De Stéphane Juffa
2006 a été une année d’inquiétude. Pour les démocraties, rien n’a fonctionné comme prévu, les alliés se sont enlisés dans la guerre civile en Iraq, le recouvrement de l’indépendance libanaise, bien engagé au printemps, a butté sur l’écueil islamiste à l’automne, la France poursuit les rêves mégalomaniaques et solitaires de son président en fin de règne. La junte syrienne, à deux doigts de passer en jugement pour les assassinats qu’elle a commis, reprend du poil de la bête, l’Iran se fout du monde et Israël ne sait plus défendre sa population contre les agressions terroristes.
Bilan plus que mitigé, donc, amenant une sensation d’insécurité et de doute pour les populations occidentales. On le serait à moins, lorsque les Ayatollahs, qui ne font pas mystère de leurs intentions belliqueuses, montrent au monde qu’ils ont maîtrisé le problème des missiles balistiques à trois étages. Hier, c’était le souci principal de l’Etat hébreu, mais désormais, l’Europe se trouve sous la menace de ces intégristes mahdistes voués au culte du martyre.
La Perse constituera, à n’en pas douter, le casse-tête et le risque numéro 1 des démocraties en 2007. De sanctions inefficaces en sanctions non appliquées, elles vont se trouver devant des décisions difficiles, au fur et à mesure que le programme nucléaire de la République islamique approchera le point de non-retour.
Ces intempéries en cours influent sur le comportement des individus ; ils comprennent progressivement que nous ne sommes plus nulle part en sécurité absolue. Ils intériorisent, par la force des choses, la notion de sécurité relative, pour eux et pour leurs familles.
Une constatation est nécessaire : le terrorisme est partout chez lui. Elle en implique une autre : on peut être tué au cœur d’une métropole européenne pour rien, dans un train, un bus ou un métro, sans avoir affiché d’opinion politique. Sans s’être levé face aux terroristes et sans avoir combattu leurs dogmes.
Et une troisième, la plus alarmante : le libre usage de nos libertés n’est pas un droit qui nous vient en naissant dans une démocratie et que la société nous garantit. C’est un privilège, demandez à M. Robert Redeker ce qu’il en pense. On croyait pouvoir tout exprimer, on s’est trompé ! On pensait que l’Etat et les forces qu’il représente allaient annihiler les menaces contre la liberté de s’exprimer, on s’est encore trompé. Quelques réactions d’intellectuels qui ne font pas école et c’est tout.
La liberté de parole n’existe plus qu’à l’intérieur d’un moule, celui du politiquement correct. Nos valeurs se courbent sous la menace de l’action violente, pire, elles s’y adaptent, s’en accommodent !
2007 marquera la prise de conscience de ce que l’usage des libertés individuelles est un privilège et non un droit. De plus en plus, ceux qui en ont les moyens s’arrangeront pour se les préserver, les autres subiront l’évolution de la violence. La faute à qui ? A avoir trop longtemps imaginé que la planète était cloisonnée, que les autres – et les défavorisés parmi eux, carburant indispensable de tous les extrémismes – allaient indéfiniment rester chez eux, nous subirons le retour de marée des vases communicants. Pour avoir terriblement sous-évalué la nécessité du développement global, refusé de partager volontairement pendant qu’il en était encore temps, le tiers-monde fait irruption dans… le monde. Avec tous ses excès, car il n’a rien à perdre. Les attentas-suicide sont là pour le rappeler à ceux qui préfèreraient regarder ailleurs.
Désormais, il va s’agir de se défendre, ne serait-ce que pour conserver nos privilèges, dont l’usage des libertés individuelles bourgeoises, le plus précieux d’entre eux.
Je te mentirais si je chantais "la vie en rose". Désormais chaque décision individuelle va compter double, chaque décision de politique internationale aura des conséquences existentielles. En parallèle, il faudra savoir saisir le moment, privilégier la qualité des rapports humains et de l’amitié sur tout le reste. Ce peut être un bon exercice. Les réserves de libertés individuelles sont plus petites que celles de l’or noir, à nous, à vous, de ne pas se tromper.
Je nous souhaite de vivre. Je nous souhaite des responsables de nations et de blocs capables de prendre les bonnes décisions. Je remercie cordialement les lecteurs et les amis de la Ména pour leur confiance et pour leur attention croissante. Nous continuerons sans cesse à réfléchir ensemble !
De Sami El Soudi dans l’Autonomie Palestinienne (analyste politique, correspondant permanent)
Mal partie mais bien arrivée, c’est ainsi qu’il faut définir 2006 pour les Palestiniens de l’intérieur. Renforcement des islamistes, au début, agressions incessantes et suicidaires contre la région de Sdérot, 700 tués, dont 648 miliciens, 5'200 blessés, dont plus de 5'000 miliciens. Une direction du Fatah sonnée, qui ne réagit plus à l’appropriation grandissante des symboles du pouvoir palestinien par les fondamentalistes.
Et puis, en fin d’année, le tournant, qui passe par une prise de conscience au sommet du Fath’, de ce que, si on laisse la situation s’enfoncer dans l’impasse entretenue par le Hamas, c’est la fin de l’émancipation politique de notre peuple.
Alors les hommes fidèles à Mahmoud Abbas cessèrent de reculer face aux provocations. Alors Abou Mazen accepta de serrer franchement la main tendue par les Anglo-Saxons, les Egyptiens et les Israéliens. L’accolade chaleureuse Abbas-Olmert servit d’électrochoc aux fanatiques, ce fut le signe attendu qu’Abbas ne tergiversait plus. Et, de manière surprenante pour certains, l’étreinte des deux hommes a calmé le Hamas qui a complètement cessé ses provocations.
Il faut dire que le dialogue israélo-palestinien a permis d’envoyer 7'500 policiers supplémentaires dans la bande de Gaza. Leur ajoutant les 2'000 Kalachnikovs livrés par l’Egypte cette semaine, les islamistes ont le choix entre se calmer et disparaître.
Alors on reparle de paix. La ministre israélienne des Affaires Etrangères, Tzipi Livni, aurait un plan détaillé, paraît-il. Elle a rencontré, cette semaine également, la direction de la présidence. A ce stade des choses, on laisse mûrir le fruit des deux côtés, on reste sur la réserve prudente. Mais parler de paix vaut mieux que préparer la guerre. Il se pourrait d’ailleurs que tout le monde soit fatigué de s’entretuer, cela survient dans tous les conflits. Sans vouloir donner de faux espoirs à nos lecteurs, il se pourrait qu’Israël soit sur le point de se trouver une nouvelle Golda Meïr et nous, un pays. C’est tout le mal que je nous souhaite pour 2007 !
De Fayçal H. à Amman (informateur-relais)
On parle beaucoup, en cette fin d’année, d’une initiative de paix de grande envergure, mobilisant les Américains et les Saoudiens. De plus, je suis en mesure de rapporter qu’une concertation suivie et sérieuse se déroule, sur notre sol, entre les mêmes Saoudiens et les Israéliens.
Cela porte sur ce sujet et sur tous les sujets. La montée en puissance du chiisme inquiète les chefs d’Etats sunnites largement plus que la pseudo menace sioniste, qu’ils entretenaient pour calmer leurs peuples. La meilleure barrière contre l’Iran et le Hezbollah, c’est Israël ; il faut donc s’entendre avec elle, mais shouaya shouaya (sans précipitation. Ndlr), rien ne sert de faire du bruit.
A Amman, on salue avec un immense intérêt la pendaison du tyran Saddam Hussein. Il est détesté par la famille royale et adulé par les Palestiniens du Royaume (80 % de la population jordanienne. Ndlr). Dans l’entourage du roi, on n’éprouve aucune pitié pour cet égorgeur, qui n’a eu de cesse d’œuvrer à la déstabilisation de la Jordanie et à la chute du souverain.
Meilleure année à nous tous, nous sommes, plus que jamais, dans le même bateau.
De Sylvie Tobelem en Israël (1ère assistante de rédaction)
Moi je suis restée scotchée sur la guerre du Liban de cet été. Cantonnée à Netanya, au centre d’Israël, par notre rédacteur en chef, par mesure de sécurité, je me suis sentie inutile. Incapable d’aider mes camarades alors qu’ils avaient le plus besoin de mes services.
J’ai certes eu très peur, particulièrement, lorsqu’au cours d’une conversation avec Jean Tsadik, j’ai entendu au téléphone le bruit horrible d’une bombe qui explosait. J’ai tremblé comme une feuille pour Ilan, au sens propre. En cette fin d’année civile, comme on dit en Israël, nous sommes tous là, sans une égratignure, c’est pour cela que j’avais prié, le reste m’est presque égal.
Ca bagarrait si fort que, durant sept jours, Jean n’a pas pu parcourir les cinq kilomètres qui séparent Kfar Youval de Métula. Lorsqu’il l’a fait, finalement, c’était contre l’avis des soldats et sa voiture, criblée d’éclats, ressemblait à un morceau d’Emmental. Et Stéphane et Taz sont restés seuls sous les Katiouchas, durant cette période, et c’est encore lui qui nous remontait le moral et qui plaisantait.
Travailler avec des gens comme ceux-là me comble. Et mes échanges avec vous, les lecteurs, également. Je vous souhaite, aux uns et aux autres, l’essentiel : la santé, la paix et l’amour pour 2007.
De Jérôme Coursade à Jérusalem (grand reporter)
Sondage du Nouvel Observateur auprès de ses lecteurs, résultats samedi matin à 8h, heure de Jérusalem :
"Saddam Hussein condamné à la pendaison
- Normal : 31, 64 %
- Scandaleux : 19, 01 %
- Et Bush alors ? : 49,34 %"
Mon seul commentaire : le lavage de cerveaux médiatique du régime chiraquien envers ses bailleurs de fonds a fonctionné. Il faut dire qu’il dure sans interruption depuis quarante ans.
Il a réussi à faire en sorte qu’une grande partie des Français aime les tyrans et haïsse ses amis. Bien entendu, c’est très grave.
L’"ami de la France" (Jacques Chirac), qui se balance au bout d’une corde, cela devrait leur faire bizarre. Etrange sentiment, pour Chirac, Chevènement et des dizaines d’autres à avoir bénéficié des largesses financières du dictateur. Qu’est-ce que ça fait d’avoir embrassé un pendu ?
Je souhaite aux Iraquiens et à toute la planète la paix. Je suis, dans tous les cas, opposé à la peine de mort, mais j’admets que l’air est devenu plus respirable depuis qu’on ne le partage plus avec cet assassin-gazeur.
De Serge Farnel au Rwanda (journaliste)
A Kigali, Rwanda. Du pays des mille sourires, je vous souhaite, chers lecteurs de la Ména, mes meilleurs voeux pour cette année 2007.
Ne craignez pas le Rwanda, quand bien même on vous en a dit le pire. La seule chose que vous risquez ici, ce sont ces francs sourires comme autant de tirs à un coup.
Et les milliers de tueurs en liberté, me direz-vous ? Eh bien, pour beaucoup d'entre eux, ils se remettent peu à peu de leur propre métamorphose. Celle qui résulta de l'endoctrinement méthodique dont ils furent la cible. Un endoctrinement qui avait brisé ce mécanisme normalement livré clé en main avec l'Homme : l'empathie.
Non, nous n'avons pas exporté ici le meilleur de notre culture occidentale. C'est le moins que l'on puisse en dire. Toutefois, le nazisme est un corps étranger à cette région, qui ne se digère pas sous les tropiques. Preuve en est le texte d’introduction, 35 fois répété par le président de la commission rwandaise relative à l'implication de la France dans le génocide, en préambule à chacun des témoignages qu'elle eut à connaître jusqu'au 19 décembre dernier.
Lorsqu'un peu lassé d'entendre cette rengaine, je décidai d'ôter le casque qui m’en assurait la traduction française, je m'aperçus qu'au milieu du flot de paroles en kinyarwanda émergeait le seul mot que je pouvais alors comprendre : « génocide ».
Il n'est donc pas dit que la culture africaine digérera tout de la culture occidentale. Mais elle est encore prête à en prendre le meilleur. A nous de le partager. La culture francophone, je vous l'assure, est universellement aimée. Même ici, au Rwanda ! Même après le génocide d'un million de Tutsis... francophones ! Car la culture n'a rien à voir avec les quelques militaires et politiques français qui ont cru pouvoir participer, en notre nom, à l'inqualifiable. Restons précis : à un génocide !
Le Rwanda tente de se reconstruire. Tentons d'en faire autant. Bonne année !
De Charles-Emmanuel Guérin en France (analyste stratégique, spécialiste des questions de sécurité)
C'est le moment de l'année où l'on peut positiver et espérer. C'est le moment où l'on peut oublier la géopolitique, la géostratégie, tous les ennuis quotidiens et se laisser aller à rêver.
Grâce à l'esprit des fêtes, il existe une complicité entre tous, connus et inconnus. Cette complicité éphémère mais sincère nous fait souhaiter aux autres d'avoir la santé, d'être heureux et de réussir leurs projets.
C'est ce que je souhaite à tous les lecteurs de la Ména. Santé, bonheur et prospérité.
De Luc Rosenzweig en Haute-Savoie (journaliste)
Aux rédacteurs et lecteurs de la Mena, je présente mes meilleurs voeux pour l'année civile 2007.
Il faudra tout l'optimisme de la volonté pour ne pas se laisser envahir par le pessimisme de la raison auquel nous invite un regard lucide sur l'état du monde.
L'année 2007 est grosse d'orages à venir, dont nous ne percevons encore que les échos lointains, en Irak, en Iran, au Pakistan, en Somalie, au Darfour.
Les dernières années ont, hélas, prouvé que le désordre provoqué par la montée en puissance des "fous de Dieu" ne pouvait être surmonté par les moyens traditionnels de l'usage de la force légitime. Clausewitz n'avait pas intégré Oussama Ben Laden et Mahmoud Ahmadinejad à sa théorie de la guerre.
Le pire n'est pas sûr, mais il ne peut être exclu. On voudrait se rassurer en se disant que nos démocraties sauront se ressaisir, sortir de l'aveuglement dans lequel les enferment les belles âmes qui prêchent la tolérance de l'intolérable et la repentance infinie aux peuples des nations occidentales.
Ce n'est pas dans le débat présidentiel français que l'on trouvera matière à nourrir quelque espoir dans ce domaine : la volée de bois vert reçue par Nicolas Sarkozy, venue de droite comme de gauche, pour s'être révélé un petit peu moins américanophobe et légèrement plus israélophile que ses concurrents, n'incite pas à l'optimisme.
Quant à une diplomatie française pilotée par Ségolène Royal, à en juger par son périple proche oriental, elle pourrait se résumer à cette formule appliquée jadis à la politique étrangère de Frédéric-Guillaume IV de Prusse : " Ordre, Contrordre, Désordre".
La situation est donc moyenne : moins bonne qu'hier, mais meilleure que demain. Raison de plus pour faire la fête.
De Llewellyn Brown en France (traducteur officiel)
Les dangers qui pèsent sur notre partie du monde évoluent sans diminuer. Dans les territoires disputés, les mouvements de « libération » – Fatah et Hamas – montrent leur profond mépris des populations qu’ils prétendent représenter. La menace iranienne ne cesse de se préciser, tandis que les dirigeants internationaux restent aussi veules qu’ils le furent devant la montée du nazisme, refusant de voir que les ambitions d’Ahmadinejad ne se limitent pas à l’élimination de la minorité juive du Proche-Orient.
L’aspiration à la paix partagée par tous à la Ména se distingue radicalement dans le paysage médiatique : d’une paix fondée sur le refus de l’honnêteté intellectuelle, sur la soumission face à ceux dont la soif de pouvoir exige le sacrifice d’une partie de l’humanité.
À tous – lecteurs et membres de la Ména –, j’adresse mes vœux les plus chaleureux et le vif souhait de maintenir, dans ce climat délétère, l’optimisme que nourrit un regard aiguisé et sans concession sur les enjeux de notre temps.
De Laurent Murawiec à Washington (correspondant permanent)
Ne soyons pas patelins. Mes vœux pour 2007, je les emprunte au grand poète judéo-allemand Heinrich (Henri) Heine. Pour être heureux, explique-t-il, je ne sais où, « je n’ai pas besoin de grand chose : une maison pleine de livres, une femme qui m’aime, et pouvoir, assis dans mon jardin, regarder l’arbre et les branches où se balancent mes ennemis. ». C’est cela que je nous souhaite pour 2007.