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Lettre d'actualité, avec un apport de symbolisme, et de spiritualité, accés le plus souvent sur un axe Moyen- Orient, Europe, et Amérique du Nord.

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Miracle de la Kaaba : pas la paix mais la clarté Par Stéphane Juffa

Miracle de la Kaaba :

pas la paix mais la clarté

Par Stéphane Juffa


Abbaseul
© Metula News Agency










Débrouillez-vous avec la communauté internationale, si elle accepte votre cabinet, qu’elle lève les sanctions, ce ne sera pas moi qui aurai quelque chose à redire !



 

 

Avec les informations transmises par Sami El Soudi

 

Les discussions qui se sont tenues ces derniers jours à la Mecque, entre le Fatah et le Hamas, ont abouti à un accord jeudi soir. Au terme de cette entente, M. Mahmoud Abbas a demandé à Ismaïl Hanya de former un nouveau gouvernement pour l’Autorité Palestinienne et "de respecter tous les accords de paix précédents".

 

Pour les analystes, cette requête sous forme d’apostille est révélatrice de la fragilité des résultats de la rencontre de la Mecque. Si une solution y avait été trouvée, le chef du Hamas et le président de l’AP auraient communiqué la nouvelle de la création d’un gouvernement d’entente nationale et en auraient énoncé la composition.

 

Et pour qu’on eût véritablement pu parler de percée proposée par une unité arabe retrouvée – c’était le rêve inaccessible du roi Abdullah d’Arabie saoudite – il eût fallu que le nouveau gouvernement endosse publiquement le "plan arabe". Celui qui prévoit un retour complet d’Israël aux frontières de mai 1967 contre la normalisation, en bloc, des relations de tous les Etats arabo-musulmans avec l’Etat hébreu.

 

On en est loin, très loin.

 

Les deux délégations ont à peine réussi à se mettre d’accord sur un processus de nomination des ministres, assez flou par ailleurs et porteur de malentendus, qui guidera les efforts de Hanya, durant les cinq semaines dont il dispose afin de former son cabinet.

 

Exemple de ces complications, les processus de choix des ministres de l’intérieur et des finances : rien n‘est entendu pour savoir qui gérera les fonds de l’Autorité et qui donnera les ordres à ses forces de sécurité. Sami El Soudi, que j’ai contacté ce vendredi matin, m’a prévenu qu’il n’existait strictement aucune éventualité pour que le Fatah transfère ces fonctions clés aux intégristes. En principe, d’après ce qui a été décidé, le "portefeuille de l’Intérieur sera attribué à un candidat indépendant, proposé par le Hamas, et approuvé par Mahmoud Abbas". Si cet être hybride existe, j’aimerais beaucoup avoir la chance de le rencontrer ; on s’entretue pour beaucoup moins que cela dans les rues de Gaza city.

 

Ce, d’autant plus que Mashal n’a en rien abandonné son discours belliciste et clanique. Les princes de la dynastie des Ibn’ Saoud ont pourtant pesé de tout leur poids d’hôtes pour dégripper les choses. Hier matin, au vu des nombreux blocages, les discussions ont été transférées dans un palais qui domine la Kaaba, le lieu le plus saint de l’islam.

 

Mais quand Mashal annonce que l’accord va "unifier nos rangs", il ne peut s’empêcher d’expliquer sa conception de cette union dans les phrases suivantes : "Je dis à nos jeunes gens (les miliciens du Hamas, selon le langage consacré. Ndlr) que ceci est un accord pour la prévalence du groupe le plus fort (le Hamas. Ndlr) et qu’aucun de vous ne doit accepter l’ordre de tirer venant d’autrui (les autorités de l’AP, selon le même lexique. Ndlr)".

 

Voilà qui promet.

 

Le demi accord de la Mecque vise deux objectifs distincts mais interactifs. Premièrement, il s’est agi de trouver les plus petits dénominateurs communs afin de faire cesser la guerre civile. A ce titre, Abbas et Mashal se sont accordés cinq semaines d’espoir. Et encore, rien ne dit que l’on se dirige vers le respect de la trêve : j’ai parlé d’espoir, pas de cessez-le-feu.

 

Ensuite, et c’est beaucoup plus délicat, au-delà des différences abyssales au niveau de la formation même du cabinet d’union, si ce travail d’Hercule venait à être accompli, il faudrait que ses objectifs annoncés persuadent la communauté internationale de mettre un terme à son boycott de l’Autorité Palestinienne.

 

Et cela est une autre paire de manches…. Comme la ministre britannique des Affaires Etrangères, Margaret Beckett, l’a précisé mercredi, il ne suffit pas que le Fatah et le Hamas forment un gouvernement de coalition pour lever les sanctions internationales. Il faudra également que ledit cabinet entérine les trois conditions inflexibles : 1) Reconnaissance des accords existants entre l’AP et l’Etat d’Israël. 2) Reconnaissance du droit d’Israël à l’existence et 3) Cessation de la violence.

 

Or Mashal n’a fait aucune concession dans ces domaines qui soit de nature à satisfaire la communauté internationale. Et si les conditions ne sont pas remplies, les robinets de l’aide internationale resteront fermés, les salaires des 140 000 fonctionnaires palestiniens ne seront pas payés et la guerre civile se poursuivra.

 

Certes, les dirigeants du Hamas ont balbutié quelques principes à peine audibles, où il est question de respect conditionnel des accords signés à ce jour entre Israël et l’OLP. Mashal a également fait référence au brouillon d’accord proposé l’été denier par les terroristes du Hamas et du Fatah purgeant leurs peines dans les prisons israéliennes. Ce document appelle à l’édification d’un Etat palestinien sur les territoires capturés par Israël durant la guerre des Six Jours.

 

Le droit d’Israël à l’existence n’y est pas mentionné. De plus, ce plan ne contredit pas la doctrine des intégristes de la Révolution Islamique : prendre tout ce qui peut l’être sans concéder quoi que ce soit de permanent. On reste donc loin de la levée du boycott et de la réouverture de la route de la paix.

 

"Nous voulons un gouvernement qui puisse mettre fin au boycott", a averti Abou Mazen sur les chaînes de télévision arabes. C’est ce qui l’intéresse au plus haut point, loin devant toutes les autres considérations. Et c’est pourquoi Abbas a accepté que le Hamas tente de former un cabinet, qui remplisse cette exigence existentielle pour la Palestine.

 

Mahmoud Abbas est prêt pour cela à attendre dans la pénombre. Sa manœuvre de la Mecque est intéressante : "Oubliez-moi, oubliez le Fatah", dit-il à Mashal et Hanya, "débrouillez-vous avec la communauté internationale, si elle accepte votre cabinet, qu’elle lève les sanctions, ce ne sera pas moi qui aurai quelque chose à redire". La conclusion suivante s’impose à ce monologue virtuel : "mais si vous n’y parvenez pas, vous ne pourrez pas m’accuser de vous avoir barré le chemin, ce sera votre interprétation politique qui aura échoué. Vous devrez quitter la scène, de votre plein gré, lors d’élections générales anticipées, ou accompagnés vers la sortie, faute de quoi, la Palestine ne survivrait pas".

 

Aucun changement ne sera visible sur le terrain durant les jours à venir. Aucun transfert d’autorité n’aura lieu, bien évidemment. Les conseillers américains n’entendent assurément pas se mettre à armer et à entraîner les Forces Exécutives du Hamas. Non, on va attendre les résultats des consultations de Hanya, sans baisser sa garde d’un pouce et en se méfiant des provocations qui pourraient bien émailler l’échec attendu de l’initiative du Hamas : il ne faut surtout pas que Mashal puisse prétendre qu’Abbas sabote lesdits efforts !

 

Et Abbas n’a aucun intérêt à saboter. Pas plus que les Israéliens ni le reste du monde. Abou Mazen doit d’ailleurs parler de la situation avec Ehoud Olmert la semaine prochaine : il vont s’entretenir des bienfaits de l’attentisme en buvant une bonne bière.

 

Si le Hamas se plie aux trois conditions, il aura ouvert, pour tous, un boulevard vers la paix. Et si – comme tout le monde s’y attend – il ne le fait pas, il aura donné à ses adversaires la justification finale pour se débarrasser du Hamas et pour ouvrir, ensuite et sans lui, ledit boulevard vers la paix.   

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