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Lettre d'actualité, avec un apport de symbolisme, et de spiritualité, accés le plus souvent sur un axe Moyen- Orient, Europe, et Amérique du Nord.

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Deux lectures importantes

Deux lectures importantes

Par Guy Millière


Steyn
© Metula News Agency








D’ici 2050, un Allemand, un Italien, un Espagnol sur trois auront plus de soixante-cinq ans... (Mark Steyn - photo)




Deux livres publiés en anglais au cours des derniers mois devraient particulièrement donner à penser et à méditer en Europe. Le premier s’intitule America Alone de Mark Steyn [1], le second, Londonistan de Melanie Phillips [2].


Dans America Alone, l’auteur développe un aspect qu’on oblitère souvent dans les débats politiques de ce côté-ci de l’Atlantique : la démographie. Les chiffres relevés depuis longtemps, dit-il, révèlent que l’Europe est entrée dans un processus de vieillissement sans précédent dans l’histoire de l’humanité. Si les tendances actuelles ne s’inversent pas – et rien n’indique qu’elles le feront –, d’ici 2050, un Allemand, un Italien, un Espagnol sur trois auront plus de soixante-cinq ans. L’âge moyen de la population dans ces pays se situera aux alentours de quarante-sept ans.

 

La population de ces pays aura plus ou moins fortement diminué en nombre. L’exception française, dont on parle beaucoup, n’en est pas une : elle est due à un différentiel de natalité entre femmes issues de l’immigration musulmane et femmes d’origine chrétienne ou juive, et la France se trouve dans cette position car elle abrite la plus importante communauté musulmane du continent. Ce qui se passe en France se constate également dans les pays voisins et, note Steyn, « si les musulmans croissent numériquement, pour la plupart d'entre eux, ils ne s’intègrent pas culturellement ». Or, poursuit-il, « si les pays européens échouent dans le domaine de l’intégration culturelle, l’Europe va connaître de très profonds changements ».

 

Dans un entretien récent donné au Jerusalem Post, Bernard Lewis évoque ces changements par cette formule : « ou il y aura un islam européanisé, ou il y aura une Europe islamisée ». Comme Steyn, Lewis est pessimiste et ne croit guère, considérant ce qui se passe, à l’ « islam européanisé ». Steyn prévoit des tensions culturelles, sociales, politiques, ainsi que des remises en question de la liberté de parole et de la liberté individuelle. Comme Lewis, il s’attend à ce que l’avenir des Juifs d’Europe soit très sombre dans ce contexte.

 

Il s’attend aussi à un déclin économique de l’Europe : « la vitalité créatrice d’un pays réside dans sa capacité à innover et à se renouveler. Un pays qui vieillit est un pays qui se stérilise ». La démographie, ajoute-t-il, « est un symptôme majeur d’épuisement civilisationnel ».

 

D’ores et déjà, les signes d’intimidation émergent. Le procès intenté en France par des associations musulmanes au journal Charlie Hebdo pour avoir publié des caricatures de Mahomet est un signe parmi d’autres. L’idée qu’il existe un « racisme islamophobe » est désormais disséminée dans l’air. Au cours d’une émission de télévision récente, Nicolas Sarkozy s’est fait traiter violemment de « raciste » par une jeune femme née en France mais qui se définissait comme « algérienne et musulmane », simplement parce qu’il avait évoqué les conditions de l’égorgement des moutons dans les banlieues.

 

La politique étrangère de la France et de l’Europe se fait toujours davantage sous l’ombre portée de l’islamisation qui progresse et de la volonté de ne pas être « provoquant ». Rien d’étonnant ainsi à ce que les deux pays qui tiennent le haut de l’affiche de la détestation, presque partout en Europe, et en particulier en France, soient Israël et les Etats-Unis. Rien d’étonnant à ce que George Bush, un chrétien avec des conseillers juifs, soit traité haineusement dans les médias. Rien d’étonnant non plus si l’attitude mentale la plus courante en Europe et en France vis-à-vis du terrorisme palestinien, ou du terrorisme qui tue en Irak, soit plutôt proche de l’attitude mentale qui se rencontre dans la Oumma.


Steyn a titré son ouvrage America Alone, car il perçoit un découplage entre l’Europe et les Etats-Unis, ces derniers restant seuls à défendre les valeurs de la civilisation occidentale et de ce qu’on appelait autrefois le monde libre. Les Etats-Unis d’Amérique, dit Steyn, se distinguent non seulement parce que les valeurs occidentales y restent plus fortes qu’en Europe, mais aussi parce que cette force des valeurs va de pair avec une natalité qui demeure robuste et permet le renouvellement des générations. Par ailleurs, note Steyn, le rêve américain fonctionne toujours et l’Amérique attire des immigrants jeunes, entreprenants et désireux de s’intégrer. Ces immigrants sont d’origine asiatique ou latino-américaine en majorité, mais fort peu sont musulmans. Qui plus est, la plupart des musulmans d’Amérique sont intégrés à la classe moyenne. Cela ne signifie pas qu’aucun problème ne se posera jamais, bien sûr, mais il est au moins encore possible d’exercer une vigilance.

 

Cependant, souligne Steyn, il existe deux Amériques, "l’Amérique rouge" (républicaine), où l’on a des enfants, et "l’Amérique bleue" (démocrate) où l’on n’en a guère.  « Les Etats de l’Amérique bleue », écrit Steyn, « devraient, au vu de leur démographie, demander à devenir membres honoraires de l’Union Européenne ». J’ai, compte tenu des chiffres et de la réalité, fait depuis longtemps le même constat que Steyn. Sans même parler de la présence d’une forte communauté homosexuelle, la ville de San Francisco, la plus à gauche des Etats-Unis, possède une forte proportion de couples sans enfants. Dans les librairies branchées de la ville, on entend dire couramment qu’il y a déjà trop d’êtres humains sur terre. L’écologisme est devenu la religion de substitution. Et ce n’est pas un hasard : le culte de la nature inhérent à l’écologisme avance de concert avec un antihumanisme très clair. La progression des discours de l’écologisme en Europe contribue, d’ailleurs, selon Steyn, à la dénatalité : pourquoi faire des enfants dans un monde pollué et sans avenir ? « On parle en Europe de restriction au nom de la lutte contre l’effet de serre, mais dans quelques décennies, ce qui risque de survenir, ce n’est pas la destruction de la nature, c’est la raréfaction des êtres humains ».


Le livre de Mark Steyn se suffit à lui-même, mais je pense utile de lui adjoindre le livre de Melanie Phillips. Londanistan décrit ce qui se passe au sein de la communauté musulmane d’Angleterre. La tradition de liberté de parole et de culte qui a été instituée voici plus de trois siècles par le Bill of Rights de 1688 a été utilisée sans vergogne ni retenue par les tenants de l’islam radical.

 

Le gouvernement britannique a longtemps fermé les yeux. Un point de non retour a été atteint, dont les attentats de juillet 2005 (et les multiples autres attentats déjoués depuis) constituent la face la plus visible. « Londres », écrit Phillips, « est peu à peu devenue un aimant pour les plus radicaux et leur a offert la possibilité d’en appeler à haute voix au meurtre de masse ». La pensée politiquement correcte, précise-t-elle, « a rendu quasiment impossible de dire que le terrorisme est un problème qui trouve ses racines dans le discours religieux particulier d’une communauté particulière ».

 

Le mot « islamophobie » circule en Grande-Bretagne comme en France. L’intimidation y fonctionne aussi efficacement qu’ici : si le livre de Melanie Phillips a bénéficié d’un éditeur «normal » aux Etats-Unis, tous les grands éditeurs de Londres l’ont refusé, guidés, semble-t-il, par la peur. Et c’est une toute petite maison d’édition qui a finalement pris le risque de le mettre en librairie. Ce que décrit Melanie Phillips et le sort réservé à son livre constituent une très inquiétante illustration des propos de Mark Steyn.

 

 

Notes :


[1] Mark Steyn, America Alone, The End of the World As We Know It, Regnery Publishing, 2006, 256 p., $ 27.95


[2] Melanie Phillips, Londonistan, Encounter Books, 2006, 200 p., $ 25.95

 

 

 

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