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Lettre d'actualité, avec un apport de symbolisme, et de spiritualité, accés le plus souvent sur un axe Moyen- Orient, Europe, et Amérique du Nord.

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Plaider contre Charlie Hebdo




N'oubliez pas : demain, mercredi, CONFÉRENCE—DÉBAT : URGENCE : GÉNOCIDE AU DARFOUR, avec JACKY MAMOU, Président du Collectif Urgence-Darfour, DOMINIQUE SOPO, Président de SOS RACISME, RICHARD ROSSIN, Co-fondateur de Médecins du Monde. Modératrice : FRANCINE GIROND, Sorbonne nouvelle

UN PARTENARIAT PRIMO EUROPE ET SOS RACISME


MERCREDI 14 FÉVRIER 2007 de 19h30 à 21h30 Amphi B, UNIVERSITE DE LA SORBONNE NOUVELLE PARIS 3, 13, rue de SANTEUIL 75005 Paris (M° Censier Daubenton)



Plaider contre Charlie Hebdo

Plaider contre Charlie Hebdo ou contre les Barbares, c’est toujours plaider…
Quand je serai grande, je veux être avocate. Comme Francis Szpiner. D’abord, la constitution européenne stipule que «tout accusé a droit notamment à... se défendre lui-même ou avoir l’assistance d’un défenseur de son choix et, s’il n’a pas les moyens de rémunérer un défenseur, pouvoir être assisté gratuitement par un avocat d’office…», alors je ne manquerai jamais de travail, c’est mon papa et ma maman qui seront contents !

Ensuite, un avocat, ça rencontre du beau monde. Regardez Me Szpiner, sa liste de clients, c’est un Who’s Who international ; Juppé, Baudis, Borloo, Villepin et last but not least, Chirac. Eh oui, celui qui a obtenu l'impunité du président de la République, c'est lui. Celui qui a allégé le dossier Juppé au point que ses propres pairs ne le reconnaissaient plus, c’est lui aussi. Et qui avait obtenu la grâce de Bokassa, condamné à mort ? Vous avez gagné : Me Szpiner avait encore œuvré.

Aujourd’hui, Maître Francis Szpiner représente les intérêts de la Mosquée de Paris contre Charlie-Hebdo, coupable d’avoir publié des caricatures de Mahomet. Qu’on se rassure, l’avocat du Tout Paris promet que «ce ne sera ni le procès de la liberté d'expression, ni celui de la laïcité». La preuve ? Il ne conteste que deux des dix caricatures, ce qui démontre «qu'on peut caricaturer le Prophète et que donc on n'est pas hostile à la liberté d'expression». On avait eu peur. Les maths n’étant pas mon fort, je m’interroge : la portée d’une éventuelle condamnation pour deux caricatures serait-elle différente de celle d’une condamnation pour dix dessins ? Le délit de blasphème installé par une jurisprudence portant sur deux caricatures du prophète sera-t-il moins contraignant que celui qui serait appuyé sur un plus grand nombre d’esquisses ?

Peu importe le fond, pourvu qu’on ait l’ivresse. C’est celle des profondeurs qui devait avoir intoxiqué le président Chirac au moment de la publication des caricatures par Charlie-Hebdo : il avait qualifié l’initiative de «provocation manifeste» susceptible «d'attiser dangereusement les passions».

Les passions dangereuses, elles ont de quoi inquiéter légitimement les citoyens. En particulier le couple Misogynie/Antisémitisme. Après en avoir accrédité les préjugés et banalisé les insultes («sale juif», «sale pute», «sale pédé»), la dérive intégriste les a traduits par des passages à l’acte (Sohane brûlée vive, Ilan torturé et assassiné). Mais n’est-ce pas justement la soumission aux diktats des plus violents qui donne à ceux-ci assez d’assurance – et de bonne conscience – pour faire régner leur «loi» ? Vitrioler une femme, immoler un homosexuel, kidnapper un juif pour son argent cela aurait-il été possible dans une société où l’on n’aurait pas été paralysé par la bien-pensance et la crainte d’être taxé «d’islamophobie» ?

Ce n’est pas le Président qui court le risque d’être accusé de ce fléau majeur. Et bien que son antisionisme virulent attise chaque jour les braises de l’antisémitisme, il récuse cette accusation avec la dernière énergie. N’est-il pas le premier homme politique français à avoir reconnu la participation de l’Etat dans la déportation des Juifs, il y a plus de 60 ans ?

Notre Président a le sens de la nuance : l’antisémitisme, qui a conduit les nazis européens à exterminer 6 millions de Juifs pendant la seconde guerre mondiale, c’est très vilain et ça doit être condamné sans hésitation. Mais les menaces d’un dirigeant iranien en cours d’acquisition de l’arme atomique contre 5 millions de Juifs au Proche-Orient aujourd’hui ou demain, c’est négligeable. Le pays des Droits de l’Homme ne va pas, pour si peu, incommoder un partenaire commercial avec des remontrances !

Est-ce la hantise de l’antisémitisme qui a conduit Chirac à mettre son avocat à la disposition de la mère d’Ilan Halimi, le jeune Juif assassiné par le Gang des Barbares ? Son avocat ? Oui, le valeureux défenseur du prophète et de l’orphelin ! Maître Szpiner va représenter la famille Halimi au procès contre Youssouf Fofana et consorts.

Des esprits chagrins pourraient imaginer que la générosité présidentielle n’est pas totalement désintéressée. Se pourrait-il que, malgré la qualification de circonstance aggravante en raison de l’appartenance ethnique ou de la religion retenue par le juge, Chirac ait envie que cet aspect soit «oublié» ? Cela éviterait qu’on établisse un rapport entre l’assassinat d’un jeune «feuj» et l’exonération systématique des «jeunes» des «banlieues» de leurs actes au nom de leur victimisation par la société.

Surtout qu’une victoire de l’UOIF et de la Mosquée de Paris, si Charlie-Hebdo est condamné pour racisme, confirmerait que l’Etat de droit se couche facilement devant la force.

Maître Szpiner doit être drôlement souple pour arriver à louvoyer avec sa conscience, quand il combat un jour la liberté de croquer le Prophète et défend le lendemain une victime torturée aux cris de «Allah hou akbar».

Quand je serai grande, je serai avocate. Ou acrobate…

Liliane Messika © Primo-Europe, 8 février 2007.

Une perle de l’INA


L’Institut National de l’Audiovisuel est un Etablissement Public à caractère Industriel et Commercial (EPIC). Cela étant, il est, même s’il s’en défend, le garde-mémoire de l’Histoire.

Il est bien entendu que l’INA, par ses fonctions de tri, de sélection et de conservation du patrimoine audiovisuel français, n’a pas pour tâche de sélectionner la "bonne" de la "mauvaise" Histoire.

Il jurera même ses grands dieux qu’il fait l’inverse. Ceci étant posé, cet établissement public a tout de même un rôle stratégique quand il s'agit de fixer sur la toile d’une Histoire officielle.

Le rôle de l’Etat

Il n’est que de reprendre les termes exacts de la mission affectée à l’INA par l’Etat français. Celui-ci fixe le cadre général, législatif, réglementaire et financier dans lequel l’Ina assure ses missions. Il dispose du pouvoir de contrôle sur ses activités : présence de représentants de l’Etat et de parlementaires au conseil d’administration, questions parlementaires, enquêtes et rapports.

Les principales missions de l’INA sont la conservation du patrimoine audiovisuel national, l’exploitation et la mise à disposition de ce patrimoine, valoriser les archives à des fins scientifiques, éducatives et culturelles, renforcer la convergence des activités de recherche et expérimentation vers la mission patrimoniale. (sic)

Celui qui contrôle la mémoire dispose aussi d’un droit de regard sur l’avenir, mais aussi sur l’Histoire.

Encore Al Dura

L’INA propose des modules sur le conflit israélo-arabe et quelques réflexions sur le traitement médiatique de cette guerre qui dure depuis plus de 50 ans (lire un exemple sur le site de l'INA).

Dans une présentation non signée, donc assumée par l’Etat, il donne pour ce faire quelques clés de lecture, propose des extraits de reportages qui, selon cet Institut, permettraient de mieux comprendre ce conflit.

Cette présentation est fausse, partiale, orientée. Elle dépasse de loin les simples attributions d’un gardien de la mémoire.

"Se pose alors la question de la violence des images et avec elle celle de l’éthique : Est-il légitime de choisir de filmer la violence ? De filmer la haine ? L’image journalistique, contrairement au langage, choisirait, elle, de ne pas être elliptique. Et devient scandale.

Le cas le plus probant demeure, à ce jour, la mort du petit Mohammed al Dura, cet enfant atteint d’une balle alors qu’il était blotti derrière son père. Les faits se passent le 30 septembre 2000 dans le centre de la bande de Gaza. Charles Enderlin, journaliste à France 2, et son caméraman sont présents. Leurs images attribuent les tirs à l’armée israélienne. Elles feront le tour du monde et la mort du jeune garçon deviendra le symbole de la deuxième Intifada. Mais deux ans plus tard, une contre-enquête est menée, établissant que la mort de Mohammed devait être attribuée à l’armée palestinienne. Le journaliste de France 2 est accusé d’avoir caché la vérité à ses téléspectateurs
".

Première erreur grossière de l’INA. Charles Enderlin n’est pas présent sur les lieux du drame. Cela ne semble pas important aux yeux de l’INA, donc de l’Etat, mais ce seul fait remet en question la probité du journaliste, à défaut de ses appuis au sein de l’appareil d’Etat, qui sont de notoriété publique.

Enderlin n’étant pas présent lors du tournage, la véracité des faits reposent sur une seule voix, celle du caméraman palestinien, Talal Abhou Ramé.

De procès en procès (Vox Dei et son animateur, Nicolas Ciarapica, Media-Ratings, Desinfos), France 2 perd du terrain mais ne veut en aucun cas lâcher les rushes qui, seuls, permettraient au public et aux spécialistes de de vérifier certaines affirmations du journaliste vedette, notamment celle selon laquelle les images de l’agonie de l’enfant sont tellement insoutenables qu’on a refusé de les diffuser.

France 2 n’intervient en aucune manière pour attaquer Metula News Agency, l’agence de presse qui a consacré une partie importante de ces activités à cette affaire durant plusieurs mois. Les résultats des travaux de cette agence battent tellement en brèche les arguments présentés par Enderlin et France 2 que le service public y perdrait toute crédibilité.

Ces derniers préfèrent s’en prendre à ceux qui ont simplement relayé les conclusions de ces travaux plutôt qu’à ceux qui ont savamment prouvé leur manque total d’objectivité et de professionnalisme. Enderlin et France 2 manquent de courage.

Seconde erreur de l’INA

A contrario, dit l'INA, les médias exprimeraient aussi un point de vue « anti-palestinien » à travers la description faite de Yasser Arafat . Ce dernier, représentant élu du peuple palestinien, serait présenté de manière fidèle à la propagande israélienne : un être « fourbe », responsable des malheurs au Proche-Orient. Cette figure diabolique aurait notamment jailli au lendemain du sommet de Camp David en 2000. Face à l’échec de cette rencontre, les Israéliens rejettent la faute aux Palestiniens. Les médias français s’empresseraient alors de reprendre le discours israélien, l’agrémentant tous d’une même phrase répétitive : « Yasser Arafat a refusé l’offre généreuse d’Israël ». Les causes de l’échec seraient ainsi simplifiées à outrance et Yasser Arafat délégitimé en tant qu’acteur de paix.

Il faut chercher avec attention avant de trouver un grand média français tombé dans le piège de la désinformation israélienne. L’Etat hébreu, quels que soient sa réaction ou ses actes aura toujours à faire aux idéologues donneurs de leçons.

Arafat, quasi-canonisé par les journaux, icône emblématique de la « résistance » palestinienne, est, à de rares exceptions près, toujours présenté comme l’homme s’éclairant à la bougie, le pauvre hère bousculé, chassé, traqué, fuyant de pays en pays.

Il y a beaucoup plus de discrétion sur ses agissements financiers de ce monsieur, de ses intérêts dans la plupart des réseaux de boutiques « duty free » d’Afrique, des détournements colossaux de l’aide européenne, de l'assassinat de ses opposants, de la pratique du meurtre des handicapés mentaux.

Beaucoup de discrétion aussi sur le classement obtenu par Arafat: sixième fortune mondiale dans le classement effectué par le magazine Forbes, dans la catégorie « despotes et têtes couronnées »

Peu de médias se sont intéressé aux sommes considérables qui transitaient entre les mains d’Arafat, dont la majeure partie de la fortune est actuellement gérée par sa veuve, au détriment des Palestiniens les plus pauvres.

N’en déplaise à Charles Enderlin, qui aurait pu rédiger cette introduction sur le site de l’INA, l’échec du sommet de Camp David est attribué par tous les acteurs de premier plan présents sur place (notamment Clinton) à Arafat qui a, au dernier moment, fait état d’exigences nouvelles et inacceptables, remettant en cause tout ce qui avait été acquis au cours des négociations.

Histoire et mémoire ne seront pas convoquées à l’INA

S’il y a bien un lien entre mémoire et Histoire, les deux démarches obéissent à des exigences différentes. La mémoire ne donne pas accès à la connaissance, elle réveille les sentiments, enfouis ou non.

L’Histoire, elle, revendique un statut de scientificité. L’Histoire n’est pas au service du politique, elle n’est pas émotion. Elle n’accepte a priori aucun dogme. L’Histoire peut parfois être dérangeante. Si l’histoire doit tenir compte de la mémoire, elle ne s’y réduit certainement pas.

Plutôt que le devoir de mémoire tant invoqué, nous aimerions voir plus souvent invoquer le devoir d’Histoire et de savoir.

Quand un Etat, fut-il démocratique, prend le monopole de l’usage de la mémoire – même et surtout audiovisuelle - et de la gestion administrative de ce lieu d’Histoire, les citoyens perdent leur attachement identitaire à cette «mémoire-patrimoine».

L’évidence même leur dit que ce qu’on leur présente est faux, tronqué, manipulé. Et certains savent que, contrairement à ce que prétend l’INA, Enderlin n’était pas présent sur les lieux du drame.

Ils se satisferont du cuisant aveu dans la conclusion de l’INA : Le conflit israélo-palestinien est certainement beaucoup plus chargé en émotions que la plupart des autres conflits dans le monde.

Manière élégante de botter en touche, espérant pouvoir ainsi continuer à désinformer, puisque, quoique qu’on puisse en dire, c’est un conflit qui déchaîne passions, et donc, tensions, peu importe l’article, le reportage ou la photo …

Peu importe, vraiment ? Même au prix de la vérité ?

Ce « peu importe » rappelle à s’y méprendre la réflexion que Charles Enderlin lui-même avait faite au sujet de cette affaire al Dura. Il exprimait, en substance, que peu importe ce qui s’était réellement passé ce 30 septembre 2000 à Netzarim.

L’important était que ce genre d’événements pouvait se produire, était suffisamment représentatif du climat qui régnait alors dans cette région du monde et qu’une entorse à la vérité n’équivalait pas à un travestissement de la réalité !

Faut-il le rappeler ? Mohammed al Dura, devenu icône de la « résistance » palestinienne, fut le prétexte tant attendu pour faire flamber l’Intifada avec ses milliers de morts, pour le massacre à mains nues de réservistes israéliens perdus dans les Territoires 12 jours plus tard, pour l’égorgement du journaliste juif américain, Daniel Pearl, etc.

Bien sûr, on ne peut refaire l’Histoire et décrire ce qui se serait passé sans cette « pichenette » de France 2. Mais ce qui est tout aussi sûr, c’est que la responsabilité des journalistes existe et que ceux qui s’en défaussent sont une honte pour leur profession.

L'INA pourrait, si l'occasion se présente, toiletter un peu son site et l'expurger au moins d'une contre-vérité flagrante.

Pour la "mémoire" de l'audio-visuel, ce ne serait pas du luxe.

Pierre Lefebvre © Primo Europe, 11/02/2007
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