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Lettre d'actualité, avec un apport de symbolisme, et de spiritualité, accés le plus souvent sur un axe Moyen- Orient, Europe, et Amérique du Nord.

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Sous les bombes, les habitants de Beyrouth vivent aussi dans la crainte de la guerre civile Isabelle Dellerba, Beyrouth © Le Temps.

 

 

 

Sous les bombes, les habitants de Beyrouth vivent aussi dans la crainte de la guerre civile

© Le Temps. www.letemps.ch

Date de parution: Vendredi 11 août 2006
Auteur: Isabelle Dellerba, Beyrouth


PROCHE-ORIENT. Les Beyrouthins appréhendent la reconstruction de l'Etat libanais avec le Hezbollah, seul groupe armé.

Des Libanais aidant d'autres Libanais, malgré les rancœurs de la guerre civile, ce sont les images qui défilent sur tous les écrans télévisés du monde. Pourtant, derrière la solidarité affichée se cache une autre réalité. Celle de l'angoisse de l'après-guerre. Que se passera-t-il quand le bruit des armes se sera tu?

Les Beyrouthins ont de plus en plus peur que de nouvelles divisions ne surgissent une fois que l'émotion des premières semaines laissera place à un problème bien concret: la nécessité de reconstruire un Etat.


Dans son immense majorité, la population, non chiite, ne supporte plus l'idée que le Hezbollah puisse conserver son arsenal militaire. «Nous refusons qu'un parti qui ne nous représente pas ait la possibilité d'entraîner tout un pays dans la guerre», dit Sami Nader, un politicien proche de la majorité parlementaire.

Et surtout, les chrétiens, sunnites et Druzes sont exaspérés par le fait que seule l'une des communautés confessionnelles dispose d'une puissance de feu. Cette situation entraîne, de fait, un déséquilibre des rapports de force internes et représente une menace à long terme. Qui peut, en effet, garantir qu'un jour le Hezbollah ne retournera pas ses armes à l'intérieur du pays?

 


Il y a quelques mois, des élus de la majorité parlementaire, portée au pouvoir l'année dernière après le départ des troupes syriennes du Liban, ont commencé à réclamer l'application de la résolution 1559, adoptée par le Conseil de sécurité des Nations unies en septembre 2004 et qui demande «que toutes les milices libanaises et non libanaises soient dissoutes et désarmées».

 

Le chef druze Walid Joumblatt, qui considère le Hezbollah comme un dangereux cheval de Troie syro-iranien à l'intérieur du pays, fut l'un des premiers à oser défendre, haut et fort, cette position. Oser, car l'aile militaire du parti de Dieu fait office de résistance officielle au Liban, celle qui se bat pour le retrait de l'armée israélienne des fermes de Cheeba, occupées depuis 1967, le retour des prisonniers libanais détenus dans des geôles de l'Etat hébreu, la défense du territoire national.

 

Et la population chiite la soutient massivement.
Depuis mars, les leaders politiques de tous bords, dont le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, avaient entrepris de débattre du problème au sein d'une conférence de dialogue. Il fut alors question de définir une stratégie de défense nationale qui permettrait de placer les combattants intégristes sous l'autorité de l'armée et surtout de délimiter les frontières du pays.

 

En effet, aux yeux de la communauté internationale, les fermes de Cheeba sont syriennes. Dès lors, aucune démarche ne pouvait être lancée, au nom du Liban, pour obtenir un retrait israélien de ces quelques kilomètres carrés.


La guerre a chamboulé les cartes. Evoquer, aujourd'hui, le désarmement de «la Résistance» alors que l'aviation israélienne détruit chaque jour davantage le pays et a déjà tué plus d'un millier de civils est hors de propos pour les responsables. Quant à la population, qui voue aux gémonies les autorités de l'Etat hébreu, elle ne peut que se solidariser avec le million de déplacés, arrivés sans rien à Beyrouth et dans l'ensemble des régions situées au nord de la région frontalière.

 


Malgré tout, les Libanais non chiites en veulent au parti de Dieu et si, dans les mois qui viennent, le gouvernement n'arrive pas à convaincre le mouvement de Hassan Nasrallah d'abandonner son arsenal pacifiquement, une petite minorité de chrétiens, sunnites ou Druzes est désormais prête à en découdre par la force avec la milice. «Des gens viennent nous réclamer des armes», s'inquiète sous le couvert de l'anonymat un responsable du Courant du Futur, le parti de l'ancien premier ministre assassiné Rafic Hariri.

 


Pour l'instant, les velléités des uns et des autres restent à l'état de projet parce que beaucoup pensent qu'Israël espère justement que les Libanais finiront eux-mêmes le sale boulot en partant à la chasse aux combattants chiites. Parce que les différents chefs confessionnels n'ont eu de cesse de prôner la solidarité.

 

 Enfin et surtout, parce que chacun croit encore en une solution politique. Les cartes sont désormais entre les mains des Nations unies. Si elles n'imposent pas à l'armée israélienne de se retirer du territoire libanais, y compris des fermes de Cheeba, le Hezbollah n'aura aucune raison de renoncer à son arsenal militaire, et le gouvernement de Fouad Siniora aura toutes les peines du monde à faire aboutir un processus de négociation vital pour l'avenir du pays.


© Le Temps. www.letemps.ch

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