A quelques mois des élections présidentielles françaises, les candidats tentent de se présenter sous leur jour le plus favorable afin de récolter le maximum de voix. Certains le font de façon réfléchie, d’autres, en revanche, s’essaient à des coups d’éclats qui sonnent plutôt comme des coups d’épée dans l’eau.
Ainsi en est-il de la candidate socialiste Ségolène Royal. Après avoir, dans un premier temps, snobé les invitations à rencontrer les dirigeants du Conseil Représentatif des Institutions juives de France et évité de se rendre en Israël, voici qu’elle décide soudainement d’effectuer son premier voyage de campagne au Proche-Orient. Il est vrai qu’elle n’a pas choisi l’itinéraire le plus simple et on peut décemment s’interroger sur ses motivations. L’Europe ne l’intéresse-t-elle donc pas assez pour y faire ses premiers pas de candidate en politique internationale ?
Quoi qu’il en soit, un voyage de cette importance, dans une zone géographique plus que délicate, méritait une préparation extrêmement minutieuse, notamment au niveau du carnet de rendez-vous. Ce ne pouvait pas être, n’en déplaise à Ségolène, une visite touristique ou mondaine.
Or, lors de sa visite au Liban, la candidate du parti socialiste, arborant son sourire figé et ô combien irritant, a fait preuve d’un manque de professionnalisme patent en ne réagissant pas aux propos tenus par Ali Ammar, député du Hezbollah, qui comparait Israël aux nazis, puis critiquait la folie politique des Etats-Unis. Deux sujets sensibles, sur lesquels Royal a piteusement trébuché.
En amont, le principe même d’accepter la rencontre avec un membre du Hezbollah en dit long sur la conception qu’a la présidentiable de son potentiel futur rôle de chef d’Etat. Aurait-elle oublié que le Hezbollah est classé sur la liste des organisations terroristes établie par l’Union Européenne ? Que c’est un mouvement putschiste, qui pousse aujourd’hui à la guerre civile contre le courant démocratique et indépendantiste au Liban ? Qu’il a provoqué une guerre contre Israël, il y a moins de six mois, dont les conséquences sont catastrophiques pour la région ? C’est aussi faire bien peu de cas des intérêts d’un Etat indépendant et ami qui vient de subir une atteinte gravissime à sa souveraineté avec l’assassinat de son ministre de l’industrie Pierre Gemayel. Le moment est on ne peut plus mal choisi pour faire le joli cœur face aux représentants hezbollanis.
Mais lorsque l’on accepte déjà le principe d’une rencontre avec les représentants d’une organisation aussi vénéneuse, il est fortement conseillé de prendre toutes les précautions indispensables pour ne pas se faire piéger. En premier lieu de s’assurer les services d’un traducteur compétent, car, c’est bien connu, en diplomatie chaque parole a son importance et les Fous d’Allah sont passés maîtres dans l’instrumentalisation des rencontres avec des interlocuteurs occidentaux non avisés.
En ce qui concerne l’assimilation de l’Etat d’Israël au régime nazi, il est fort surprenant que seuls, parmi un parterre de journalistes copieusement garni, Mme Royal et l’ambassadeur de France au Liban n’aient pas capté les termes scandaleux du parlementaire chiite. La politique est un art difficile ; elle demande une grande concentration et une vivacité d’esprit qui ont de toute évidence fait défaut à la candidate. Décidément, au concours des gaffes, Douste, qui – comble de l’ironie – a l’impudence de lui faire la leçon, a trouvé en Ségo une rivale redoutable.
Au surplus, lorsque l’on commet une « bourde » lourde de conséquences, cela rajoute à la faute que d’attendre 24 heures avant de réagir. Ainsi, de tergiversations en dérobades, Ségolène Royal a failli avouer qu’elle était malentendante, ce qui ne constitue pas forcément une qualité avantageuse pour un président de la République, avant de mettre en doute l’existence même des propos incriminés d’Ali Ammar : « Je n'ai pas entendu cette comparaison et si cette comparaison avait été faite, que ce soit moi ou que ce soit l'ambassadeur de France qui était à mes côtés et qui n'a pas non plus entendu ces propos, nous aurions quitté la salle. ». Puis d’ajouter, au conditionnel : « ces propos qui auraient été inadmissibles, abominables, odieux, auraient entraîné de notre part un départ de la salle. ». Ce fut ensuite au tour de son compagnon, François Hollande, de tenter de la sortir de ce mauvais pas, en arguant de la mauvaise qualité de la traduction.
Pour ce qui est de l’attaque de la politique américaine par le député terroriste, je ne sais si la candidate socialiste est atteinte de surdité ou d’impéritie. En tous cas, lorsqu’on répond que l’on partage avec le Hezbollah « beaucoup de choses, notamment l'analyse du rôle des Etats-Unis », on est assez clair pour gommer tout danger d’ambiguïté quant à l’interprétation de ses propos. Que la France ait des divergences de vues sporadiques avec les Etats-Unis ou Israël est concevable ; mais une personnalité politique occidentale en visite officielle ne peut se permettre de critiquer des Etats démocratiques alliés devant des terroristes ; et toute mise au point a posteriori n’est à cet effet qu’emplâtre sur une jambe de bois.
Ségolène Royal a peu de temps pour apprendre que la politique ne s’improvise pas lorsqu’on la pratique dans une zone géographique à haut risque et que ce genre de navigation à vue ne s’accorde que fort peu avec la carrière de président. Elle qui n’a déjà pas de programme clair en matière de politique intérieure, prouve, avec ce voyage, qu’elle n’a pas non plus de plan cohérent en matière de politique internationale. Il serait grand temps pour elle qu’elle commence à s’intéresser réellement à la question et à se documenter, car avec si peu d’atouts dans sa manche, elle réserverait à la France, en cas de victoire aux élections présidentielles, des lendemains encore plus difficiles que ceux qui nous réveillent en période chiraquienne.
Mais peut-être ses faux-pas et ses lacunes n’effraient-ils pas les électeurs français ? Je suis presque amenée à le croire, à la lecture de certaines réactions sur des forums, et à redoubler de craintes pour l’avenir de la République. Ainsi le message d’un internaute, Charly, qui écrivait, le 3 décembre, sur le forum du Monde : « Je ne vois pas pourquoi tout le monde est si remonté sur la soi-disant incapacité de Mme Royal en politique étrangère ? Nous allons l'élire présidente de la France et non présidente du monde... ».
Bien sûr, le peuple élira le représentant qui correspondra le mieux à ses attentes ; toutefois, une telle indigence intellectuelle et l’autarcie qu’elle revendique se passe de commentaire... Si Ségolène ne veut présider qu’en France, qu’est-elle donc allée chercher au Proche-Orient hormis un peu de pub à bon compte ? Une autre question que je me pose et sur laquelle je terminerai : que pouvait-elle possiblement amener de positif aux Libanais au bord de la guerre civile ? Aux Israéliens et aux Palestiniens en recherche désespérée de valeurs communes ? Ses lumières ou son expérience ?