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Vendredi prochain, la remise de toutes les positions israéliennes sur notre sol à l’armée libanaise devrait être achevée. C’est, en tous cas, ce qui a été conclu lors des nombreuses et cordiales réunions tripartites – ONU – Liban – Israël – qui se sont tenues, et continuent de se dérouler, au siège de la FINUL à Naqura.
Intelligente décision de hâter le mouvement, s’il en est, après le coup de bluff de Douste-Blazy au Conseil de Sécurité. Rappelez-vous, c’était la semaine dernière, la France de Chirac faisait des pieds et des mains pour arrêter l’avance des troupes israéliennes et priver ainsi l’Occident d’un succès par K.O contre le terrorisme islamique. Les discussions sur une éventuelle cessation des hostilités entre l’ambassadeur de Paris et John Bolton étaient au point mort. Le point d’achoppement, qui semblait indébrouillable : comment s’assurer que notre armée, assistée des forces internationales, serait capable d’empêcher le Hezbollah de se réarmer et de retourner sur ses positions au Sud ?
C’est à ce moment-là que le ministre des Affaires Etrangères du Quai d’Orsay, dépêché au pas de charge par son président à Manhattan, sortit un lapin de son chapeau magique : la France était disposée à remplacer "immédiatement" les forces israéliennes, qui comptaient alors environ 35'000 hommes entre nos cèdres.
Impossible pour le département d’Etat et la belle – quoiqu’un peu naïve face à des Orientaux – Condoleezza de rejeter une offre aussi courageuse ! La France s’apprêtait à venir en aide, autrement qu’en paroles creuses, à son petit Liban protégé et à envoyer sa Force de Dissuasion asseoir notre souveraineté dans le Sud de notre pays.
Quelques heures à peine après ce coup de poker, le Conseil de Sécurité votait la fin des hostilités à l’unanimité – pensez donc, la France allait désarmer les scories du Hezbollah – ce dont même Jérusalem et Washington, éblouies par la bravoure gauloise, se félicitèrent.
Premier méchant coup de vent sur les guirlandes de la fête : au début de cette semaine, lorsque le gentil général en chef de la FINUL, l’autre français, Alain Pellegrini, déclara publiquement, sans se soucier des engagements de son ministre, qu’il estimait à un an le temps qu’il faudrait au corps expéditionnaire international, fort de 15'000 hommes, pour prendre ses quartiers au Sud-Liban.
Hier ce fut le pot aux roses, sorti de la bouche de Jacques Chirac : "Ouala Françiin, ouala batikh !" (Pas de français et pas de pastèques !), la France entend envoyer… 200 soldats en tout et pour tout pour nous aider !
Et, pour en avoir parlé de vive voix avec des officiers français, selon toute vraisemblance, il s’agira de légionnaires dont la vie importe à l’Elysée encore bien moins que la parole qu’elle a donnée à l’ONU.
Une blague, une mauvaise blague parisienne, qui place le frêle Liban libéré au pied du mur. Le Liban qui reconnaîtra ses amis et qui a appris à différencier les intérêts particuliers du pensionnaire de l’Elysée avec certains de nos politiciens véreux de ceux de notre peuple.
Au Quai d’Orsay, on rit de toutes ses dents du bon tour joué à l’Amérique et à Israël. Comme si le coup avait été prévu de longue date. Ce qui est entièrement faux : c’est l’état-major de l’armée tricolore, qui n’avait pas été consulté avant l’annonce de Douste-Blazy à Manhattan, qui a catégoriquement refusé l’ordre de Chirac d’intervenir chez nous. "Le souvenir du Drakkar est encore bien trop frais dans nos esprits", m’a confié l’un des officiers venus d’Hexagonie, ajoutant que "la relation de force, au sein de l’Etat français, entre l’armée et la présidence est telle, que nous n’avons rien à faire des ordres stupides des politiciens et qu’il ne disposent d’aucun recours contre les décisions de notre état-major".
Chirac, désobéi par la Grande muette, va au devant d’autres désagréments, diplomatiques, ceux-ci. En effet, au département d’Etat et à la Maison Blanche, on ne rit pas de l’humour français, et un personnage prédominant de l’ambassade US à Beyrouth m’a prévenu, pas plus tard que ce vendredi matin, que "cette infamie ne se passerait pas en silence et que le président (Bush) réservait aux Frenchies un chien de sa chienne…".
De toutes façons, la même ambassade a rappelé hier au gouvernement Siniora l’obligation qui est sienne, non seulement de déployer notre armée au Sud mais également de désarmer et d’en déloger le Hezbollah.
Ce rappel n’était toutefois pas nécessaire. Siniora a bien compris que le Liban devait d’abord compter sur lui-même avant d’envisager de recevoir une quelconque aide étrangère. Aussi, le gouvernement a pris les devants : il a envoyé l’armée au-delà du Litani, drapeaux au vent et uniformes impeccables. Nos soldats ont été accueillis dans la liesse par les populations civiles.
Et c’est important. D’abord, parce que le Moyen-Orient est une terre de symboles bien plus que de tactiques, et que le déploiement de nos militaires, avec fifres et tambours, signifie déjà une victoire pour le Liban et une défaite pour la Syrie, l’Iran et leurs va-mourir du Hezbollah. N’oublions pas que ces acteurs du jeu régional ont tout fait pour s’opposer à l’installation de nos hommes sur la frontière israélienne.
De plus, les gouvernements israélien et libanais font une lecture commune de la situation stratégique qui prévaut : le Hezb est cuit militairement, et mieux vaut ignorer les miliciens, issus de la réserve de sa réserve, qui se montrent dans les villages méridionaux, que de leur donner la chasse. C’est pour cela que l’on voit desdits miliciens bravacher devant les caméras de TV, à quelques mètres des tanks de Tsahal. En tant que force militaire dont il faudrait actuellement tenir compte, les Fous de Dieu ont cessé d’exister. Ils ne sont pas en état de reprendre le combat, loin s’en faut.
Pour son excellente analyse d’avant-hier, j’ai transmis à mon ami et collègue Jean Tsadik mes bilans des morts du Hezbollah. J’ai fait état de moins de 100 de ses "vrais soldats" en état de combattre, j’ai dit que sur 3'500 personnels armés dont il disposait il y a 36 jours, il ne restait plus à Nasrallah désormais que 1'000 seconds ou troisièmes couteaux disponibles.
Certains ont demandé d’où je tenais mes chiffres ? Laissez-moi leur dire, tout d’abord, dans ces pages, qu’ils n’ont pas beaucoup de mémoire : le 29 juillet, dans mon article [Les gens les plus hypocrites de la terre], je donnais déjà un bilan provisoire des combats. Il était à la fois en contradiction avec les chiffres fournis par les autorités israéliennes et libanaises ; trois jours plus tard, elles corrigeaient très substantiellement leurs estimations pour rejoindre les miennes [1].
Ensuite, pour un journaliste qui fait correctement son métier et qui lui consacre du temps et de l’énergie, il n’est pas très compliqué de connaître le nombre des morts et des blessés occasionnés par un conflit : ce sont les âmes et non les corps qui rejoignent l’éther. Il suffit, dans ces conditions, de contacter les hôpitaux, de compter les ensevelissements, de comptabiliser le chiffre des Shayd sanctifiés par les télévisions chiites et pro-syriennes – chiffre qui n’est pas communiqué à la Croix-Rouge ni aux autorités civiles – pour avoir le bon décompte. Cela m’a pris quatre heures de travail et une dizaine de coups de téléphone, c’est tout…
Quant aux petits futés qui sont allés encore plus loin, en mettant en doute jusqu’à mon existence physique, je les invite à bien relire mon dernier article, ce qui leur épargnera de faire l’effort minimal de relire tous ceux que j’ai rédigés durant les six dernières années, et qui figurent sur Internet ainsi que sur le moteur de recherche de MON agence de presse, la Ména [2]. Que celui qui y trouve la moindre contre-vérité factuelle lève le doigt et accuse mes écrits ou ma personne de déraison ou même d’inconsistance ! Je me veux journaliste modeste et factuel, or, qu’y a-t-il de plus simple que de vérifier mes affirmations, notamment, mais pas seulement, quant à l’état de ma capitale, Beyrouth ? J’ai fait une description précise, photo-satellite à l’appui, des zones détruites et de celles qui sont intactes, encore ai-je exagéré les dégâts : c’est 97 % de Beyrouth qui est sauve et dont le cœur bat, plein d’espoir, en vue de temps meilleurs, débarrassée des fous criminels du Hezbollah.
Et je ne suis pas le magicien David Copperfield, je n’ai pas le don de changer l’aspect de ma ville avant qu’on puisse y constater l’étendue des dommages. Est-ce donc ma faute si la plupart des journalistes en poste ici se taisent et passent leur temps à montrer la désolation régnant à Haret Hreïk et à Daaya ? Chacun son éthique, la mienne possède l’avantage considérable d’être vérifiable.
D’ailleurs, l’armée libanaise, la 9ème brigade, précisément, a investi hier Daaya, qui était l’une des deux cités interdites du Hezbollah dans notre capitale. Interdites, quitte à me répéter, mais il faut que cela pénètre bien dans vos consciences, à nos concitoyens non-chiites, à notre police, à notre justice et à notre armée, justement ! On comprend mieux ainsi l’importance de cette opération militaire et l’importance qu’il y aura à observer ce qu’il va en advenir : si nos soldats demeurent à Daaya et empêchent durablement la reconstruction de la ville Hezbollah dans la ville, ce sera le signe que mon pays a véritablement retrouvé son indépendance et sa souveraineté. Si, au contraire, les intégristes parviennent à reconstruire leur bastion, avec l’argent des Iraniens, cela démontrera que le Liban est toujours occupé.
Au Sud, se passant des promesses de Chirac et de sa clique, nos soldats seront sous peu sur la frontière internationale. D’après les bruits qui courent dans les rangs de l’armée, il faudrait environ un an au Hezb pour remobiliser des hommes, les entraîner et les réarmer. Ce, à la condition que le Liban, Israël, et les partis sérieux de la communauté internationale laissent faire les fanatiques chiites. A constater la tournure générale que prennent les événements, je crois que la tâche de Nasrallah ne sera pas aisée, surtout si l’on prend en compte que nous n’avons pas l’intention de réparer les dommages causés par la guerre, pour qu’il procède à une nouvelle provocation d’Israël. Surtout aussi, si l’on considère que ce sera nos soldats qui seront en première ligne, et qui accuseraient le choc initial lors d’une nouvelle offensive de Tsahal.
Il existe une autre prévision, encore à l’état de rumeur, mais qui a la vie dure : dès la fin du déploiement de notre armée sur la frontière, Israël et le Liban procéderont à un échange de prisonniers. Ensuite, et comme cela est prévu dans la résolution 1701, la solution du différend – artificiellement créé et entretenu par les intégristes et leurs commanditaires étrangers – dit des Fermes de Chebaa sera soumis à l’arbitrage du Secrétaire général de l’ONU.
Il est bon de rappeler, à ce propos, qu’Israël n’est pour rien dans cette dispute qui nous oppose à la Syrie. Il s’agit de définir si cette région appartient à la Syrie, auquel cas, sa solution s’inscrit dans d’hypothétiques négociations entre l’Etat hébreu et le régime de Damas, ou s’il s’agit d’un territoire libanais, auquel cas, Jérusalem ne voit aucune objection à nous le "rendre".
En fait, comme en témoigne ce billet de banque libanais que j’avais montré aux lecteurs de la Ména il y a déjà plusieurs années, ce territoire, qui n’y figure pas à l’intérieur de nos frontières, est incontestablement syrien. Kofi Annan l’a d’ailleurs parfaitement reconnu. Mais à présent, pour éliminer tout différent – même factice – entre le pays des cèdres et celui des Hébreux, le Secrétaire général pourrait faire adopter une décision beaucoup plus musclée à son égard. Décision que les deux pays sont invités par la 1701 à respecter.