Le vibrant appel d'Uzi Dayan pour qu'Olmert face sa part du contrat à l'égard d'Eldad, Ehud et Guilad
Le tollé des soldats de réserve
Les soldats de Tsahal enlevés ont été abandonnés par le gouvernement Olmert
Uzi Dayan*
Publié le 10 janvier 2007
Adaptation française de Sentinelle 5767
Ce vendredi, qui signale le sixième mois depuis l’enlèvement des soldats de Tsahal Ehud Goldwasser, Eldad Regev – et Gilad Shalit deux semaines plus tôt – sera marqué par une marche de protestation et de solidarité qui ira de Jérusalem à Zarit. Vingt ans auparavant, le navigateur des forces aériennes Ron Arad est tombé en captivité.
Le fiasco pour Ron Arad ne doit pas être répété, parce que en Israël, il existe un accord non écrit entre les soldats au combat et leurs familles, avec l’Etat, selon lequel les combattants feront tout le nécessaire pour protéger notre patrie, et si nous payons le prix du risque encouru, vous ferez tout votre possible pour nous ramener à la maison.
Udi, Eldad et Gilad ont respecté complètement leur part du contrat. Le gouvernement d’Israël, et sa tête – pas du tout.
On ne doit pas reprocher au premier ministre l’enlèvement des soldats. Cependant, la responsabilité de leur retour demeure sur ses épaules, et il ne respecte pas sa part du contrat.
Ci-après, voici le profil de l’abandon des soldats enlevés :
- L’insistance depuis un mois du premier ministre à ne pas nommer un chef d’équipe pour coordonner les efforts pour le retour des soldats.
- Un agrément sommaire et négligent à la résolution 1701, malgré mes critiques franches rappelant que dans la formulation de la résolution, il n’y avait aucune mention, ni conditions ou sanctions pour leur retour. Des appels à inclure une clause spécifiant que l’accord pour la résolution serait sujet au transfert des soldats au Liban - sont restés vains.
- La levée de l’embargo maritime et aérien : dans une lettre que nous avons remise au premier ministre auparavant, il était noté : « … Les annonces d’Israël – indiquant que la levée de l’embargo sur le Liban, est aussi soumise à une solution pour la libération des soldats enlevés – doivent être adoptées. Ces exigences sont des prémices pour l’accord lui-même, et c’est l’obligation d’Israël envers ses soldats de s’y conformer ».
Rien n’a été fait. Pas même de soumettre la levée de l’embargo à une visite de la Croix Rouge. La réponse du premier ministre Olmert a été que : « Nous ne proposons pas des exigences que nous ne pouvons pas faire respecter ».
Et nous n’avons pas encore mentionné les gaffes irresponsables du premier ministre. Quand Udi et Eldad ont enlevés, on savait qu’ils étaient blessés mais vivants. Il n’existe aucune autre preuve ou évidence du contraire. Donc, toute déclaration qui met en doute cette hypothèse libèrera la responsabilité du Hezbollah, et mettra en danger la vie des soldats.
Les pays qui ont promis, selon la résolution, de donner des centaines de millions de dollars pour la reconstruction du Liban se réuniront le 25 janvier à Paris.
Que pensez-vous, M. le premier ministre, de l’idée d’envoyer votre ministre des affaires étrangères avec les familles des soldats, et cette fois, exiger le retour des soldats enlevés et insister là-dessus, en mettant en avant le puissant argument que ne pas le faire serait considéré comme une grave infraction à la résolution 1701, et un crime de guerre ?
Toutes nos exigences s’imposent et sont responsables. Elles ne mettent pas en danger nos soldats, pas « à tous prix » - au contraire. Si le premier ministre avait agi dans ce sens, la situation aurait été bien meilleure.
Nous ferions bien de prêter attention au cri des combattants et des soldats de réserve. Marcus Flavius, un centurion romain, écrivait :
« … On nous a dit, en quittant notre sol natal, que nous partions défendre les droits sacrés qu’on nous avait conférés… et parce que c’était vrai, nous n’hésitions pas à répandre notre tribut de sang… Mais alors qu’ici nous sommes là-dessus inspirés par cet état d’esprit, on me dit qu’à Rome, des factions et des conspirations règnent, que la traîtrise s’épanouit… Si nous devions laisser nos squelettes blanchis dans ces sables désertiques en vain, alors prenez garde à la colère des Légions ! »
Nous ne sommes pas à Rome, mais même sous une règle démocratique, un gouvernement séparé ne peut pas ignorer longtemps la rage légitime de son peuple et de ses soldats.
Uzi Dayan est un Major Général (de Réserve) et membre du comité chargé de la libération des soldats enlevés. Il a aussi été l’ancien chef du Conseil National de Sécurité d’Israël.