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Lettre d'actualité, avec un apport de symbolisme, et de spiritualité, accés le plus souvent sur un axe Moyen- Orient, Europe, et Amérique du Nord.

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Droits d’auteur

Metula News

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 Droits d’auteur

Par Stéphane Juffa

© Metula News Agency


Jean Tsadik l’avait écrit dans ses vœux pour 2007 : Israël négocie avec la Syrie. Mais au-delà de cette information, lorsqu’ils ont pris connaissance des révélations de Haaretz quant aux pourtours de l’accord de paix qui a été préparé par les diplomates, les oreilles des lecteurs assidus de la Ména ont dû se mettre à siffler. Ils avaient en effet déjà vu les principes retenus par le Dr. Alon Liel, ex-directeur général des AE israéliennes, ses homologues syriens et la médiatrice suisse, pour contourner les problèmes qui, pris de face, sont insolubles. Cette idée, surtout, rappelez-vous, de différencier la propriété de la terre de l’usage que l’on peut en faire. Vous l’aviez une première fois découverte en janvier 2004, dans mon analyse en deux volets, "Israël-Syrie : La meilleure façon d’avancer" 1ère partie , 2ème partie.

 

Les négociateurs s’en sont largement inspiré, c’est même là un doux euphémisme. De là à dire que quelqu’un de la Ména a participé physiquement aux discussions, serait faux. Certes, notre correspondant à Beyrouth, Michaël Béhé, avait écrit que les Syriens montraient un intérêt certain pour ce qu’ils appellent le "plan Juffa". De même, certaines voix, feutrées, leur avaient fait écho, sur les bords du Léman, et avaient fait leur chemin jusqu’à Métula. Mais côté israélien, sécheresse ! C’est à se demander si cela ne dérange pas l’establishment de Jérusalem d’avoir à considérer la paix avec la Syrie ; l’inactivité est tellement plus reposante.

 

Car, il faut le mentionner, dans cette histoire, c’est Damas qui pousse et Jérusalem qui retient. Hier, entre deux scandales qui secouent désormais toutes les deux heures la ville trois fois sainte, on se plaignait de "la complexité" de ce projet. Il va sans dire que lesdits esprits chagrins n’ont aucune perspective "plus simple" à même d’apaiser durablement nos frontières nord et est, et que la glaciation de la situation actuelle est plus pleine de menaces existentielles que d’espoirs, mais de là à se montrer inventif…

 

J’avais proposé de transformer le Golan en "zone franche", les négociateurs ont préféré parler de "parc". Soit, c’est moins précis mais c’est plus poétique. Dommage en tout cas que la plupart des media israéliens ne se donnent pas la peine de s’aventurer dans les détails de ce projet. Ils se contentent de parler de notre retrait aux lignes du 4 juin 1967, la veille de la Guerre des Six jours, et cela dénature tout ce que ce plan recèle d’intéressant. Car certes, sur un plan formel, le territoire du Golan retournerait à la Syrie, jusqu’au dernier pouce, comme je l’avais préconisé. Mais dans le "parc", les citoyens israéliens pourraient continuer à demeurer – leurs maisons et leurs sources d’activités ne seraient pas détruites – et leur liberté de mouvement ne "dépendrait pas de la bonne volonté des Syriens".

 

Toute la région serait démilitarisée, bien plus largement que dans les seules limites du Golan. Et c’est là qu’il faut savoir lire entre les lignes, imaginer la situation qui se créerait de facto et de jure dans un tel environnement. C’est là, aussi, pour mesurer le degré d’intérêt de Damas, qu’il importe d’avoir l’œil et l’oreille suffisamment sensibles pour remarquer les déclarations surprenantes dont se sont fendus les séides stipendiés de la famille Al-Assad.

 

Pour les analystes professionnels, ce genre d’"événements" ne survient jamais spontanément. Non, il n’est pas naturel, dans la dialectique de Nasrallah, de l’entendre évoquer la pacification de la région qui résulterait d’un accord de paix entre la Syrie et Israël. Tout comme il n’est pas anodin – même si cela a été contredit presque instantanément – de surprendre le chef du Hamas, hôte, instrument et protégé de Béchar à Damas, évoquer soudain, sans qu’on le lui ait demandé, "qu’Israël est une réalité de fait incontournable et qu’il faudrait s’accommoder de sa présence à l’issue de son retrait aux frontières de 1967".

 

En réalité, cela se passe ainsi : les conseillers d’Olmert demandent à Liel de demander à Abe Suleiman, l’homme de confiance des Al-Assad, de prier son patron de "traduire le sérieux de ses intentions par des actes tangibles", de démontrer qu’il contrôle les intégristes prétendument indomptables. Et Assad a envoyé les signaux attendus, démontrant, par delà les attentes, qu’il était capable de faire envisager aux chefs fondamentalistes les plus extrêmes, de vive voix… la coexistence pacifique avec l’Etat hébreu.  

 

Stratégiquement parlant, cette démonstration de dressage de bêtes féroces ouvre des perspectives exceptionnelles pour Israël. C’est ici que je vous renvoie gentiment à l’analyse hyper pertinente qu’a faite Michaël Béhé dans ses propres vœux de l’an : les chiites (et par extension les fondamentalistes sunnites) ne vont pas s’évaporer dans la nature durant les années à venir. Il n’est pas non plus raisonnable de penser qu’il serait possible d’éradiquer militairement une telle multitude, ni même qu’on pourrait les museler pour les oublier dans un coin. Ca ne fonctionne pas ainsi, les hommes. Il va falloir les intégrer, si on veut penser en termes de paix. Et qui ne pense pas en termes de paix ne pense pas en termes stratégiques. Ne pense pas.

 

Très conscient de la valeur de la dot qu’il propose à Israël, Al-Assad a d’abord demandé – c’était son tour – à Jérusalem qu’elle intervienne auprès de ses amis américains pour lui donner un peu d’air. Car, ne l’oublions à aucun moment, si Assad se décarcasse à ce point, ce n’est pas parce qu’il est subitement tombé amoureux des atours d’Israël, c’est, plus prosaïquement, pour sauver sa tête et celle de son régime.

 

Puis Béchar, après avoir essuyé un premier refus d’Olmert, a demandé qu’on aille de l’avant avec le "plan Juffa". Ici de préciser qu’on ne s’est, pour le moment, entendu que sur le principe du principe, et qu’il reste tout à faire pour lui donner des jambes. Tout à faire à l’échelon politique, cette fois, et c’est pourquoi Damas a demandé d’élever la discussion au niveau des secrétaires d’Etat, de ministres, de directeurs de cabinet et cela, avec la participation d’un officiel américain de premier rang. A en croire nos excellents confrères de Haaretz, la requête syrienne était très précisément circonstanciée.

 

Re-non d’Olmert. En vue des enjeux, l’influence que pourrait avoir un accord avec Damas sur le processus avec les Palestiniens, la domestication du Hezbollah et la distanciation (nommément évoquée durant les nombreuses rencontres) des relations Damas-Téhéran, vitale pour Israël, l’écartement de Mashal, la porte fermée de Jérusalem doit se lire en termes de faute stratégique majeure. De faute s’inscrivant dans la continuité de celles commises durant la guerre du Liban et juste après elle. Il est plus que temps qu’Olmert cède la place…

 

Car dans le lupanar permanent qu’est devenu la Kiriat Ha-mimshala (la cité gouvernementale à Jérusalem) ces jours, il faut comprendre que même si Béchar Al-Assad venait en chemise de nuit, à pied, empruntant le chemin de Damas à l’envers, une grosse clef autour du cou, pour proposer, depuis la tribune de la Knesset de nous céder le Golan sans contrepartie, il y a fort à parier que personne ne trouverait le temps de s’entretenir avec lui.

 

C’est qu’Israël est temporairement un Etat et une armée sans têtes, autogérés. Sans attendre la fin de la guerre du Liban, nous avions affirmé – en expliquant pourquoi - que Dan Haloutz, le chef d’état-major devait démissionner. C’est ce qu’il a enfin fait la nuit dernière.

 

Le président-violeur doit être jugé et faire aussi place nette. Olmert et Peretz, affectés de plein fouet par le départ de Haloutz (il était le partenaire de leurs mauvaises décisions cet été !) ne vont également pas tarder à prendre leur retraite anticipée. Ehoud Olmert, en prime, avec trois affaires pénales à ses basques.

 

Dès lors, soit à Kadima on parviendra à persuader le walking dead man de céder sa chaise à Tsipi Livni avant qu’il ne soit trop tard, soit on se dirige tout droit vers des énièmes élections anticipées. Les personnalités politiques de la relève : Livni et Barak, avec Netanyahu en outsider.

 

Pour la succession de Haloutz à la tête de l’armée, il n’y a que l’embarras du choix, et c’est de la bonne graine. Dès le début de la semaine prochaine, Tsahal aura un nouveau commandant en chef. Attention à deux périls dans la foulée : que la chute de Dan Haloutz ne permette pas aux quelque cent officiers supérieurs, co-responsables en tous points de la tragédie libanaise, de se maintenir, car on n’aurait alors rien fait ! Deuxièmement, que l’éviction des chefs militaires ne permette pas aux politiques de rester, comme à la suite de la Guerre de Kippour, ce serait une tragédie.

 

Et pendant ce temps, M. Assad attendra, son plan Juffa sous le bras. Il faudra veiller, lorsqu’on se remettra à en parler, que ce plan ne serve pas de prétexte à un simple redéploiement militaire. Ni qu’il perde la dimension internationale que j’avais voulu lui donner, et qui me paraît absolument indispensable à son succès. Ne pas oublier non plus de remplir le "parc" d’activités économiques de première importance : Al-Assad n’a bientôt plus de pétrole et son pays est exsangue. Il a besoin de ce parc providentiel tout autant pour se faire une place dans la communauté des nations que pour nourrir son peuple. Et nous, pour faire partie du Moyen-Orient.

 

 

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