures du champ de bataille. Que les diplomates occidentaux aient enfin réappris cette éternelle vérité est la première bonne nouvelle depuis le début des combats.
Note :
[1] Quant à la honte nationale que Douste a fait subir à la France en déclarant à cette occasion que l’Iran avait un « rôle stabilisateur » dans la région, des sources concordantes m’affirment que ces mots n’étaient pas ceux qui avaient été préparés pour le ministre et qu’ils ne reflètent que son abyssale nullité. Douste avait pour mission d’apaiser l’Iran, non d’en faire l’éloge. Il s’est d’ailleurs rapidement rétracté et a condamné, deux jours plus tard, les propos génocidaires du président Ahmadin-Jihad.