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Lettre d'actualité, avec un apport de symbolisme, et de spiritualité, accés le plus souvent sur un axe Moyen- Orient, Europe, et Amérique du Nord.

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Silence on coule !

Silence on coule !

Par Michaël Béhé à Beyrouth


hezbonazi

© Metula News Agency
 
 








Qui veut cohabiter avec eux ?




 

Beyrouth s’est réveillée ce matin à l’issue d’un couvre-feu imposé par l’armée durant la plus grande partie de la nuit. Ce couvre-feu fait suite aux émeutes qui ont ravagé hier l’Université Arabe de Beyrouth (UARB) et qui se sont propagées à la rue Mar Élias, aux environs de la Cité sportive et aux secteurs de Tarik Jdidé et Zokak el-Blatt. Ces affrontements, qui ont fait quatre morts et 160 blessés, s’inscrivaient eux-mêmes dans le prolongement de la grève générale violente infligée à la capitale par le Hezbollah et les partisans du général Aoun 48 heures auparavant.

 

Il semble que ces heurts, qui ont bien failli virer à la guerre civile, aient eu pour origine la cafeteria de l’université où des jeunes de la majorité et de l’opposition ont commencé par s’envoyer leurs arguments réciproques à la tête. Puis on en est venu aux mains, aux pierres et aux armes à feu. L’armée, qui est intervenue pour séparer les combattants, a elle-même essuyé des tirs, comme en témoignent les images filmées par la chaîne de télévision qatarie Al-Jazeera. Plusieurs soldats ont été blessés lors de cette mission.

 





 

L’armée a eu du mal à imposer la loi

 

Il est bien difficile de déterminer avec certitude les responsabilités des uns et des autres dans ces graves incidents, car les versions des faits des deux camps s’opposent catégoriquement. On se contentera donc de relever que, cette fois-ci, les étudiants sunnites du Courant du Futur (progouvernemental, pro Forces du 14 mars) n’ont pas hésité à répondre violemment aux militants chiites d’Amal et du Hezbollah.

 

On se persuadera qu’il s’agit d’un nouveau choix stratégique des Forces du 14 mars - et non du résultat d’un concours de circonstances - en prenant connaissance du communiqué qui a suivi, hier, la réunion d’urgence du comité de cette alliance. Le "comité de suivi" du 14 mars, tint réunion à la résidence du président du conseil exécutif des Forces Libanaises, le docteur Samir Geagea.

 

Ce comité, après avoir considéré les événements de l’UARB, a invité le peuple libanais à "se tenir constamment prêt à faire face à toute nouvelle tentative de coup de force, de manière à faire échec à de telles tentatives, parallèlement à l’action des autorités militaires et sécuritaires légales visant à assumer leurs responsabilités dans le rétablissement de la paix civile et la stabilité interne".

 

Cette nouvelle prise de cap des gouvernementaux met fin à leur politique de "non réponse" aux agressions hezbo-aounistes et à leur mot d’ordre qui consistait à se fier exclusivement aux forces de l’ordre pour assurer leur sécurité. Mais, d’autre part, elle accepte l’idée du face à face qui, avec les armes accumulées par les milices des deux camps, augmente considérablement le risque du déclenchement d’une guerre civile.

 

Parallèlement à la rencontre qui s’est tenue chez Geagea, c’est un terrible inventaire de la position du général Michel Aoun, qu’a dressé hier, à J’beil, celui qui fut le député de cette région, Fares Souhaid. Monsieur Souhaid s’exprimait au cours d’une conférence de presse, en présence de nombreux leaders de la communauté chrétienne libanaise. Il réagissait à l’imputation qu’Aoun avait lancée à son encontre durant la semaine, l’accusant de s’être employé à une entreprise de trafic d’armes. Voilà ce que nous avons retenu de la longue réponse de l’ancien député consacrée à Michel Aoun :

 

"Il réclame la formation d’un tribunal pour juger les corrupteurs et s’oppose à la formation d’un tribunal international pour juger les assassins. Il part en guerre contre les "corrupteurs" s’ils font partie de la majorité et s’allie avec ceux qui ne font pas partie de cette majorité. Il accuse la majorité d’être formée d’un groupe d’"anciens agents syriens" et s’allie, pour leur faire face, à des agents syriens actuels.

 

Il appelle la majorité à faire participer la minorité au pouvoir et accepte le comportement unilatéral du Hezbollah dans la prise des décisions fondamentales, notamment celle de la guerre et de la paix.

 

Il appelle au respect des résolutions internationales lors de leur adoption et persiste à ne pas les respecter lors de leur application. Il accuse l’Occident de s’ingérer dans les affaires libanaises et se tait devant la déclaration du guide spirituel iranien qui veut "provoquer la chute des États-Unis au Liban". Il accuse les Forces libanaises d’être une milice et de posséder des armes individuelles, et considère le Hezbollah comme une organisation politique, malgré le fait qu’elle affirme posséder 20 000 roquettes".

 

Ce qui est accablant pour le Liban, dans cette partie de ping-pong, c’est que toutes ces accusations réciproques ainsi que les contradictions relevées par Fares Souhaid chez Aoun, sont rigoureusement exactes. On assiste à un croisement d’alliances impliquant toutes les familles politiques libanaises, à l’exception du Hezbollah, qui reste et demeure la formation supplétive de l’envahisseur syrien, de sa politique et de ses forces armées.

 

Très loin de là, à Paris, se tient une conférence internationale, dont l’objectif est de réunir des fonds destinés à soutenir notre économie en ruines. Les amis du Liban s’y sont réunis autour d’un programme visant surtout à réduire notre dette nationale – 7 800 dollars par Libanais – de 180 % de notre PIB actuellement, à 144 % de celui-ci à l’orée de 2011.

 

L’Arabie Saoudite s’est engagée à nous faire un cadeau de 1.1 milliards de dollars et les Etats-Unis feront un don de 890 millions, dont 120 millions de dollars d’aide privée. En tout, c’est avec des promesses d’aide s’élevant à 7,6 milliards de dollars que le 1er ministre Fouad Siniora va revenir au pays.

 

Il s’agit assurément d’un bol d’air appréciable pour combler nos 40 milliards de dettes. Mais ici, des économistes de premier plan que j’ai rencontrés sont restés interdits devant les modalités de la participation de la France à ce package financier de survie économique. Ils ont remarqué que, si le président Chirac avait, comme à son habitude, volé la vedette à ses hôtes, extrapolant longuement sur le thème de l’amitié franco-libanaise, sa participation de 650 millions de dollars prenait la forme d’un prêt, non d’un don. "Combattre la dette en l’augmentant, même avec un taux d’intérêt avantageux", commentait l’un de nos meilleurs économistes, "voilà qui continue à ressembler à la méthode Chirac. La même méthode qui, avec la complicité de feu son partenaire Rafic Hariri, nous a menés à notre taux d’endettement actuel".

 

Dans les milieux d’affaires indépendants, on rappelle en effet que c’est en décidant – de façon plus qu’arbitraire – d’édifier des projets grandioses mais totalement inadaptés aux besoins du Liban, que les Hariri et leur groupe Solidère ont plongé le pays dans les chiffres rouge vif. Des projets très souvent confiés à des entreprises françaises, pour lesquels Chirac "arrangeait" des prêts ou des garanties de prêts de la part d’instituts financiers français. Des projets et un modus operandi qui n’auraient pas pu être décidés sans l’occupation syrienne, qui oblitérait l’usage des principes de surveillance démocratiques, et qui ont contribué à l’enrichissement abusif de tous leurs parrains et dont on pourrait reparler, en termes juridiques, après les élections présidentielles françaises.

 

Il est vrai que Jacques Chirac pouvait difficilement mettre la main à la poche du contribuable français, alors que la propre situation économique de la France est également proche du calvaire. Dans l’Hexagone, la dette publique s’élève en effet actuellement à plus de 1 200 milliards d’euros, soit 23 000 dollars par Français, soit encore 70 % du PIB !

 

Autre aspect de l’illogisme de la politique chiraquienne dans notre pays : les conditions de l’application de la résolution 1701 du Conseil de Sécurité. M. Chirac a bien entendu fait l’éloge des provisions de cette résolution et souligné le rôle principal qu’avait pris la France dans son adoption à l’ONU. Certes. Mais la France, qui est militairement présente sur notre territoire, s’oppose dans les faits à l’application de la 1701 sur l’ensemble du Liban et dans ses dispositions primordiales. Par exemple, elle s’oppose à ce que le contingent international participe au désarmement des milices armées et nous aide à assurer le contrôle de nos frontières. Mais sans cela, nous sommes condamnés à écoper l’eau qui pénètre notre frêle esquif, sans que personne ne fasse rien pour juguler la voie d’eau.

 

Dans ces conditions, récriminer contre les survols de renseignement israéliens de la frontière syro-libanaise, protéger le Sud ou Metula, de menaces existentielles mineures, tout en assistant, impassibles, à notre naufrage, c’est parfaitement ridicule.

 

Car nous allons écoper, et écoper encore, mais en fin de compte, avec de tels amis, qui ne sont forts qu’en gueule et que pour servir leurs intérêts au sens restreint, nous allons finir par boire la tasse.

 

 

 

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