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Lettre d'actualité, avec un apport de symbolisme, et de spiritualité, accés le plus souvent sur un axe Moyen- Orient, Europe, et Amérique du Nord.

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C’est l’automne à Beyrouth ! Par Michaël Béhé à Beyrouth

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à la Chaine d'Union de Pierre Bouskila
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C’est l’automne à Beyrouth !

Par Michaël Béhé à Beyrouth


nasrallah
© Metula News Agency









L'essentiel de la 1701 : assurer la souveraineté de notre pays selon les termes de la résolution précédente, la 1559, qui stipule explicitement le retrait complet des Syriens et de leurs agents de notre sol ainsi que le démantèlement des milices armées !



 

Beyrouth, 11 heures locales, ce samedi matin,

 

Quelques milliers de manifestants prosyriens continuent, ce samedi matin, à paralyser le centre de notre capitale. Si le gros des masses – exclusivement chiites avec quelques centaines de néoaounistes dilués dans la cohue – estimées par la police à 800'000 individus, a regagné ses demeures, des militants ont campé cette nuit sur les lieux symboliques de Beyrouth. Tout à l’heure, en allant boire mon café à mon endroit habituel, je me suis fait héler par l’un de ces activistes, sans que je ne lui aie rien demandé, qui m’a clamé, à vingt mètres de distance : "nous resterons jusqu’à la chute du gouvernement sioniste de Siniora !".

 

Tout un programme. Parmi les partisans du Hezbollah, les Libanais distinguent facilement des dizaines d’agents syriens, communiquant entre eux par des oreillettes. Rien de spontané, donc, dans cette tentative de prendre le pouvoir par la force. D’autant que les Moukhabarat (agents secrets des Al-Assad) ont instauré un véritable poste de commandement à Zokak, à quelques centaines de mètres seulement du complexe gouvernemental, que l’on appelle ici le Grand sérail.

 

Durant la nuit, les foules incontrôlées avaient d’ailleurs tenté d’encercler les bâtiments du gouvernement, dans lesquels se sont retranchés le 1er ministre Fouad Siniora ainsi qu’une grande partie de son cabinet. Ils y ont établi leurs quartiers provisoires par crainte des assassinats perpétrés par Damas contre nos dirigeants politiques et nos éditorialistes. Mais alors que, vers la fin de la grande manifestation, les prosyriens tentaient l’encerclement du Grand sérail, l’armée a adressé un ultimatum de soixante minutes au Hezbollah et aux agents assadistes pour qu’ils se replient ; sans cela, les commandos de l’armée nationale – c’étaient les termes de l’ultimatum - "dégageraient les accès par la force".

 

Comme en temps de guerre, le gouvernement et les putschistes ne communiquent pas directement. Ce sont donc l’ambassadeur d’Arabie saoudite et le président de la chambre, Nabih Berry, qui ont joué les estafettes. Les commandos ont ensuite dégagé les artères menant au Grand sérail, sans rencontrer de résistance : le boulevard menant à la rue de la Banque du Liban d’abord, puis toutes les autres, une à une. A l’intérieur des bâtiments, on a gardé son sang froid tout au long de ces événements.

 

Le risque de coup d’Etat n’est toutefois pas écarté : certes, tant que l’armée reste fidèle à la légalité, les Syriens ne tenteront rien mais leurs agents s’emploient à persuader les officiers chiites de changer de camp, mélangeant les promesses d’avancement et les menaces. Conscients de cette éventualité, le gouvernement a, globalement, envoyé les unités les plus proches du Hezbollah dans le Sud et a gardé les éléments d’élite sunnites et chrétiens aux abords de la capitale. Il convient toutefois de se rappeler que même ces éléments ont été noyautés durant de longues années par l’occupant, qui sait pouvoir compter parmi eux sur certains personnels qui leur sont toujours acquis. La confiance en l’armée demeure donc limitée, avec un risque certain de la voir – à l’instar de la population – se scinder entre pro et antisyriens.

 

Face à ce risque, les milices phalangistes et les Forces Libanaises du Dr. Geagea avaient cette nuit rouvert les dépôts d’armes qui avaient été scellés à l’issue de la guerre civile, prenant toutefois grand soin de ne pas franchir le pas fatidique du réarmement. Leurs alliés sunnites ont un moment considéré jeter également leurs partisans dans la rue afin "d’encercler ceux qui encerclent le Grand sérail", selon l’explication très concrète que m’a fournie l’un des proches de Saad Hariri. L’autre objectif envisagé par les sunnites consistait à établir le siège de Baabda, le palais présidentiel dans lequel réside la marionnette chrétienne des Syriens, Emile Lahoud. Lorsque le Hezbollah a répondu favorablement aux exigences de l’armée d’éloigner ses hordes des alentours du Grand sérail, les sunnites et les milices chrétiennes, mais aussi les farouches guerriers druzes de la montagne du Chouf, ont annulé les opérations qu’ils prévoyaient.

 

Les gens sensés ont alors poussé un grand "ouf" de soulagement, conscients qu’ils sont qu’une simple étincelle est capable de mettre le feu au poudres et que, dans ce Liban pratiquement divisé en deux forces égales, on risque ces jours une tuerie aux proportions encore jamais atteintes lors des conflits fratricides précédents.

 

Mais cette situation d’alerte rouge va se poursuivre, comme n’a pas hésité à l’annoncer le no. 2 des Fous d’Allah et le danger est ainsi tout sauf écarté. Une grande partie de la responsabilité de cette fragilisation de notre indépendance à peine recouvrée tient à l’incompréhension et à la lâcheté des puissances étrangères dont les militaires sont présents sur notre sol ainsi qu’au Secrétaire Général des Nations Unies, Kofi Annan : ceux-ci, en effet, n’oeuvrent pas à la réalisation des dispositions les plus importantes figurant dans la résolution 1701 adoptée pourtant par le Conseil de Sécurité !

 

Cette résolution prévoyait en effet de nous aider à assurer le contrôle de nos frontières et à empêcher le réarmement de l’organisation putschiste du Hezbollah. Or la route Damas-Beyrouth est restée grande ouverte et les armes, les munitions et les combattants traversent la frontière syro-libanaise sans rencontrer le moindre obstacle. Hier, ce sont ainsi des centaines d’autocars qui ont amené des manifestants et des agents armés et organisés de la dictature des Al-Assad à Beyrouth.

 

Les soldats de la FINUL gardent pendant ce temps les yeux rivés sur la frontière israélienne et, dans le ciel, sur leurs avions de reconnaissance qui ne présentent aucune menace pour notre sécurité pas plus que pour notre démocratie aux abois. L’Etat hébreu n’a – MALHEUREUSEMENT – plus aucun intérêt pour notre cuisine interne, après avoir été berné et trahi par tous les amis qu’il pensait posséder aux pays des cèdres. Le déploiement de l’armée libanaise entre Naqoura et le Jabel Cheikh [Rosh Hanikra et le Mont Hermon pour les Israéliens. Ndlr] importait surtout par la portée symbolique de la prise de contrôle du Sud par notre armée nationale et par la neutralisation espérée des terroristes islamiques qui se l’étaient approprié et qui avaient poussé Israël à la guerre.

 

Malheureusement aussi, la France qui, pour une raison échappant à l’entendement, joue à la guéguerre avec Jérusalem tout en épargnant consciencieusement les Hezbollanis, de même que le reste de la FINUL qui ne sert à rien au Sud, faillissent à la raison principale provisionnée par la 1701 : assurer la souveraineté de notre pays selon les termes de la résolution précédente, la 1559, qui stipule explicitement le retrait complet des Syriens et de leurs agents de notre sol ainsi que le démantèlement des milices armées.

 

C’est pourtant à ces deux conditions que le Liban pourra revivre mais le contingent onusien, à l’exception de la flotte allemande, ne nous aide en aucune manière à protéger le processus démocratique. Pour que nous ayons une chance, il faudrait que Chirac et Annan cessent leurs enfantillages avec Israël, postent leurs soldats à la frontière syrienne et désarment les terroristes. Sans cela, je vous en avertis de toute l’encre de ma plume, nous allons droit au bain de sang ! Pour que le Liban vive, il a besoin d’un peu de sérieux, de courage et de détermination de la part de la communauté internationale. Nous avons tout simplement besoin que les Casques Bleus mettent en œuvre les résolutions déjà adoptées par le Conseil de Sécurité à la place de se chercher des missions inutiles qui ne s’y trouvent pas. En dépit de l’amitié profonde et totalement imméritée que les Libanais vouent à la France, les militaires de Paris persistent à détourner obstinément leur regard de notre tragédie et à faire montre de lâcheté, d’irresponsabilité et d’inconséquence. Déployés à Beyrouth, les 2000 soldats tricolores feraient indiscutablement la différence. L’amitié franco-libanaise aurait alors un sens…     

 

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